Incendie Lubrizol : Radio Paris ment... la faute à qui ?


Didier Guillaume, ministre de l'Agricuture et Pierre-André Durand, Préfet de Sene-Maritime - Photo : Benoît Thiollent.
Le ministre de l'Agriculture s'est risqué à fabriquer une fake news le 11 octobre Rouen, à l'installation du Comité pour la transparence et le dialogue.

 

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Sale temps pour les professionnels de l'information.

Le 11 octobre 2019 a été marqué par deux fausses informations répandues dans les médias nationaux : la réouverture de la commercialisation du lait du Pays de Bray et l'arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès en Ecosse. Tout cela ne va pas redorer le blason de la presse dans l'opinion publique.

Mais la défiance pour la presse, quelle soit nationale ou régionale, n'est pas nouvelle. A une époque où internet n'existait pas, on a pu lire pendant de longues années sur divers murs de Rouen, une inscription écrite à la craie par une main anonyme : "Paris-Normandie ment."

 

La fabrique à fake news

Samedi 12 octobre au matin, la Fête du Ventre à Rouen vient d'être inaugurée. 180 producteurs locaux ont bravé la morosité ambiante pour venir tenir un marché au coeur de Rouen.

 

 

Et là, c'est le drame

Micro en main, l'animateur d'un stand d'une interprofession agricole se risque à déborder de son sujet sur la qualité des produits carnés, pour se lancer sur celui de l'actualité :

 

"Le lait d'ici est à nouveau collecté depuis vendredi après-midi, vous pouvez sans risque boire du lait de Normandie"

 

Face à lui, un groupe de personnes médusées, expriment leur opposition. Et tentent de lui faire entendre raison. Factuellement, la première partie de l'affirmation diffusée dans les hauts parleurs de ce stand installé place du Vieux marché, s'avère effectivement fausse.

"Mais si c'est vrai, j'ai entendu l'information hier après-midi sur France Inter"... silence embarrassé...  "Ah bon, c'est pas vrai ?"

 

Et voilà, le mal est fait. De nombreux médias nationaux sont venus vendredi à la Préfecture de Rouen au point presse des ministres Agnès Buzin, Elisabeth Borne et Didier Guillaume. Et France Inter, comme les autres, à naturellement relayé sur ses ondes la déclaration finale du ministre de l'Agriculture : "Le directeur de l'Anses s'est exprimé ce matin. Tous les prélèvements du lait étaient négatifs. Cet après-midi, la DGAL et le préfet seront amenés à prendre leur position sur le lait."

Comble de l'histoire, ce déplacement ministériel massif était orchestré pour installer le Comité pour la transparence et le dialogue. Pourtant malgré ce couac, de l'avis des participants à la réunion, l'utilité de ce comité est d'ores et déjà admise. Mais son efficacité se mesurera dans la durée, une fois la pièce de théâtre médiatique terminée.

Cet incident médiatique arrive tout de même au plus mauvais endroit. Le Préfet a convenu vendredi matin du traumatisme subi par la population : "Cet événement a soulevé au sein de la population une émotion considérable. On ne relève ni morts, ni blessés, ni destruction d'habitat. Cet incendie n'en a pas moins très fortement marqué la population". Traumatisée certes d'avoir respiré un nuage de combustion d'hydrocarbures. Mais traumatisée manifestement aussi par la communication de crise orchestrée par ce même Préfet.

 

La désaprobration de la Chambre d'Agriculture

Présente à Forges les Eaux vendredi 11 au soir à l'invitation de la Confédération Paysanne, Laurence Sellos, présidente de la Chambre d'Agriculture de Seine-Maritime, ne décolère pas : "Le ministre a été extrêmement maladroit aujourd'hui. En fin de réunion, le directeur de l'Anses avait dit qu'il donnerait prochainement un avis. Et en conférence de presse, le ministre a lancé le truc dans la campagne. On n'a pas compris. Du coup, on est ce soir face à des producteurs qui attendaient beaucoup de la réunion d'aujourd'hui. Et il ne se passe rien. Certains sont d'ailleurs devant la Préfecture ce soir."

 

Laurence Sellos, présidente de la Chambre d'Agriculture de Seine-Maritime. Entourée de Carole Debruyne, Olivier Lainé et Jean-Claude malo de la Confédération Paysanne - Photo : Benoît Thiollent.

 

Effectivement, au même moment, une trentaine d'agriculteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs de la Seine-Maritime sont venus à Rouen déverser 200 litres de lait à l'entrée de la Préfecture. Pour protester précisément contre la communication intempestive du ministre de l'Agriculture.

 

 

 

Des pressions sur les politiques

Depuis le début de la crise, les syndicalistes ont su mettre la pression sur les politiques. A juste raison, car l'enjeu économique est énorme pour la filière.

Mais, dans un réflexe très syndical, ils leur ont demandé à plusieurs reprises qu'ils fassent en sorte que les résultats d'analyses arrivent plus vite que la date annoncée.

Or si les politiques n'ont heureusement pas la main sur le résultat des analyses, ils n'en maîtrisent pas non plus le délai. Le Gouvernement a mandaté L'Anses. L'organisme a fait appel immédiatement à des scientifiques indépendants pour mener les analyses. Lesquels ont besoin de temps pour observer l'évolution des molécules sur la durée.

Vendredi soir à Forges-les-Eaux, un maraîcher livre son trouble : "Pourquoi les analyses durent aussi longtemps ? Pourquoi ils ne nous ont pas dit au départ qu'on aurait les résultats dans 15 jours ? Si on nous dit 15 jours, on serait sereins. Maintenant, je suis obligé de dire à mes clients qu'il faut attendre la semaine prochaine. Psychologiquement, ça crée un malaise énorme."

Parce qu'il fallait faire vite, on vous dit !

Et aujourd'hui, il faut faire vite constamment. Et en particulier quand on est un média. Nous étions présents vendredi matin à la Préfecture de Rouen pour assister à l'installation du Comité pour la transparence. Nous avons été témoins de la pression orchestrée. Tant les représentants de la filière agricole que le député Sébastien Jumel ont formulé plusieurs fois la demande d'une date de révélation des analyses. Pour aboutir au résultat que l'on sait.

 

 

 

Les communes de Seine-Maritime concernées par l'arrêté préfectoral de gel des productiions :
Argueil, Beaubec la Rosière, Beaussault, Beauvoir en Lyons, Bierville, Bihorel, Blainville Crevon, Bois Guilbert, Bois Guillaume, Bois Heroult, Boissay, Bosc Béranger, Bosc Bordel, Bosc Edeline, Bosc Guerard Saint Adrien, Bosc le Hard, Bosc Mesnil, Bosc Roger sur Buchy, Bouelles, Bradiancourt, Brémontier Merval,Buchy, Cailly, Catenay, Claville Motteville, Compainville, Conteville, Cottévrard, Criquiers, Critot, Dampierre en Bray, Déville les Rouen, Doudeauville, Elbeuf sur Andèle, Emernont sur Buchy, Escalvelles, Esteville, Estouteville Ecalles, Flamets Frétils, Fontaine en Bray, Fontaine le Bourg, Fontaine sous Préaux, Forges les Eaux, Fry, Gaillefontaine, Gancourt Saint Etienne, Grainville sur Ry, Graval, Grumesnil Haucourt, Haussez, Héronchelles, Hodeg Hodenger, Houppeville, Illois, Isneauville, La Bellière, La Chapelle Saint Ouen, La Fête Saint Samson, La Hallotière, La Rue Saint Pierre, La Vieux Rue, Le Héron, Le Mesnil Lieubray, Le Thil Riberpré, Longmesnil, Longuerue, Massy, Mathonville, Maucomble, Mauquenchy, Ménerval, Mésangueville, Mesnil Mauger, Mont Saint Aignan, Montérolier, Morgny la Pommeraye, Nesle Hodeng, Neufbosc, Neuville Ferrières, Notre Dame de Bondeville, Pierreval, Pommereux, Préaux, Quincampoix, Rebets, Rocquemont, Roncherolels en Bray, Ronchois, Rouen, Rouvray Catiollon, Saint Aignan sur Ry, Saint André sur Cailly, Saint Georges sur Fontaine, Saint Germain des Essourts, Saint Germain sous Cailly, Saint Martin du Vivier, Saint Martin Osmonville, Saint Michel d'Halescourt, Saint Sans, Saint Saire, Sainte Croix sur Buchy, Sainte Geneviève, Saumont la Poterie, Serqueux, Servaville Salmonville, Sigy en Bray, Sommery, Vieux manoir, Yquebeuf.

Les communes de la Somme concernées par l'arrêté préfectoral  :
Agenville, Ailly le haut Clocher, Airaines, Autheux, Bellancourt, Bertangles, Boufflers, Bus lèes Artois, Conseille, Courcelles au Bois, Domesmont, Domleger Longvillers, Epecamps, Famechon, Frise, Gueshart, Hervilly, Hescamps, Hiermont, Le Meste, Louvencourt, Mailly-Maillet, Maison Ponthieu, Marlers, Meigneux, Montvonvillers, Neuilly le Dien, Offignies, Oneux, Péronne, Picquigny, Pozières, Saint Archeul, Sainte Ségrée, Soues, Surcamps, Vauchelles lès Domart, Vauchelles lèes Quesnoy, Vitz sur Authie.

Les communes de l'Oise concernées par l'arrêté préfectoral  :
Abancourt, Blargies, Broquiers, Bouvresse, Campeaux, Canny-sur-Thérain, Escles-Saint-Pierre, Formerie, Fouilloy, Gourchelles, Héricourt-sur-Thérain, Lannoy-Cuillère, Moliens, Monceaux-l'Abbaye, Mureaumont, Omécourt, Quincampoix-Fleuzy, Romescamps, Saint-Arnoult, Villers-Vermont, Beaudéduit, Briot, Brombos, Cempuis, Daméraucourt, Dargies, Elencourt, Feuquières, Grandvilliers, Grez, Halloy, Le Hamel, Hautbos, Offoy, Saint-Maur, Saint-Thibault, Sarnois, Sommereux, Thieuloy-Saint-Antoine.

 

 

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13 Octobre 2019 | Benoît Thiollent

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