Une première saison d’aquaponie en Normandie


Guillaume Schlur
A Saint Victor l’Abbaye (76), la ferme FADA a obtenu cet été des premiers résultats prometteurs.

 

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Une serre maraîchère pas comme les autres a été mise en service au printemps 2017 à Saint Victor l’Abbaye (76). L’eau d’un élevage de truites nourrit des légumes installés sans terre sur des bassins. La pratique s’appelle l’aquaponie.

Nous avons fait un reportage sur la Ferme Aquaponique De l’Abbaye (FADA) au mois d'avril 2017. L’arrivée de l’automne était l’occasion d’y retourner pour recueillir les résultats d’une première saison de production.

 

L’aquaponie prend enfin racine en Normandie

 

Il faudra bien sûr voir s’écouler une année pour tirer un bilan de l’activité. Mais Guillaume Schlur est en mesure de nous livrer d’ores et déjà quelques tendances. Et on ne doute pas que ses premiers pas sont observés.

Jeune pratique en France, l’aquaponie n’a pas encore vocation à représenter une filière. Située entre la pisciculture et le maraîchage, la pratique peine encore à entrer dans les cases de l’administration. L’initiative de Guillaume Schlur est donc pionnière, à une époque où la théorie prédomine encore par rapport à la pratique.

La commercialisation des légumes fruits de la Ferme Aquaponique De l’Abbaye a cependant débuté. Des restaurateurs et épiceries de Rouen en sont les premiers clients.

 

Demande de visites

La médiatisation des premiers mois d’activité de la Ferme Aquaponique De l’Abbaye a entraîné des demandes de visites. A tel point que le maraîcher les a désormais cantonnées au 1er vendredi de chaque mois. Des individuels et des scolaires ont pu bénéficier de présentations détaillées du processus d'aquaponie. "J’ai accueilli la MFR de Tôtes, les lycées d’Yvetot et de Mesnières en Bray", nous précise Guillaume.

Face à cette affluence, pas question de se déconcentrer : "Je veux rester pleinement producteur, mais faire une ferme pédagogique, pourquoi pas. Il y a une attente pour la visite. Il faut que j’arrive à prioriser et à ne pas m’éparpiller. Il y a tout à faire dans cette filière."

 

 

 

Des débuts encourageants

Avec des semis réalisés sous la serre fin février, Guillaume Schlur a vécu la chaleur tropicale de juin comme un baptême du feu. En Seine-Maritime, 36° ont été observé le premier jour de l’été. Pas de quoi stresser pour autant notre maraîcher des temps modernes. Des ouvertures supplémentaires dans la serre ont permis une augmentation de la ventilation pour raffraîchir les plants. Et les truites ont survécu.

Par la suite, la saison s’est déroulée comme prévu. Les truites ne supportant pas une forte température de l’eau pendant longtemps, elles sont extraites du système pendant l’été. Un stockage de boues de leurs déjections préalablement constitué prend alors le relai pour nourrir les plantes.

Et si en théorie cela fonctionne, restait à le vérifier par la pratique. A l’heure des premières tendances, Guillaule Schlur observe que la mise en production s’est bien passée. Avec néanmoins quelques surprises : "J’ai un PH un peu plus haut que ce qui est préconisé. J’ai tenté de faire baisser le PH, en espaçant les apports d’acides. Je dois avoir une certaine perte de rendement. Mais ça pousse très bien. Il faut juste faire attention aux pics. Dès qu’on influe sur un paramètre, ça fait varier les autres." Reste que le maraîcher observe que les boues générées par les truites ne contiennent pas l’ensemble du spectre nécessaire aux légumes fruits : "Sur le papier ça fonctionne... mais j’ai en réalité observé quelques petites carences". Rien de dramatique pour autant, les réglages du système demeurent à affiner. Le pilote de production s'avère en effet unique à chaque lieu : ensoleillement, températures, gravitation de l'eau...

 

Moins variétés de tomates

Ces premières constatations vont influer rapidement sur le projet. Car c’est l’opportunité d’y voir plus clair sur le comportement des différentes variétés d’un même fruit ou légume avec le milieu humide.

Dès l’an prochain, le nombre de variétés de tomates produites va par exemple drastiquement baisser, passant de 14 à 2. Entre des tomates sans goût et celles qui éclatent avant d’arriver à maturité, la commercialisation impose une cohérence. De fait, Guillaume en est à l’heure des choix, sélectionnant la qualité et la productivité : "J’ai fait beaucoup de choses pour tester ce qui marche ou pas. De fait, j’avais peu de produits de chaque chose sur le marché."

 

Les insectes sont repoussés naturellement : des capucines pour fixer les pucerons et des larves de coccinelles pour faire de la lutte intégrée.

 

Organiser la logistique

Désormais, place à la rationalisation et à l’organisation de la logistique. Guillaume Shlur exprime le souhait de se concentrer sur des cultures moins exigeantes : aromatiques, salades, mesclin, jeunes pousses de roquette, de mâche… Pour lui, une constatation s’impose. On sent qu’elle va devenir rapidement l’argument commercial : "Le goût est là, il n’y a besoin de rien mettre dessus".

Une plus grande simplicité de la récolte. Un planning de cultures à affiner. Un rendement à augmenter… l’avenir de la production de la Ferme Aquaponique de l’Abbaye se devine aisément. Reste à trouver le bon marché. Notre hôte en convient :  "Je ne suis pas bio ni conventionnel. Mon prix est plus cher que le conventionnel. Ce n’est pas simple de calculer la plus-value". Guillaume vise principalement le marché des professionnels et des collectivités. Sans s’interdire pour autant la possibilité de toucher les particuliers. Mais ces derniers seront atteints uniquement de manière indirecte, par le biais des Fermes d’Ici.

 

"Il est bon mon poisson"

Reste à trouver le bon filon pour l’écoulement de la production de truites. Guillaume semble avoir trouvé un juste milieu entre réglementation et volonté personnelle. Le moment venu, le poisson sera écoulé en vente directe en frais sans être vidé. La vente au public n’a pas à ce jour débuté. L’hiver sera consacré aux préparatifs d’agrandissement du système de production.

Entre tâtonnements et confiance dans l’avenir… Décidément, l’aquaponie n’a pas fini de nous étonner. Guillaume Schlur tient cependant à tempérer l’enthousiasme débordant de ses visiteurs et de nos lecteurs. Sur le papier, l’aquaponie semble facile à mettre en œuvre. En réalité, il n’en est rien. "C’est une activité passionnante. Je capitalise actuellement sur l’expérience de cette première année. La pisciculture seule est réputée peu rentable. L’enjeu des légumes et des activités annexes est primordial pour arriver à vivre d’une telle production".

 

Une truite arrivée à maturité - Photo : B. Thiollent.

 

 

FADA - Ferme Aquaponique De l'Abbaye

20 rue Guillaume le Conquérant
76890 SAINT VICTOR L'ABBAYE

 

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Emplacement

76160
France
49° 27' 38.052" N, 1° 12' 56.106" E
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21 Octobre 2017 | Benoît Thiollent

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