Viande bovine : les éleveurs entre déficit d’image et difficultés économiques


Une partie des éleveurs bovins français était réunie cette semaine à Evreux, Tour d’horizon des enjeux économiques, politiques et sociétaux qui entourent aujourd’hui cette production.

 

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La ville d’Evreux accueillait du 6 au 8 février  le congrès de la Fédération nationale bovine, la branche « viande bovine » de la FNSEA.

Un évènement très professionnel s’il en est, mais auquel le syndicat agricole a voulu donner un retentissement grand public à l’heure où la filière se trouve une fois encore dans la tourmente.

Fabrice Moulard, président de la FNSEA de l’Eure : « Ce congrès, c’était une réelle opportunité de parler nous-même de notre métier, plutôt que de laisser les autres le faire à notre place. »

L’occasion aussi de rappeler, que l’Eure n’est pas qu’une terre céréalière, mais qu’il y a au contraire aussi de vrais atouts pour les filières d’élevage.

 

Les enfants de la ville d’Evreux en visite

 

Etats Généraux / Accords de libre- échange : le grand écart

 

L’équilibre du marché européen menacé ?

 

Des modèles d’élevage opposés

 

 

Les enfants de la ville d’Evreux en visite

 

Ainsi, à quelques dizaines de mètres du Cadran, qui accueillait le congrès, le Pré du Bel Ebat a accueilli un mini salon de l’agriculture, ouvert au public, le 6 février.

Disons-le, cet évènement baptisé Des vaches dans la ville, n’a pas attiré les foules. La vingtaine de tentes placées en une double rangée sur le parking avait bien du mal à réchauffer l’ambiance hivernale du jour.

Un mardi sous la neige, ce sont essentiellement des classes de l’agglomération qui ont fait le déplacement. « On ne s’attendait pas vraiment à ce public, avoue l’un des exposants, mais on s’adapte. »

Les enfants ont ainsi pu échanger avec quelques représentants des organisations agricoles, apercevoir quelques vaches bien au chaud sous les tentes, et déguster quelques crêpes.

 

© B.Delabre

 

Au final, il n’est donc pas certain que le message porté par les producteurs de viande bovine ait porté très loin, via ce petit salon de plein air. Il a toutefois donné l’occasion à Guy Lefrand, maire d’Evreux, d’affirmer son intérêt pour le monde agricole et les produits locaux, et de rappeler que l’agglomération d’Evreux et la Région ont financé 40 % du budget du congrès de la FNB.

 

Etats Généraux / Accords de libre- échange : le grand écart

 

Le congrès en lui-même, en revanche, a donné l’occasion aux éleveurs français représentés par la FNSEA de prendre la parole devant la presse et devant des responsables politiques. Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture était d’ailleurs présents pour conclure les travaux de la Fédération.

Il a surtout entendu les revendications d’éleveurs déboussolés par les signaux contradictoires qui leur sont envoyés.

Car alors que l’encre des Etats Généraux de l’Alimentation est à peine séchée, les éleveurs subissent une nouvelle baisse des cours. A croire, que la crise dans laquelle est plongé l’élevage bovin « viande » français n’aura jamais de fin.

« On n’est pas résigné, assure Bruno Dufayet, le président de la Fédération nationale bovine. On a encore envie de se battre pour cette production et pour ce savoir-faire français. On reste convaincu que la production bovine peut être un étendard de l’économie française. »

Cela passe notamment par la reconnaissance des coûts de production, programmée lors des Etats Généraux de l’Agriculture.

 

Bruno Dufayet président de la fédération nationale bovine à Evreux congrès 2018

© B.Delabre

 

Bruno Defayet : « Les EGA nous ont donné un cap, que l’on a envie de partager, sur le modèle de production, sur les attentes des citoyens. Mais il y a dans le même temps une incohérence politique avec les accords économiques bilatéraux, soit signés soit en cours de signature. Il y a un message qu’on ne comprend plus et qu’il faut éclaircir. »

Car les accords en question ne sont pas passés avec des pays ayant le même modèle agricole… On parle là du CETA passé avec le Canada et des accords avec le Mercosur (Marché commun de l’Amérique du Sud) qui concerne notamment l’Argentine et le Brésil.

 

L’équilibre du marché européen menacé ?

 

Et les termes de ces accords font bondir les syndicats agricoles de tous bords.

Que ce soit la FNB, la Coordination rurale ou la Confédération paysanne, tous estiment que l’ouverture de ces contingents d’importation va déstructurer le marché européen et provoquer la disparition de nombreux éleveurs.

On parle en effet de 65 000 tonnes en provenance du Canada et de 70 000 à 100 000 tonnes en provenance d’Amérique du Sud. Tonnages auxquels pourraient encore s’ajouter des contingents d’importation depuis la Nouvelle-Zélande ou l’Australie.

Pour rassurer les éleveurs, le président Macron les a encouragés à s’engager eux aussi sur la voie du marché mondial en exportant davantage vers la Turquie, la Chine (qui vient de lever l’embargo qui pesait sur la viande française) ou le Japon.

Ce discours séduit la FNB. Pour elle, il n’y a pas d’incohérence à s’opposer aux accords de libre-échange susceptibles de déstructurer « un marché mature », tout en défendant l’exportation vers des marchés où la demande s’exprime.

Mais la Coordination rurale comme la Confédération paysanne, elles, estiment avoir affaire au même miroir aux alouettes, qui a déjà coûté cher à la filière laitière il y a 3 ans.

« Ces possibilités d'export sont sans issue et cette stratégie perpétue la fuite en avant prônée par le syndicalisme majoritaire qui place les producteurs dans l'impasse depuis 50 ans » assure la Confédération paysanne.

 

Des modèles d’élevage opposés

 

Qui plus est cette viande bovine qui proviendrait des autres bouts du monde est produite selon des standards qui sont à l’opposé des standards européens, pourtant plébiscités par l’opinion publique. Antibiotiques, hormones, déforestation (pour l’Amérique du Sud) ou ultra-concentration des élevages (pour le Canada)…

Des méthodes à l’opposé du système français. « Notre modèle français, c’est un élevage basé sur une production herbagère, des structures familiales et des surfaces raisonnables » insiste Bruno Dufayet.

« Pourquoi ne pas plutôt favoriser l’élevage français, durable et vertueux, à destination de consommateurs à la recherche de produits locaux et de qualité ? » questionne pour sa part la Coordination rurale.

 

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08 Février 2018 | Benoit Delabre

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