Les syndicats agricoles partent en croisade contre les promotions


© J.F. Osmond
En pleine négociations commerciales et préparation d'une loi tirée des Etats généraux de l'Alimentation, les syndicats agricoles font monter la pression.

 

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En tant que consommateurs, les promos, on adore. Mais au moment où les soldes d’hiver sont lancées, les filières alimentaires, elles s’en inquiètent.

Le début de l’année 2018 marque donc le retour à la mobilisation des agriculteurs. Laissant le cas Lactalis à la vindicte médiatique et populaire suite au scandale du lait en poudre, ils se focalisent sur les grandes surfaces et leurs pratiques commerciales.

Car les promotions en grandes surfaces se font souvent sans aucune transparence sur la constitution des prix et la répartition des marges... Et ce même après le grand rassemblement des Etats Généraux de l’Alimentation, qui a pourtant conclu à la nécessité de mieux répartir la valeur ajoutée entre les différents maillons de la filière.

 

Des promotions qui se multiplient

 

Les syndicats agricoles passent à l’action

 

Une pression portée au bon moment ?

 

 

Des promotions qui se multiplient

 

« Alors qu’une charte d’engagement a été signée par l’ensemble des acteurs des filières à la mi-novembre dernier, il n’aura pas fallu 2 petits mois pour que les distributeurs bafouent cet engagement sans se soucier de la valeur de ce produit », s’insurgent ainsi les Jeunes agriculteurs de la Manche.

Le syndicat agricole cible notamment l’enseigne Carrefour, au sein de laquelle il a constaté une offre exceptionnelle proposant un pack de 6 x 1 litre de lait offert, dès le passage en caisse, pour un panier minimum de 50€…

« De telles offres, pour attirer les consommateurs dans les hypermarchés, ne sont pas et plus tolérables. Comment imaginer avoir une rémunération décente des producteurs quand le dernier maillon de la chaîne offre gratuitement le fruit du travail de ces derniers ? »

Même son de cloche à la Coordination rurale qui, elle, s’insurge des promotions réalisées sur la viande de porc. « Par exemple, un prospectus propose une épaule de porc à 1,29 €/kg, illustre Pascal Aubry, responsable de la section Porc du syndicat. C’est presque le prix payé aux éleveurs. Cela nous paraît impossible ! »

Les exemples de promotions tous produits confondus se multiplient sur les réseaux sociaux accompagnés de commentaires acerbes.

 

 

 

Les syndicats agricoles passent à l’action

 

Et les syndicats agricoles ont donc décidé de passer à l’action, après le premier coup de semonce porté en décembre par la FNSEA.

 

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Dans la Manche, les Jeunes agriculteurs se sont mobilisés dans la nuit du 11 au 12 janvier. Agissant en commandos, ils ont déversé des bennes de fumier parfois enrichi de déchets de ferme (pneus…) devant un grand nombre de grandes surfaces du département. Ils ont aussi taggé des slogans, fustigeant des promotions jugées indécentes.

 

De son côté, la Coordination rurale, elle, a alerté la direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF), afin de « faire la lumière sur des pratiques de détermination du prix qui concernent l’ensemble de la filière porcine et dont les éleveurs sont les victimes. »

Victimes ? Pourtant, les marchés du porc sont parfois en attente de promotions saisonnières ou non. Ils comptent sur cette forme de déstockage pour désengorger le marché, lorsque celui-ci est saturé.

Mais pour Pascal Aubry, et la Coordination rurale, ces promotions profitent à tous sauf aux éleveurs. Au contraire, elles « habituent les consommateurs aux prix bas et dévalorisent le travail des éleveurs. » Le syndicat demande donc une régulation intelligente de l’offre afin d’éviter la surproduction et se calquer sur les besoins des consommateurs…

 

Une pression portée au bon moment ?

 

Cette mobilisation des syndicats agricoles en début d’année 2018 est calculée. En effet, en dehors des promotions spécifiques à cette période d’après fête, le moment est bien choisi.

Les négociations commerciales entre les grandes surfaces et les autres acteurs des filières alimentaires battent en effet leur plein. Et elles sont généralement difficiles. Les syndicats comptent donc faire monter la pression du terrain vers les négociateurs des grands groupes de distribution…

« Nous espérons et attendons de vraies négociations avec de la création de valeur et la répartition de celle-ci avant la fin février, date de clôture des négociations des marques avec les grandes surfaces. » insistent les Jeunes agriculteurs de la Manche.

Pascal Aubry : « Quand je vois ces prix, je me dis que des maillons de la filière ont vite oublié qu’ils ont signé un engagement à l’issue des EGA, celui de prendre en compte les coûts de production des éleveurs. »

On l’aura compris la sphère politique, est elle aussi visée par ces actions syndicales des agriculteurs. Ces derniers espèrent que les élus et le Gouvernement se mobilisent pour faire aboutir les Etats Généraux de l’Alimentation à du concret… Après les annonces faites en fin d’année.

 

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Une loi a notamment été promise pour ce début d’année 2018, et les syndicats agricoles aimeraient qu’elle soit d’ores et déjà insufflée dans les négociations en cours…

 

 

16 Janvier 2018 | Benoit Delabre

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