Crise agricole. L'avis de la Confédération paysanne Normandie


Bas et haut-normands préparent la naissance d'une Confédération paysanne de Normandie. (Photo : B.Delabre)
La Confédération paysanne de Normandie veut réguler la production et demande l'application d'un prix garanti sur 80 % des volumes produits.

 

 

Des manifestations ? Oui sans doute. Et même très bientôt, probablement.

Celle qui sera très prochainement la Confédération paysanne de Normandie (les actuels syndicats de Haute et Basse-Normandie devraient fusionner d’ici quelques semaines) envisage de rejoindre le mouvement de contestation renaissant, qui reprend de la vigueur depuis la Bretagne.

Mais avec sa touche à elle.

Laurent Leray, le porte-parole de la Confédération paysanne de Basse-Normandie : « Les gens demandent des prix à Stéphane Le Foll, mais ils ne demandent pas de régulation du marché ! On ne s’attaque pas à la cause du problème ! Mais si on ne change rien aux fondamentaux de la production, des Fonds d’allègement des charges, il faudra en débloquer un tous les ans ! »

« Surtout si ces Fonds sont saupoudrés comme c’est le cas actuellement », renchérit Jean-Claude Malo, son homologue haut-normand.

 

La régulation européenne, une utopie ?

 

Bien sûr, l’urgence est dans les trésoreries hyper tendues, les difficultés de paiement et de remboursement de dettes de plus en plus lourdes. Mais les réactions des troupes manifestantes à Paris en septembre dernier semblent bien le démontrer : les agriculteurs attendent des prix.

Seulement voilà, un prix ça ne se décrète pas. Le volet porcin de la crise de l’élevage l’a démontré cet été, avec l’explosion du prix plancher de 1,40 € demandé par le ministère de l’Agriculture. Non, le prix, c’est le marché qui le fait, en fonction de l’offre et de la demande.

Ne pouvant peser sur une demande par trop volatile et qui, par nature, aime faire jouer la concurrence, la Confédération paysanne veut donc peser sur l’offre. « Il est urgent de remettre du bon sens dans l’agriculture et de ne produire que ce qu’il faut », poursuit Laurent Leray.

Mais la régulation n’est plus franchement en odeur de sainteté à Bruxelles, surtout depuis l’arrivée de Phil Hogan, présenté comme le chantre du libéralisme par la Confédération paysanne.

« Même le Copa-Cogeca (qui rassemble les syndicats agricoles majoritaires au niveau européen, ndlr) ne veut plus en entendre parler », déplore Laurent Leray. Seul l’EMB, l’European Milk Board envisage toujours cette possibilité à l’échelle européenne.

Seulement, les producteurs apparaissent décidément trop dispersés. Parvenir à un consensus européen sur la question peut paraître une pure utopie, tant les seuls éleveurs français apparaissent déjà divisés.

 

Un système de prix différencié

 

Il y a un peu plus d’un an, la proposition des Jeunes agriculteurs de Normandie de créer une super-Organisation de producteurs normande dans la filière laitière, laissait pourtant entrevoir un consensus régional.

Mais depuis, malgré la crise, rien n’est apparu. « C’est surtout la FNPL qui leur a dit de mettre la pédale douce là-dessus » assure Laurent Leray. De plus, la Confédération paysanne défend que ces AOP (Association d’organisation de producteurs) puissent jouer sur les volumes et pas seulement peser dans la négociation de prix avec les entreprises laitières. Le consensus même régional n'est donc pas encore à l'ordre du jour.

Pourtant c’est bien à l’échelle de la filière, par bassin de production, que la Confédération paysanne veut désormais organiser la régulation de la production. Elle compte pour cela sur un nouveau mode de négociation du prix du lait.

Elle prône un système de prix garanti pour 80 % du volume produit. « Le prix A doit couvrir les coûts de production et donner un revenu au producteur. Et c’est le reste du lait qui doit être plus variable et même à un prix dissuasif. »

Encore faut-il convaincre. Convaincre les entreprises laitières, ce qui ne s’annonce pas facile. Et même convaincre les éleveurs eux-mêmes… Car à en croire Laurent Leray : « chaque producteur voudrait produire plus et laisser son voisin produire moins ».

 

 

 

 

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25 Janvier 2016 | Benoit Delabre

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