En Normandie, Chevalait interrompt sa vente de lait de Jument frais


La gamme des produits Chevalait - Photo : Chevalait
Un arrêt de production synonyme de licenciements depuis le 1er septembre

 

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La société Chevalait, spécialisée dans la production et la commercialisation de cosmétiques à base de lait de jument, se bat pour passer un cap difficile. L'histoire avait pourtant sacrément bien commencé pour les époux Decayeux.

Julie et Etienne Decayeux sont à Neuville-Près-Sées dans l'Orne la tête d'un élevage atypique de 120 juments. Lesquelles sont des races de trait, Percheronne et Trait du Nord, choisies pour leur grand potentiel de production laitière.

Chevalait une exploitation agricole en agriculture biologique de 190 hectares. Elle collecte et commercialise du lait de jument frais pasteurisé et en poudre. Ou plutôt... collectait. Car la traite de lait est interrompue depuis le 1er septembre. En cause, des tracas administratifs qui ont entraîné la perte d'un client important.

La structure s'est également diversifiée à travers une gamme de produits cosmétiques. Le lait de jument, oublié au fil du temps, mérite qu'on le redécouvre. Il comporte ainsi autant d'avantages alimentaires que dermatologiques (lutte contre le psoriasis, eczéma, acné...).

 

Trois des 120 juments de Chevalait - Photo : Chevalait

 

 

La difficulté d'innover en France

La déclaration faite récemment par Chevalait sur les réseaux sociaux tranche avec l'enthousiasme habituel du couple d'éleveurs :

"Suite au harcèlement administratif dont nous sommes victimes depuis le mois de mai et les conséquences commerciales désastreuses qui en découlent, nous avons le regret de vous annoncer que nous arrêtons de traire et de vendre notre lait de jument frais "unique au monde" dans 2 jours. Nous devons nous séparer de 5 salariés également. Nous continuons à vendre notre lait en poudre et nos cosmétiques sur Internet, en boutiques bio et en pharmacies."

Cécile Lebarbay, en charge de la commercialisation chez Chevalait, nous éclaire sur cette situation de crise inédite : "Chevalait n'est pas mort, mais c'est un très mauvais passage à passer. Il n'y a jamais eu problème sanitaire chez Chevalait. Quand on fait un produit de mauvaise qualité, c'est normal de se casser la figure. Mais là, ce n'est pas le cas."

Le harcèlement administratif dont se dit victime Chevalait porte en effet sur autre chose que le produit en lui même. De nombreux et surtout inhabituels contrôles ont été diligentés par la Répression des Fraudes et la Direction des Services Vétérinaires depuis cet hiver. Ils ont pointé des non conformités sur les étiquettes du produit laitier côté alimentation. En cause, la sémantique utilisée par la marque pour vanter les qualités de son lait de jument.

 

Image d'archive, le lait de jument n'est plus en rayon dans les magasins bio - photo : Chevalait

 

La réglementation actuelle interdit en effet au lait de jument de se positionner sur le segment de marché du lait infantile. Et de fait, l'étiquetage doit indiquer que la consommation du produit par les enfants est préconisé à partir de 12 mois. Or si Chevalait s'est plié de bonne grâce aux successifs changements d'étiquetage demandés, le délai de retrait des produits n'a pas été du goût de l'administration.

On l'a vu avec l'affaire Lactalis, un tel retrait des produits des rayonnages est un exercice difficile. Mais que l'on soit une grande entreprise ou une PME de 10 salariés, la règle est la même. Même si bien sûr, les capacités logistiques ne sont pas les mêmes. Une présence persistante en rayon des produits concernés a été de fait observée dans un magasin de Condé sur Sarthe. Avec pour sanction immédiate un blocage de la distribution dans tous les magasins de France. Ainsi que la suspension de l'agrément nécessaire à la production de lait en poudre. Un agrément néanmoins vite récupéré, permettant la reprise de la commercialisation.

Mais cette sanction a évidemment fait mal sur le plan commercial. Echaudé par les demandes de retrait des produits en rayon, un important client distributeur a été perdu par Chevalait. La confiance se regagnera certainement dans l'avenir. Mais dans l'immédiat, il faut tenir. Reconstituer un fond de roulement cohérent et aussi tenter de faire évoluer la réglementation.

 

Des soutiens politiques

Se sentant isolé face à la réglementation sur le lait infantile, Chevalait s'est tourné depuis le début de l'année vers les politiques. José Bosé, député européen a fait le déplacement dans l'Orne pour découvrir l'original élevage de juments.

Hervé Morin, président de la région Normandie en a fait de même au printemps. La Région Normandie conforte ainsi Chevalait dans son combat, en lui offrant son soutien : "La Région Normandie accompagne Chevalait pour faire reconnaître le lait de jument comme un produit adapté à l’alimentation des nourrissons et des enfants en bas âge. Cette démarche a notamment pour objectif la structuration d’une filière économique à part entière."

Julie Decayeux est allée jusqu'à Bruxelles pour porter sa revendication. Le soutien du ministre de l'Agriculture a été sollicité... le contre la montre est lancé.

"On souhaite faire reconnaître le lait de jument comme utilité publique. Ce n'est pas uniquement une histoire de lait infantile. Le lait de jument est tout simplement bon pour le bien-être. On va continuer autrement, on ne peut pas s'arrêter comme ça", conclu Cécile Lebarbey.

 

 

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06 Septembre 2018 | Benoît Thiollent

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