Michel-Edouard Leclerc veut des interprofessions apaisées


Les Rencontres Normandes, 2e salon des Alliances Locales de la SCA Normande, ont accueilli Michel Edouard Leclerc à Lisieux le 15 septembre.

 

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La SCA Normande approvisionne les 38 magasins et les 42 Drives E. Leclerc de Normandie. Ses entrepôts de Lisieux se sont transformés le temps d’une journée en Salon des Alliances Locales le 15 septembre.

Sur place, 134 producteurs locaux sont venus présenter lors des Rencontres Normandes leurs produits aux dirigeants et responsables de rayons de ces magasins E. Leclerc de la région Normandie. L’occasion pour ces producteurs de se faire connaître auprès de magasins éloignés d’eux sur le territoire.

"Guest star" de la journée, Michel-Edouard Leclerc n’est pas venu discuter du graphisme des étiquettes de boites de pâté fermier. Il a tenu à donner une dimension politique à sa venue, avec un discours musclé à l’encontre du syndicalisme agricole et des politiques.

 

Quand un breton découvre les miels de la Baie du Mont-Saint-Michel - Photo B. Thiollent.

 

 

Producteurs locaux vs grande distribution

Voir des produits régionaux dans les rayons de supermarchés, ce n’est pas nouveau. "Trente ans que ça dure" assure Denis Picard, président de la SCA Normandie. Il n’empêche, l’activité des Alliances Locales a vu véritablement le jour en 2010. Le groupe E. Leclerc communique aujourd’hui le chiffre à l’échelle du pays de 15000 producteurs concernés dans 400 magasins.

Ce bilan, Michel-Edouard Leclerc s’en sert pour affirmer une volonté de "garantir aux producteurs un prix rémunérateur et maîtrisé pour les consommateurs".  En une phrase, tout est dit. Il est vrai, l’homme se positionne depuis déjà un moment comme défenseur du pouvoir d’achat des français.

Pour lui, la pression des marchés accrue depuis l’avènement d’internet et la demande sociétale croissante de produits de meilleure qualité imposent d’adapter les outils de production : "Nos systèmes de production se sont internationalisés. Et on en a oublié le local et la diversité."

Oui mais voilà, ce n’est pas aussi simple que cela à mettre en oeuvre. Michel-Edouard Leclerc en est conscient, la mise en avant des Alliances Locales de ses magasins ne suffira pas à endiguer la crise agricole. Et aujourd’hui, face à cette crise qui s’éternise, le ton se fait plus offensif. Avec un langage fleuri qui fait sa marque de fabrique.

 

Pas de partage de la valeur

Lassé d’être montré du doigt dans les manifestations agricoles, Michel-Edouard Leclerc a profité de sa venue à Lisieux pour affirmer : "C’est facile, mais c’est con d’opposer et de laisser s’opposer les corporations entre elles. "

"Oui, c’est plus dur d’être producteur en bout de chaine que d’être transformateur. Oui, c’est plus facile d’être distributeur. Mais ce qui fait la meilleure facilité des uns ne résout pas les difficultés des autres."

Enfonçant le clou, il a déclaré : "Je ne suis pas partisan d’une solution qui résulterait d’une sorte de prise de valeur chez l’un pour le redistribuer à l’autre. L’histoire du partage de la valeur, c’est une immense connerie, c’est du laxisme, c’est de la fainéantise. Au mieux c’est du soviétisme. Et pourtant on n’entend parler que de ça dans le discours syndical et le discours politique et médiatique."

 

L’exemple du modèle viticole

Face à la crise agricole, Michel-Edouard Leclerc a une solution : faire un grand ménage dans la ferme France, comme celui vécu il y a 35 ans pas le secteur viticole. L’entrepreneur dresse un tableau très positif de cette période : "Au lieu de remettre en cause le rôle de la distribution, il y a eu un arrachage de vieilles vignes, la création de signes de qualité, le développement des AOC, la défense de marques. Des marques plus tard imposées à la distribution. Aujourd’hui il n’y a pas un seul viticulteur qui dépende du cours du vin."

"Les rapports entre la viticulture, les grossistes, les cavistes et la distribution se sont mus en une saine concurrence autour des foires aux vins. Cela crée aujourd’hui de la valeur supplémentaire, avec des vins d’entrée de gamme et des grands crus."

 

Agriculteur = Entrepreneur

Michel-Edouard Leclerc affiche ainsi l’ambition de permettre à chaque profession de construire sa chaine de valeur derrière ses marques, la qualité des productions, ses signes de qualité. Et dans ce raisonnement, il appartient à chacun dans la chaine de valoriser les signes de qualités des autres auprès des consommateurs et des acheteurs intermédiaires.             

Pour lui le constat est sans appel, avec quelques piques à la clé : "Nos agriculteurs, bien que théoriquement préparés par nos Chambres d’Agriculture et par les experts dans leurs syndicats interprofessionnels et syndicats consulaires, sont pris de court sur les évolutions des prix sur les marchés du lait." Avant de s’écrier : "Il faut créer une véritable interprofession. Il faut arrêter de dézinguer l’intermédiaire dans les médias."

 

 

 

Appel à la régulation

Michel-Edouard Leclerc considère que c’est aux élus de dire le droit, de ne pas fuir cette absence d’outils de régulation : "Il n’y a que l’élu qui peut dire si on peut s’entendre en gestion de crise, si on peut cartéliser l’offre ou pas."

Questionné par nos soins pour préciser sa position vis à vis des politiques, son jugement est sans appel : "Le politique rase les murs, il n’assume pas le fait de n’avoir pas anticipé la fin des quotas laitiers."

 

Pour une interprofession "apaisée"

Mais sans donner de réponse sur la méthode pour inciter les politiques à agir, il glisse rapidement sur le terrain du rapport de force au sein des interprofessions : "Je ne suis pas un ultralibéral, il faut recréer des outils de régulation. Il faut en particulier de vraies interprofessions apaisées, où les professionnels de l’aval, la distribution, les grossistes et les marchés pourront relayer les nouvelles demandes des consommateurs aux producteurs."

Avant de lâcher, un brin agacé : "Aujourd’hui, le syndicalisme politique domine la situation par rapport aux organisations professionnelles… " Il ne terminera pas sa phrase. Le message est passé. Il est on ne peut plus clair. Politiques et syndicats sont en ligne de mire.

 

 

Lors des Rencontres Normandes, messages à la manière d'un livre d'or sur une vache réalisée par l'artiste Vanluc.

 

 

 

 

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16 Septembre 2016 | Benoît Thiollent

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