La filière betterave sucrière confrontée à une crise sans précédent


© B.Delabre
Didier Guillaume, ministre de l'agriculture était le 27 mars à Cagny (14), au chevet de la sucrerie menacée de fermeture par Saint Louis Sucre et le groupe Südzucker. Décryptage d'une crise sans précédent.

 

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Après les mots, les images… Le 27 mars, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, s’est rendu sur le site de la sucrerie de Cagny dans le Calvados. Après des prises de positions orales, le ministre est ainsi venu apporter physiquement son soutien aux agriculteurs et salariés de la sucrerie, menacée de fermeture.

Le plan de restructuration voté par Südzucker, le propriétaire allemand de St Louis Sucre et donc de la sucrerie de Cagny, prévoit en effet de stopper la transformation des betteraves dans la plaine de Caen.

Un énorme coup dur pour les employés de la sucrerie bien sûr, mais aussi pour toute la filière agricole, qui, par expérience, sait que la disparition de l’outil industriel peut aboutir rapidement à la disparition de la production en local.

« La décision brutale de Südzucker menace aujourd’hui toute une région avec la disparition de 160 emplois et la remise en cause du modèle économique de 1100 planteurs », résume le ministère de l’Agriculture.

Depuis l’annonce de cette décision, qui touche également la sucrerie d’Eppeville dans les Hauts-de-France, la résistance s’organise… Avec comme enjeu le maintien d’un outil industriel fonctionnel, et en arrière-plan, un nouveau bras de fer entre un industriel étranger et les élus Français, sur fond de libéralisation des marchés…

 

Südzucker : une restructuration massive

La suppression des quotas betteraviers responsable ?

Plus de betteraves sucrières, c’est la faute à …

Les élus Français appellent à l’Union Sacrée

 

 

Südzucker : une restructuration massive

 

Petit retour en arrière…

Après une baisse de résultats de plusieurs dizaines de millions d’euros (-83 M€ au troisième trimestre de l’exercice 2018-2019), Südzucker décide début 2019, parmi d’autres mesures, des ajustements de capacités avec une réduction de sa capacité de production de sucre allant jusqu’à environ 700 000 tonnes par an.

Une décision brutale et sans concertation qui cible presque immédiatement 3 sites détenus par le groupe en France, via Saint Louis Sucre. Le groupe Allemand prévoit d’arrêter la production de sucre sur les sites de Cagny (Calvados) et d’Eppeville (Somme) ainsi que l'activité du site de conditionnement de Marseille.

A Cagny, le site recentrerait ainsi son activité sur le stockage de sucre, de mélasse et la production d’alimentation animale à partir de mélasse, orientant ainsi les betteraves du secteur vers la sucrerie euroise d’Etrépagny.

De la même manière les betteraves traitées à Eppeville seraient orientées vers le site voisin de Roye. Là  aussi le site verrait son activité recentrée sur le stockage de sucre, sirop et mélasse ainsi que sur la déshydratation des pulpes pour fournir l’alimentation animale.

 

La suppression des quotas betteraviers responsable ?

 

Pour tous, économistes et syndicalistes, cette décision de Südzucker est la conséquence directe de la libéralisation de la production betteravière en Europe.

Selon tous les observateurs, la suppression des quotas de production en 2018, dans un contexte de marché déjà très tendu, a très rapidement conduit à ce que tous ses détracteurs craignaient : une surproduction au niveau européen qui a très vite engorgé le marché mondial.

Pour la FRSEA et les Jeunes Agriculteurs de Normandie, « en ouvrant le marché européen et en ne gérant plus les volumes mis en marché, au nom de l’idéologie libérale qui l’anime, la Commission Européenne provoque ce type de conséquences ».

Comme quelques années plus tôt la filière laitière, la filière sucrière se trouve désormais face à un effondrement des cours, « une crise sans précédent ». Et la restructuration de l’activité de Südzucker n’en est que l’une des premières conséquences.

« Les cours mondiaux sont volatiles et ont atteint leur plus bas niveau en août et en octobre 2018. Avec ce système mondialisé le seul moyen de voir monter les prix est une catastrophe naturelle à l’autre bout du monde… c’est dramatique ! » s’indigne Patrick Legras, représentant de la Coordination rurale.

 


© B.Delabre

 

Plus de betteraves sucrières, c’est la faute à …

 

Mais si tout le monde en France s’accorde à pointer du doigt cette libéralisation à tout crin, d’autres discours viennent compléter l’argumentaire, jetant un peu d’huile sur le feu de la compétition entre syndicats agricoles.

Autrefois la plus hostile à des marchés structurés, la Coordination rurale a largement revu son point de vue et pointe aujourd’hui le rôle joué par la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), syndicat spécialisé affilié à la FNSEA.

Pour Patrick Legras et la Coordination Rurale, la CGB « fait la promotion de ce système ultralibéral, en faisant croire qu’en France on est les plus beaux, les plus forts et les plus compétitifs. »

Or justement, à l’opposé, la FNSEA, les JA et la CGB, qui se sont opposés à la suppression des quotas betteraviers, notent aujourd’hui la perte de compétitivité des betteraviers français. Et ils en imputent la faute… à des écologistes jugés bien trop zélés.

Pour le syndicalisme agricole majoritaire, l’interdiction des protections de semences par les produits néonicotinoïdes, et plus généralement « la perte de solutions phytosanitaires ne va faire qu’abaisser la compétitivité de notre production locale ».

Ils déplorent donc d’être confrontés à un marché mondial sur lequel tout le monde ne joue pas avec les mêmes armes… Un discours entendu sur bien d’autres sujets : glyphosate, OGM, etc.

 

Les élus Français appellent à l’Union Sacrée

 

Alors, la faute à qui ?

Les élus Français n’ont en tout cas pas l’intention de jouer les boucs émissaires dans cette affaire. A l’heure où les gilets jaunes pointent l’éloignement de la classe politique des préoccupations de terrain, il n’est pas question de laisser le feu prendre sans porter son seau.

Reprenant des postures déjà vues par le passé sur d’autres terrains industriels (Continental, Moulinex, Arcelor, Alstom…), ils multiplient les prises de positions médiatiques.

Premier à dégainer, le président de la Région Hervé Morin n’y est pas allé par 4 chemins demandant à Südzucker de « rendre des comptes » et de « revenir sur sa position ». « La justification aujourd’hui du groupe Südzucker de la fermeture du site permettant ainsi une hausse des prix est un mensonge », dénonçait-il dès la fin février.

Dans la foulée, les parlementaires Normands et des Hauts de France se sont eux aussi mobilisés. En participant à des manifestations et surtout en appelant à une « union sacrée » sur ce dossier. Au-delà des querelles de partis, ils l’affirment : « nous nous opposerons de toutes nos forces à la décision de supprimer le site de Cagny. »

Enfin, le ministre de l’Agriculture, sollicité par tous les protagonistes, s’est aussi engagé. Marquant son indignation face à la décision de Südzucker, il insiste surtout sur la nécessité de laisser la place à un repreneur potentiel…

Pour lui « il serait totalement injuste et incompréhensible de s’opposer à un projet de reprise ». Le ministre a annoncé la volonté du gouvernement d’accompagner les parties prenantes dans leur projet de reprise et d’aboutir rapidement à un plan de compétitivité pour la filière betterave…

 

 

 

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28 Mars 2019 | Benoit Delabre

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