Avranches Mont Saint Michel : les haies cristallisent les tensions


© FNSEA
Hêtre ou ne pas haie(tre) classées. La politique de gestion des haies bocagères dans le cadre du PLUi d'Avranches - Mont Saint Michel oppose les militants écologistes et les agriculteurs.

 

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Passionnel le sujet des haies ? Certainement. Et en Normandie plus qu’ailleurs. L’image bocagère véhiculée par notre région touche au cœur tous les normands de souche (d’arbre) ou d’adoption.

Aussi, lorsque l’avenir des haies bocagères s’invite dans les discussions autour du Plan Local d’Urbanisme intercommunal d’Avranches Mont Saint Michel, ça peut facilement faire des étincelles.

Le 12 février, un groupe d’agriculteurs de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs s’est invité à une réunion dans une réunion du Pôle territorial d’Avranches. Ils étaient une soixantaine, venus interpeller les élus, dont David Nicolas, le président de la communauté d’agglomération.

Avec un objectif : empêcher le classement des haies dans le cadre du PLUi.

 

Protéger les haies « oui », les classer « non »

 

Assurer un débouché au bois de chauffage

 

« Les prédateurs et arracheurs de haies de tous poils »

 

Des efforts à faire, dans un objectif consensuel

 

 

Protéger les haies « oui », les classer « non »

 

« Nous n’avons rien contre la protection des haies et de leurs rôles fonctionnels en matière d’hydraulique, de biodiversité et de paysage », explique Philippe Faucon, Président de la commission Environnement de la FRSEA Normandie, et par ailleurs vice-président de la Chambre d'Agriculture de la Manche.

« Mais nous nous opposons fermement à leur classement. Car si on les classe, on fige les choses. C’est une fausse bonne idée. Si on classe, plein de petites parcelles ne seront plus exploitées, certaines haies ne seront sans doute plus entretenues… Ca va faire n’importe quoi. »

Pour la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, le classement aurait l’effet inverse de celui escompté. Voyant l’interdiction arriver, bon nombre d’exploitants pourraient l’anticiper et arracher des haies.

 

manifestation fnsea JA 50 avranches haies plui
© FNSEA

 

De petites parcelles (voire très petites), mal adaptées aux techniques agricoles actuelles et notamment au machinisme, risqueraient de ne plus être exploitées. Et certaines haies pourraient ne plus être entretenues en attendant qu’elles dépérissent…

Bref, « une fausse bonne idée », selon Philippe Faucon, qui défend une approche plus constructive et consensuelle. « Un territoire ça doit s’entretenir, ça doit vivre… après on est d’accord il faut que cela soit bien fait. Mais pas avec le bâton, ou alors le moins possible. »

Le représentant des agriculteurs préfère que cette question des haies soit traitée dans le cadre d’échanges pragmatiques, dans une logique gagnant – gagnant.

Il l’assure, « aujourd’hui nous sommes mâtures pour aborder ce sujet. Nous sommes complètement ouverts à la réalisation d’un travail avec les équipes de la communauté d’agglomération : pointer les zones où l’enjeu est réel en matière de gestion hydraulique, en matière de circulation de la biodiversité, ou sur le côté paysager… »

« Nous l’avons fait par exemple sur Saint James, où on a engagé une opération de remaillage, pour traiter notamment la problématique de l’érosion. Cela se fait dans un cadre volontaire, et sur St James, tout le monde est fier du PLUi. »

 

Assurer un débouché au bois de chauffage

 

En outre, les agriculteurs réclament une politique plus positive que restrictive. Pour eux, l’avenir des haies dans le bocage normand réside d’abord dans la possibilité, pour les agriculteurs, de les valoriser sur le plan économique.

Autrement dit, ils attendent que le débouché de énergétique du bois de haie soit développé sur le territoire, et que les approvisionnements soient réalisés en local.

« On ne peut pas nous demander de maintenir du bocage, d’entretenir des haies, de faire du bois de chauffage, et ne pas imposer plus de 5 % de bois local dans les chaufferies des collectivités » résume Philippe Faucon. « On fait venir du bois de recyclage qui vient de partout à pas cher et nous on reste avec notre bois… il faut créer l’économie autour du bois que l’on nous demande de préserver. »

Le message a semble-t’il été entendu de la part de certains élus, et notamment de David Nicolas, qui a assuré vouloir ouvrir le dialogue.

 

 

« Les prédateurs et arracheurs de haies de tous poils »

 

Mais l’action comme le message n’ont pas été interprétés de la même manière par tout le monde. Sur les réseaux sociaux, on sort les pics et les fourches dans le camp des militants écologistes, défenseurs d’un bocage étroitement maillé.

C’est le cas par exemple de Joël Bellenfant, membre du bureau de Manche Nature, qui dans un billet publié sur le blog d’Alternative Citoyenne 50 fustige l’attitude et les intentions des syndicats agricoles majoritaires.

Pour lui, comme pour d’autres, qui ont notamment réagi sur le compte Facebook de David Nicolas, cette intervention en réunion de la FNSEA et des JA, ressemble un peu trop à de l’intimidation, si ce n’est à de la menace.

« Curieuses méthodes, encore heureux, qu’ils n’aient pas (comme ils en ont l’habitude) brûlé des palettes traitées et des vieux pneus, devant la salle Victor Hugo. »

Et, comme d’autres encore, Joël Bellenfant ne croit guère en la volonté des agriculteurs de préserver les linéaires de haie, se référant aux arrachages et arasements constatés sur différents territoires.

« Les agriculteurs productivistes du syndicat majoritaire doivent s’attendre à ces réactions d’élus, qui dans les petites communes sont bien impuissants devant ces comportements. »

« Nous ne pouvons laisser impunément faire les prédateurs et arracheurs de haies de tous poils. » résume Joël Bellenfant.

 

Des efforts à faire, dans un objectif consensuel

 

Ces attaques en direction de la FNSEA et des JA, Philippe Faucon les encaisse et tente d’y répondre. Il le constate, le syndicalisme agricole majoritaire a bien souvent mauvaise réputation.

Mais pour lui, il s’agit bien souvent de

On a affaire à des gens qui attaquent régulièrement la FNSEA. Mais ils en ont une mauvaise connaissance.

« On est trop souvent dans un cliché, assure-t’il. La FNSEA ne se résume pas à des céréaliers en agriculture intensive, et qui ont plaisir à utiliser des phytos. »  Un cliché qui qui s’est accentué avec la présidence de Xavier Beulin, mais qui hérisse le poil de certains militants.

« La FNSEA c’est un rassemblement beaucoup plus large que cela. On a aussi des petites exploitations, dans les marais, en zone Natura 2000, des producteurs bios… Après on peut toujours trouver un voisin agriculteur qui a de mauvaises pratiques. Mais pas qu’à la FNSEA. »

Pourtant, il le concède aussi, le syndicalisme agricole a aussi besoin de poursuivre son évolution. Habitués des grandes mobilisations syndicales de la fin du XXème siècle, beaucoup de ses adhérents sont restés dans une logique de rapport de force.

Un exemple en a encore été donné le 22 février au soir avec le déversement de bennes de fumier et de pneus devant les grilles de la préfecture de Saint-Lô.

 

 

« C’est un comportement conflictuel qui ne passe plus », constate Philippe Faucon, qui se félicite d’avoir évité le déversage des bennes aux Jardins des Plantes d’Avranches… « Mais on a aussi parfois les mêmes comportements en face de nous » observe-t’il.

« On a tous des efforts à faire. Mais quand on arrive à parler dans un objectif consensuel, on arrive à trouver des terrains d’entente gagnant – gagnant. »

Est-ce que cela fonctionnera sur le territoire d’Avranches – Mont Saint Michel ? L’avenir nous le dira.

 

 

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23 Février 2018 | Benoit Delabre

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