L’aquaponie prend enfin racine en Normandie


Guillaume Schlur présente le développement des racines dans l'eau.
A Saint-Victor-l’Abbaye (76), les truites de Guillaume Schlur font pousser des légumes.

 

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Un élevage où des poissons sont au service d’une production de légumes vient de voir le jour à Saint-Victor-l’Abbaye. Permaculture, agriculture de conservation... nous poursuivons aujourd'hui sur Agri-Culture.fr avec l'aquaponie notre tour d'horizon des nouvelles pratiques agricoles en Normandie.

Installée dans une ancienne serre horticole bien connue des amateurs de fleurs à proximité de Tôtes, l’exploitation de maraîchère en aquaponie de Guillaume Schlur est en rodage. En ce printemps 2017, la Ferme Aquaponique De l'Abbaye (FADA) vient de démarrer son activité.

Le jeune trentenaire vient d’y mettre en place des bacs de cultures maraîchères alimentés en eau par un élevage de truites. L’eau chargée des déjections des poissons vient nourrir les plantes. Lesquelles absorbent les nitrates et permettent de renvoyer une eau purifiée vers le bac à poissons.

La commercialisation viendra cependant plus tard, car l’exploitation agricole vient tout juste de démarrer. Les premiers semis ont été réalisés sous la serre fin février. Et Guillaume Schlur est à temps plein sur l’exploitation depuis début avril.

Guillaume Schlur devant sa table à semis. Derrière lui, les cuves contenant des truites. - Photo : B. Thiollent

 

Des légumes "haut de gamme"

L’objectif de production de la Ferme Aquaponique De l’Abbaye (FADA) se concentre sur des variétés de végétaux à valeur ajoutée : roquette, moutarde, cerfeuil, basilic, pourpier, roquette sauvage, laitues, menthe, mâche, oseille, épinards, persil, coriandre… "Ce qui est génial avec le système, c’est qu’on peut cueillir la feuille et la manger dans l’instant, sans même la laver", s’enthousiasme Guillaume Schlur. Et des cultures plus classiques telles que oseille, blettes, navets, aubergines, tomates et poivrons sont également en projet sous la serre.

Dans l’attente d’un volume de production, il en est à l’étape de la présentation de ses premiers produits à des contacts commerciaux préalablement établis. A terme, il vise la clientèle des restaurateurs et des magasins de produits locaux. Et se déclare aujourd’hui capable d’adapter sa production en fonction des demandes de restaurateurs, tant en volume qu’en variétés. "On vient de me questionner pour du mesclun", nous indique t-il.

 

Semis sur laine de roche - Photo : A. Penzes
 

 

Une mise en route progressive

Simple sur le papier, le système aquaponique est néanmoins complexe à mettre en œuvre. Il nécessite en premier lieu d’avoir d’avoir mis en place des cultures avant d’installer les poissons. Il faut en effet avoir une biomasse déjà implantée pour commencer à absorber leurs déjections.

Actuellement un peu jaune, la roquette ne demande par exemple qu’à prendre des couleurs et à se développer avec l’apport d’azote fourni par les poissons. Et l’élevage de truites est aujourd’hui un peu surdimensionné, dans l’attente d’une installation prochaine de nouveaux bacs de culture.

Assuré en autofinancement, ce lancement d’activité appelle des développements futurs. "Une fois que j’aurais mon expérience, je chercherai un nouveau financement pour me développer. Je voulais faire par moi même et ne pas avoir de comptes à rendre dans ma phase d’expérimentation.", explique Guillaume Schlur.

 

Depuis l'arrivée des poissons, la couleur change des végétaux et leur croissance s'accélère.

 

 

Un profil d’ingénieur

Diplômé en 2008 de l’école d’ingénieurs de l’Esitpa, Guillaume avait son projet en tête depuis deux ans. "J’ai commencé à le concrétiser physiquement il y a un an. Il faut tout voir, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. J’ai échangé avec pas mal de gens. On a apprend beaucoup plus auprès de gens qui ont connu des échecs."

Il dispose d'un profil technique doublé d’une ouverture sur le monde, avec une expérience de vie dans la coopération à Madagascar durant deux ans. Il a là bas notamment approché l’eau, avec une expérience dans la pisciculture de rizière. Car il faut le savoir, l'aquaponie n'est pas une invention occidentale. Mais plutôt une pratique asiatique ancestrale !

Au quotidien, la conduite de culture en aquaponie relève du rituel : mesure du Ph, de la température de l’eau, des nitrates et des nitrites. Le système requiert un équilibre précis entre les poissons, les bactéries et les plantes. La mesure de l’électroconductivité de l’eau permet d’intervenir pour corriger si besoin. Et pas de trou de mémoire possible, tout est noté, avec un suivi des semis et des germination sur tableur Excel.

 

Les jeunes truites récemment arrivées à la Ferme Aquaponique De l'Abbaye.

 

En pratique, les semis sont faits dans des cubes de laine de roches et des godets remplis de fibre de coco. Quand la plante a germé, une plaque de polystyrène lui sert de support pour flotter sur l’eau. Les racines plongent alors profondément en se développant.

Et Guillaume Schlur est parfaitement conscient des prochaines étapes à franchir. Il doit notamment appréhender la problématique de la température chaude de sa serre à la saison d’été. L’enjeu est capital, car les truites ne se nourrissent plus si leur eau dépasse de 20 degrés. Plusieurs possibilités sont envisageables. Installer un échangeur thermique pour canaliser la montée en température, par exemple. Remplacer les truites en été par des carpes Amour fait aussi partie des hypothèses. Ou se passer totalement de poissons pendant quelques semaines, en alimentant le système avec des boues collectées avant le départ des poissons.

 

Une surveillance méticuleuse de la qualité de l'eau est indispensable en aquaponie.

 

Une filière nouvelle

En pleine préparation de l’écoulement de sa future production, Guillaume se considère d'ores et déjà comme un professionnel. Avec la pratique de l’aquaponie, pas simple pour autant de rentrer dans les cases administratives.

L’identité précise de la production reste à ce jour à déterminer. "Je n’ai pas assez de cultures pour être classé en maraîchage. En pisciculture, mes deux ou trois m3 paraissent bien légers par rapport aux références de la profession. Avec une culture sur toute la surface de la serre, j’aurai l’équivalent en maraîchage en serre froide pour être exploitant agricole", observe Guillaume Schlur. Avant d’ajouter dans un sourire : "Et pour être labellisé bio, il faudrait que les légumes poussent en terre. Et les poissons bio ne doivent pas nager deux fois dans la même eau. Là, c’est du recirculé."

Adepte des colloques sur l’aquaponie, Guillaume Schlur milite logiquement pour la création d’un label aquaponie. Il s’appuie sur un réseau de compétences pour conduire sa culture.

Des compétences familiales l’ont d’abord aidé, pour réaménager la serre et mettre en œuvre le dispositif d’aquaponie. Ainsi que des compétences techniques venues de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et l’Institut technique avicole, cunicole et avicole (ITAVI) à travers le projet APIVA (AquaPonie Innovation Végétale et Aquaculture).

En cette phase de pratiques pionnières, un tour de France des initiatives s’avère indispensable pour le porteur de projet. Le chemin de Guillaume Schlur est logiquement passé par une visite au lycée agricole de la Canourgue en Lozère, établissement spécialisé dans la recherche en aquaponie.

 

Les 12 bacs pour les plantes et ceux des poissons et du filtrage de l'eau occupent actuellement un quart de la surface de la serre.

 

 

FADA - Ferme Aquaponique De l'Abbaye

20 rue Guillaume le Conquérant
76890 SAINT VICTOR L'ABBAYE

 

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76160
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49° 27' 38.052" N, 1° 12' 56.106" E
FR
21 Avril 2017 | Benoît Thiollent

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