Incendie Lubrizol : depuis dimanche, des agriculteurs jettent leur lait


Didier Guillaume, ministre de l'agriculture visite la ferme de Noémie et Frédéric Dutot, à Bois-Guillaume
Des arrêtés préfectoraux ont ordonné le gel des productions et récoltes sur 232 communes en Seine-Maritime, dans l'Oise et la Somme.

 

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Le temps s'est arrêté le 26 septembre dans la campagne du nord ouest de la France.

Passé le moment de sidération, l'incendie à l'usine pétrochimique Lubrizol située à Petit-Quevilly (76) a laissé place à l'émotion bien légitime de la population. Puis les jours passants, les mesures d'analyses de l'air de Rouen commencent à être publiées.

Mais d'autres analyses sont attendues, réalisées dimanche matin dans des fermes témoins. Car l'eau et la terre dans la campagne environnante ont été aussi concernées. Et on l'a vu avec les premières analyses d'air, les résultats ne sont pas forcément immédiats.

Or, avec un nuage de fumées parti de Rouen, nous en sommes au 30 septembre à 3 départements concernés par des arrêtés préfectoraux. Au total,  232 communes en Seine-Maritime, dans l'Oise et la Somme, sont aujourd'hui concernées par la catastrophe de l'usine Lubrizol.

 

 

L'agriculture lourdement impactée

"Les productions végétales qui auraient été exposées et récoltées, et de même que le lait ou le miel collectés sont consignés sous la responsabilité de l'exploitant jusqu'à l'obtention de garanties sanitaires."

On ne saurait être plus clair. Pierre-André Durand, Préfet de la Seine-Maritime a commenté le samedi 28 septembre lors d'une conférence de presse l'arrêté venant d'être publié. En précisant notamment qu'au total 112 communes ont été touchées en Seine-Maritime par la propagation du panache de fumées noirâtres issu de la combustion des stocks de produits de Lubrizol.

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Le lait jeté

Dès ce weekend donc, les éleveurs laitiers ont reçu l'information par mail d'une suspension de la collecte du lait. Les tank de stockage se remplissant irrémédiablement, nombre d'entre eux ont ouvert le robinet couler le lait jusqu'à la fosse à lisier. Mais ce n'est pas forcément une bonne solution. Le contenu de la fosse à lisier ayant vocation à être ultérieurement épandu dans les champs...

On est là dans un principe de précaution. Toute la profession est sous pression, dans l'attente des résultats d'analyses. Elles sont annoncées pour jeudi. Une éternité.

Laurence Morand Despeaux est agricultrice à Criquiers dans le Pays de Bray. Elle a posté sur les réseaux sociaux un cri de détresse très matinal en ce dimanche 29 septembre : "Ce matin nous allons jeté 6000 litres de lait …. qui va nous indemniser ? Tous les produits issus de la collecte de cette semaine sont mis en suspend … je sais pas comment on va faire …. et aux infos ils continuent de dire que ce n'est pas polluant …

Ajouté à cela une hypothétique récolte partielle de maïs, les nerfs des agriculteurs sont mis à rude épreuve. D'autant que les animaux devaient rester au paturage encore plusieurs semaines.
Les nourrir au foin bouscule toute l'organisation prévue dans chaque ferme.

La vidéo de la vidange du tank a lait de Jean-Marc More pulvérise elle les vues sur les réseaux sociaux. L'éleveur de Bosc Roger sur Buchy, présent chez Frédéric Dutot lors de la visite du ministre de l'Agriculture nous confie : "c'est un sacrifice que d'ouvrir le robinet du tank à lait. Mais c'est complètement normal de faire jouer le principe de précaution"

 

Jean-Hugues Fleutry, situé à Préaux , a 55 vaches laitières. Il a choisi lui de ne pas verser son lait dans la fosse à lisier. Pour préférer remplir avec une tonne à eau. "Je n'ai pas envie de sentir longtemps l'odeur du lait dans le lisier. Et puis si par malheur il s'avérait pollué, je ne pourrais pas épandre ce lisier. J'ai demandé au ministre à quel endroit je devais amener ma citerne pour la vidanger. Les services de l'agriculture vont me contacter, m'a t'on dit tout à l'heure."

 

 

Visite de Didier Guillaume à Bois-Guillaume

Le ministre de l'Agriculture est venu le 30 septembre à Bois-Guillaume constater la problématique du moment chez Noémie et Frédéric Dutot.

La Ferme du Chapon est exploitation, emblématique de l'agriculture périurbaine, a été directement survolée jeudi par le nuage de fumées de l'incendie de l'usine Lubrizol.

Les demandes formulées au ministre par Frédéric Dutot, éleveur de vaches prim'Hostein et de volailles, ont été concises : "On a besoin que vous nous donniez des réponses rapides. Sur la rapidité des analyses et sur la question financière. Sur l'atelier lait, on perd 1000 euros par jour. Si ça continue, ça va être très compliqué."

Face à lui, Didier Guillaume a résumé par des questions l'embarras actuel de l'Etat face à la catastrophe de Lubrizol : "Il y a une pollution. Est ce que dès la semaine prochaine, vous pouvez reprendre une activité normale ? Ou est ce que ce sera plus long ? Aujourd'hui on n'en sait rien. Et il faudra le moment venu repartir à la reconquête du consommateur."

Reste que le ministre ne pouvait faire tel déplacement sans faire des annonces. "Toute la transparence sera faite. Les agriculteurs ne sont pas coupables dans cette affaire. On ne va pas les laisser tomber. On les indemnisera à la hauteur de leur perte. L'Etat va faire des avances de trésoreries. Mais au final, le principe du pollueur - payeur s'appliquera."

Mais Frédéric Dutot est il sorti convaincu de cette rencontre ? C'est simple, on lui a demandé : "On n'est pas encore rassurés. Après, il faut des actes. J'ai envie de croire qu'il va nous soutenir. Les analyses sont annoncées pour jeudi. Pour les avances de trésorerie, ça va être plus compliqué. Que les laiteries collectent le lait, et le détruisent elles. Techniquement, on n'est pas équipés. Et moralement, c'est lourd. On a besoin de retrouver un peu de sérénité sur cette exploitation. Les indemnités, sur le principe j'y crois, mais ce qui m'inquiète, c'est le délai..."

 

Frédéric Dutot questionne le ministre de l'Agriculture - Photo : Benoît Thiollent.

 

 

Arrêt de récolte du maïs ensilage

Reste qu'au delà du lait, les éleveurs font face à une énorme interrogation. Que faire du maïs souillé de suies resté sur pied ? Entre perte totale de la récolte et récolte partielle

François d’Hubert, conseiller cultures à Chambre d’agriculture de Seine-Maritime, a explicité dans une communication à la profession des hypothèses concernant le maïs ensilage : "Il sera peut être, selon les résultats des analyses, possible de remplacer la récolte plante entière par une récolte limitée aux épis , a priori moins en contact avec les retombées polluantes. On parle alors de récolte maïs épi. Cette technique nécessite d’installer des becs cueilleurs et un adaptateur sur l’ensileuse, technique peu pratiquée dans le département. La récolte est alors diminuée quantitativement."

Des réactions citoyennes et syndicales

Si des agriculteurs et des syndicat agricoles songent à porter plainte, cinq citoyens rouennais l'ont déjà fait. Avec dépôt de plainte contre X. Des résidents des plateaux nord de Rouen ont lancé une cagnotte pour faire réaliser des analyses d'échantillons des retombées du panache de fumée.

Et 50000 autres ont déjà signé ce 30 septembre une pétition réclamant une enquête sanitaire et environnementale sur les conséquences de l'incendie Lubrizol. Tandis qu'un rassemblement baptisé "Incendie de Lubrizol, Exigeons la vérité !" était proposé sur les réseaux sociaux à Rouen le lundi 30 septembre.

Un collectif d'organisations syndicales et associatives organise lui une manifestation à Rouen le 1er octobre intitulée "Incendie De Lubrizol : La Préfecture doit la vérité". La CGT, Solidaires,- FSU–ATTAC, France Nature Environnement, Youth for climate Rouen, Stop EPR,  Alternatiba, ANV COP 21 Rouen, Greenpeace Rouen, Association Henri PEZERAT, Mouvement National Lycéen 27,  Syndicat de la Médecine Générale, Confédération Paysanne et la Fédération Syndicale Etudiante Rouen vont défiler à partir de 18h du Palais de Justice à la Préfecture.

 

Les communes de Seine-Maritime concernées par l'arrêté préfectoral  :
Argueil, Beaubec la Rosière, Beaussault, Beauvoir en Lyons, Bierville, Bihorel, Blainville Crevon, Bois Guilbert, Bois Guillaume, Bois Heroult, Boissay, Bosc Béranger, Bosc Bordel, Bosc Edeline, Bosc Guerard Saint Adrien, Bosc le Hard, Bosc Mesnil, Bosc Roger sur Buchy, Bouelles, Bradiancourt, Brémontier Merval,Buchy, Cailly, Catenay, Claville Motteville, Compainville, Conteville, Cottévrard, Criquiers, Critot, Dampierre en Bray, Déville les Rouen, Doudeauville, Elbeuf sur Andèle, Emernont sur Buchy, Escalvelles, Esteville, Estouteville Ecalles, Flamets Frétils, Fontaine en Bray, Fontaine le Bourg, Fontaine sous Préaux, Forges les Eaux, Fry, Gaillefontaine, Gancourt Saint Etienne, Grainville sur Ry, Graval, Grumesnil Haucourt, Haussez, Héronchelles, Hodeg Hodenger, Houppeville, Illois, Isneauville, La Bellière, La Chapelle Saint Ouen, La Fête Saint Samson, La Hallotière, La Rue Saint Pierre, La Vieux Rue, Le Héron, Le Mesnil Lieubray, Le Thil Riberpré, Longmesnil, Longuerue, Massy, Mathonville, Maucomble, Mauquenchy, Ménerval, Mésangueville, Mesnil Mauger, Mont Saint Aignan, Montérolier, Morgny la Pommeraye, Nesle Hodeng, Neufbosc, Neuville Ferrières, Notre Dame de Bondeville, Pierreval, Pommereux, Préaux, Quincampoix, Rebets, Rocquemont, Roncherolels en Bray, Ronchois, Rouen, Rouvray Catiollon, Saint Aignan sur Ry, Saint André sur Cailly, Saint Georges sur Fontaine, Saint Germain des Essourts, Saint Germain sous Cailly, Saint Martin du Vivier, Saint Martin Osmonville, Saint Michel d'Halescourt, Saint Sans, Saint Saire, Sainte Croix sur Buchy, Sainte Geneviève, Saumont la Poterie, Serqueux, Servaville Salmonville, Sigy en Bray, Sommery, Vieux manoir, Yquebeuf.

Les communes de la Somme concernées par l'arrêté préfectoral  :
Agenville, Ailly le haut Clocher, Airaines, Autheux, Bellancourt, Bertangles, Boufflers, Bus lèes Artois, Conseille, Courcelles au Bois, Domesmont, Domleger Longvillers, Epecamps, Famechon, Frise, Gueshart, Hervilly, Hescamps, Hiermont, Le Meste, Louvencourt, Mailly-Maillet, Maison Ponthieu, Marlers, Meigneux, Montvonvillers, Neuilly le Dien, Offignies, Oneux, Péronne, Picquigny, Pozières, Saint Archeul, Sainte Ségrée, Soues, Surcamps, Vauchelles lès Domart, Vauchelles lèes Quesnoy, Vitz sur Authie.

Les communes de l'Oise concernées par l'arrêté préfectoral  :
Abancourt, Blargies, Broquiers, Bouvresse, Campeaux, Canny-sur-Thérain, Escles-Saint-Pierre, Formerie, Fouilloy, Gourchelles, Héricourt-sur-Thérain, Lannoy-Cuillère, Moliens, Monceaux-l'Abbaye, Mureaumont, Omécourt, Quincampoix-Fleuzy, Romescamps, Saint-Arnoult, Villers-Vermont, Beaudéduit, Briot, Brombos, Cempuis, Daméraucourt, Dargies, Elencourt, Feuquières, Grandvilliers, Grez, Halloy, Le Hamel, Hautbos, Offoy, Saint-Maur, Saint-Thibault, Sarnois, Sommereux, Thieuloy-Saint-Antoine.

 

 

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30 Septembre 2019 | Benoît Thiollent

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