A Yvetot et Rouen, l'agriculture vue par les jeunes citadins


Les élèves de BTS du lycée agricole d'Yvetot prenent la pose rue du Gros Horloge à Rouen -Photo : Lycée d'Yvetot
Des élèves du lycée agricole d'Yvetot rencontrent lycéens et agriculteurs dans le cadre de leur BTS.

 

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Le salon international de l'agriculture permet chaque année à la profession agricole de montrer ce qu'elle produit de meilleur. Mais au delà de cette vitrine, quelle connaissance ont les citadins de l'agriculture ? Des élèves de BTS Acse au lycée agricole d'Yvetot viennent de s'emparer de cette question. En dirigeant spécifiquement leur interrogation sur leur génération.

Pour Olivier, Blandine, Chloé et Clément, la fin de la 2e année approche. Il est temps pour eux d'oeuvrer sur un Projet d'Initiative et de Communication. En ce mois de février, les voilà devenus réalisateurs d'un court métrage. Pour une diffusion le 17 mars dans le cadre du Festival des Initiatives Lycéennes.

 

Des lycéens citadins

Ces futurs acteurs professionnels de la filière agricole se sont posés la question de la perception du métier d'agriculteur par ceux qui en sont éloignés. Ils ont entrepris de rédiger un questionnaire et d'aller à la rencontre de lycéens de l'enseignement général. Pour évaluer leurs connaissances sur l'agriculture et percevoir leurs opinions sur la profession.

En premier lieu, direction Yvetot, au lycée Queneau. Puis Rouen, avec l'institution Rey, le lycée Blaise Pascal et le lycée Jeanne d'Arc. Avec des rencontres avec les classes concernées pour des échanges. Et au total, 150 questionnaires à dépouiller.

"Avez vous déjà visité une ferme, ou le salon de l'agriculture ?". L'approche se fait en douceur. Mais rapidement, l'évidence s'impose. Le public lycéen ne connait pas grand chose du métier d'agriculteur. Au lycée Queneau d'Yvetot, positionné pourtant au coeur d'un territoire rural, les connaissances évoquées des élèves viennent principalement des médias : "La crise du lait, j'ai vu ça à la télé".

Le questionnaire proposé révèle rapidement une désillusion sur le métier d'agriculteur. Le ratio entre le temps et de travail fourni et le revenu obtenu désarçonne particulièrement la génération lycéenne : "Les cultures, c'est archi long. Le temps que ça pousse, c'est pas possible". Laquelle se montre néanmoins informée sur les nouvelles technologies agricoles :  "J'ai vu qu'il y a des ordinateurs dans les tracteurs. Et ils ont aussi des drones".

 

De gauche à droite : Blandine, Clément, Chloé et Olivier - Photo : B. Thiollent

 

 

Agriculteur = pollueur

Mais par contre, sur le sujet de l'environnement, les lycéens semblent parler d'une seule voix pour affirmer une certitude. L'agriculteur est vu comme un pollueur. L'usage des produits phytosanitaires est implacablement montré du doigt. Et qu'importe la quantité, c'est l'utilisation même qui est reprochée. Et l'agriculture biologique est citée. Mais alors, les lycéens mangent tous uniquement bio ? "C'est là le paradoxe, observe Chloé, il y a un décalage entre les attentes formulées et l'alimentation quotidienne des élèves qui ont répondu à nos questions"

Les élèves de BTS se sont alors faits médiateurs auprès des lycéens. Explications sur la disparité des revenus, de la baisse du nombre d'agriculteurs, du rang agricole de la France en Europe. Et des précisions sur l'image du gros tracteur : "c'est un outil de production et c'est le banquier qui est propriétaire du tracteur".

 

La rencontre avec les élèves du lycée Queneau d'Yvetot.

 

 

L'avis d'un agriculteur

Les élèves de BTS Acse ont souhaité donner aussi la parole des agriculteurs pour nourrir la réflexion. Ludovic Dufour est l'un d'entre eux.

Ludovic et Grégoire Dufour sont installés en polyculture depuis 30 ans à Belleville en Caux. Les frères Dufour sont connus pour leur entreprise de fabrication de compost. Et aussi pour leurs actions en matière de développement durable.

 

Il plante 5 km de haies pour la biodiversité

 

 

Ludovic Dufour ne prend pas de gants pour exprimer le besoin de communication de la profession : "La communication, on est toujours en train de la subir. On est toujours la variable d'ajustement au bout de la chaine. Il faut sortir du schéma politique ou syndical. Il faut trouver un canal qui soit neutre, le plus large possible. Il faut aller sur les réseaux sociaux. Et que ça parle aux jeunes."

 

Ludovic Dufour : "La richesse, elle est dans la rencontre. On fait évoluer sa communication, mais aussi son métier." - Photo B.Thiollent

 

La ferme du Tors reçoit régulièrement la visite de classes d'élèves de l'enseignement agricole. Quid alors de l'enseignement général ? L'agriculteur concède un sentiment de déconvenue : "On l'a fait, avec plus ou moins de succès. Je ne recevrais plus de classes de collège par exemple. C'était la balade, il n'y avait pas l'envie. J'ai eu une autre expérience avec des tous petits, c'était là nettement plus rigolo. Il y a des âges plus faciles à toucher que d'autres."

L'homme est convaincu par le principe des battements d'ailes de papillons qui entraînent des conséquences en cascades. Et que ce soit auprès d'habitants de la région ou de gens de passage : "On a eu aussi un club de randonneurs. 70 marcheurs ont fait une halte pour visiter la ferme. J'ai reçu des photos par mail et des commentaires par la suite. Même si on a touché seulement une personne, c'est bien".

Face à tant de volontarisme, Olivier, Blandine, Chloé et Clément ne peuvent qu'acquiescer. Tout en reconnaissant l'ampleur de la tâche : "Les élèves disent que le monde agricole manque de communication. Mais en même temps, quand on a appelé des agriculteurs, plusieurs nous ont dit non." Comme disait Pierre Desproges, étonnant, non ?

 

 

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15 Février 2018 | Benoît Thiollent

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