30 ans de la Conf’ : vers la convergence des luttes ?


Olivier Lainé, Linda Bedouet et Laurent Leray - Photo : B. Thiollent
La Fête Paysanne à la Chèvrerie du Val de Bures a été le théâtre d’un débat : "Paysans aujourd'hui, paysans demain".

 

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Les visiteurs venus à la Fête paysanne à la ferme du Val de Bures à Bellencombre le 23 septembre ont pu constater le chemin parcouru par le militantisme paysan depuis 30 ans. Un militantisme à l’origine syndical et idéologique, qui a essaimé vers des pratiques citoyennes.

Les stands dressés dans la cour de la ferme parlent d’eux mêmes : les Amap de Normandie, les fromages de la ferme du Val de Bures, des producteurs locaux présentant des produits bio, la coopérative d’énergie Enercoop, des artisans, la présentation du bois déchiqueté de haie bocagère…

 

 

Cet anniversaire est l’occasion pour la Confédération Paysanne de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et de regarder l’avenir. On ne va pas se mentir, on a vu des anniversaires plus joyeux. La faute à la situation économique actuelle de l’agriculture et à l’avenir incertain.

Issus de la FNSEA, les fondateurs de la Confédération Paysanne ont posé en 1987 les bases de leur projet syndical sur la question sociale, avec la défense des travailleurs de la terre. Et l’affirmation d’une alternative au productivisme à travers le projet d’une agriculture paysanne.

 

 

30 ans : quel bilan ?

30 ans plus tard, Olivier Lainé, pilier de la Confédération Paysanne de Seine-Maritime, dresse un constat sans fanfaronnade : "On ne gagne pas sur tous les fronts. Les grandes batailles sont devant nous. Et l’agriculture est comme la société en général, l’écart se creuse entre les très pauvres et les très riches."

Laurent Leray, porte parole de la Confédération Paysanne de Normandie, rappelle l’état d’esprit des producteurs à la création du syndicat : "On était beaucoup des producteurs de lait, dans des circuits classiques. Notamment livrant chez Lactalis. On disait "plus d’autonomie et plus d’économie sur les fermes", pour un système plus résilient. Alors qu’on était habitués au "produire plus et s’agrandir". ça a généré le développement de nouveaux modes production et la défense syndicale des paysans. On a notamment défendu l’idée que des jeunes pouvaient s’installer sur des petites structures en bio."

Pour le syndicaliste, le prolongement de l’agriculture paysanne a été ensuite l’émergence des circuits courts. Lesquels sont définis par lui comme "l’émancipation aux industriels et aux coopératives pour avoir un lien direct avec les consommateurs et éviter les intermédiaires." Et côté profession agricole, le développement des Associations pour le développement de l’emploi agricole et rural, membres de la FADEAR : "En Seine-Maritime, vous avez les Défis Ruraux".

"L’empêchement de l’interdiction des semences de ferme et l’absence de cultures d’OGM en France sont à mettre à l’actif de la Conf’. Le lien avec le citoyen s’est fait dans les années 90 avec la lutte contre les OGM. Et avant il y a eu le combat contre les hormones, pour une alimentation de qualité. On a fait tomber l’OMC, mais les accords de libre échange arrivent d’une autre manière : le TAFTA, le CETA…", détaille Laurent Leray.

 

Un combat permanent

Le CETA et le TAFTA font effet de cruelle piqure de rappel pour ceux seraient tentés de se satisfaire des acquis du passé. Et la Confédération Paysanne se questionne logiquement de comment avoir prise sur les menaces d’aujourd’hui : financiarisation de l’agriculture, récupération et affaiblissement du label bio par la grande distribution, comportement de l’Etat vis à vis de la filière bio et abandon des projets de dégressivité des aides…

"On a encore besoin de combats collectifs. Ce qu’il faut éviter c’est de trouver la solution sur sa ferme et ne plus avoir envie de se battre avec les autres. On a besoin de garder ce côté syndicaliste", ajoute Olivier Lainé

 

Jacques Bennetot de la Confédération Paysanne de Seine-Maritime : "La multiplicité des types de fermes constitue une richesse pour les paysans et les citoyens."

 

L’essor des Micro fermes

Invitée d’un débat évoquant la multiplicité des modes de productions, Linda Bedouet est venue présenter son expérience de néo rurale : "j’ai décidé de changer de vie professionnelle à 30 ans. De la ville, je suis venue à campagne".

Une ferme maraîchère a ainsi vu le jour à Bouquetot en 2012 en collaboration avec Edouard Stalin. Sur 2,8 hectares, en agroforesterie, avec 100 espèces végétales et des semences anciennes. La production de la Ferme des Rufaux est écoulée sur place par le biais des Amap, une boutique à la ferme, des restaurants gastronomiques et des professeurs d’écoles et collèges environnants. La structure dispense également des formations en micro ferme et permaculture.

 

La ferme des Rufaux dans un article sur l’essor du financement participatif agricole en Normandie

 

Désormais responsable du réseau Fermes d’Avenir, Linda Bedouet se fait la porte parole de 500 fermes et projets agricoles d’agroécologie et de permaculture : "A Bouquetot, on n’a pas eu le lien social qu’on aurait voulu dans la paysannerie. Je pousse pour converger au delà de voir des différences. Il faut raisonner en réseau, entre fermes et entre acteurs. On attend de la Conf’ un soutien comme un père qui viendrait donner de bon conseils."

Au delà d’une petite taille, ces nouvelles fermes se caractérisent par de la pédagogie, de l’événementiel, de l’agrotourisme. Une diversité d’activités qui fait dire à Linda Bedouet : "c’est bien de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pourquoi ne serait-on que paysan ? On peut avoir plusieurs activités par saison."

Reste à ces nouveaux arrivants à composer avec le réseau militant existant. L’anniversaire de la Confédération Paysanne semble arriver à point nommé pour éclairer les novices sur les combats du passé. Alors constat observation de quelques points communs sur les solutions à mettre en œuvre ou début d’une convergence des luttes entre syndicats et jeunes associations ? Il est aujourd’hui un peu tôt pour le dire…

 

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27 Septembre 2017 | Benoît Thiollent

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