Camembert AOP : "Combien le consommateur sera-t'il prêt à payer ?"


© B.Delabre
Producteur de lait pour l’AOP Camembert, Ludovic Podgorski défend le projet d’élargissement de l’Appellation… sans pour autant en occulter les risques.

 

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Ludovic Podgorski, est éleveur à Saint-Pierre-la-Rivière (14), au cœur du pays d’Auge, tout près du célèbre village de Camembert. Et le Camembert, justement, il est l’âme de son exploitation. C’est grâce à lui et à l’appellation d’origine protégée (AOP) que Ludovic Podgorski a pu construire un système viable et durable. Et il y a quelques semaines, d’installer son fils à ses côtés.

Ce qui ne l’empêche pas d’être un ardent défenseur du projet d’évolution de l’AOP Camembert, qu’il a contribué à présenter au président de la Région Hervé Morin, fin janvier.

 

Une valorisation aujourd’hui acceptable...

... mais qui reste insuffisante

« Il n’y a pas de certitudes sur la valeur à gagner »

 

 

 

Une valorisation aujourd’hui acceptable

 

Originaire de l’Eure, non issu du milieu agricole, Ludovic Podgorski a longtemps cru qu’il ne pourrait pas devenir agriculteur. « Quand on est face aux chiffres on se dit que s’est impossible, que ça coûte beaucoup trop cher. »

Mais il y a 25 ans, il a trouvé l’opportunité dans une filière d’élevage, reprenant l’exploitation de ses beaux-parents. Petite exploitation de 25 VL, 50 ha et un quota de production de 100 000 litres de lait. Peu à peu, il augmente sa production allant jusqu’à 65 vaches laitières, toutes de race normande, produisant 450 000 litres de lait par an.

L’installation de son fils Antoine, en décembre 2018, a conduit à une nouvelle augmentation du troupeau qui compte aujourd’hui 90 vaches produisant 600 000 litres de lait.

Mais sans l’AOP Camembert, l’exploitation ne serait sans doute pas la même aujourd’hui. « La valorisation qu’on a aujourd’hui, même si ce n’est jamais suffisant, elle est acceptable », commente Ludovic Podgorski.

L’éleveur augeron voit une grande partie de son lait transformée en Camembert AOP, et bénéficie en outre d’un bon complément de revenu grâce au produit « viande ». Tous les animaux sont élevés. Les veaux mâles et les femelles qui ne sont pas destinées au renouvellement du troupeau sont engraissés sur l’exploitation.

Quant aux charges d’aliment, elles sont réduites au maximum avec l’utilisation des produits végétaux produits sur l’exploitation. Les 230 ha de l’exploitation, ils sont tous dédiés à l’alimentation du troupeau avec 180 ha d’herbe et 50 ha de cultures.

« C’est le moyen le plus économique qu’on ait trouvé » assure Ludovic Podgorski. Et c’est un modèle pérenne. Si on intègre le produit viande, le fait d’avoir une valorisation supérieure au conventionnel, ça sécurise quand même le revenu. »

 

... mais qui reste insuffisante

 

Malgré cette situation convenable, dans un contexte de la filière laitière tourmenté, Ludovic Podgorski défend le projet d’évolution de l’AOP Camembert.

Car pour lui c’est l’opportunité de mieux rémunérer le travail des éleveurs, sans entrer dans la logique de l’augmentation du volume et des économies d’échelle.

« Quand on se compare aux autres catégories socio-professionnelles, quand on voit le capital qui est investi, le travail que l’on a, les contraintes morales aussi… la valorisation actuelle du produit elle n’est pas suffisante. Si on rapporte le coût de la main d’œuvre par rapport aux heures travaillées, on est au ras des pâquerettes. »

Il en est donc convaincu, il faut aller chercher plus de valeur ajoutée. C’est d’ailleurs la même logique qui conduit Ludovic Podgorski à suivre de près le dossier du Bœuf Normand. « C’est plus facile d’aller chercher cette valorisation quand on a un produit différencié. »

 

« Il n’y a pas de certitudes sur la valeur à gagner »

 

Néanmoins, il le concède, il y a une prise de risque dans la démarche. Notamment pour les producteurs actuellement engagés dans la filière AOP, chez qui les réticences sont nombreuses. « Sur le terrain ce n’est pas facile de convaincre, car on voit facilement les contraintes supplémentaires, sans certitudes sur la valeur à gagner. »

Personne ne sait non plus comment vont réagir les consommateurs ou la grande distribution. Or ce sont bien eux qui font les prix. « Combien le consommateur sera-t’il prêt à payer pour un Véritable Camembert de Normandie, ou même un cœur de gamme ? On ne le sait pas… »

Malgré tout l’éleveur en est convaincu, le consommateur est de plus en plus demandeur d’une authenticité. Les publicitaires ne se privent d’ailleurs pas d’exploiter cette tendance. Mais l’image d’Epinal ne correspond pas toujours à la réalité.

« Avec l’AOP, jusqu’ici nous étions les garants de cette image-là. On va élargir la production, mais il faut coller à l’image. Car il ne faut pas que l’on trompe les consommateurs. »

En clair, les nouveaux entrants dans l’AOP auront de gros efforts à faire pour redonner au bocage normand son caractère : herbe, haies, pommiers et vaches normandes…

 

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07 Février 2019 | Benoit Delabre

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