Le financement des aides à l'agriculture biologique pose problème


© B.Delabre
Stéphane Travert a annoncé vouloir supprimer dès 2018 les aides au maintien en agriculture biologique.

 

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A l’occasion du Salon Tech & Bio, dans la Drôme, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, est venu présenter sa politique autour de la filière « Bio ». Il a provoqué la consternation en annonçant la suppression de l’aide dite « au maintien ».

En effet, l’Etat verse plusieurs aides aux agriculteurs engagés en filière Bio. L’une lors de la conversion qui dure 3 ans, et une dite aide au maintien à l’agriculture biologique. Cette dernière est destinée à aider les agriculteurs à pérenniser leurs exploitations fragilisées par le changement de modèle de production.

 

Une filière qui se développe

 

Financer l'aide à la conversion

 

Un discours politique qui déroute

 

« Le marché ne peut pas tout »

 

 

 

Une filière qui se développe

 

Pourtant, une semaine auparavant, Stéphane Travert saluait l’essor des filières biologiques. La publication de l’observatoire de l’Agence Bio démontre en effet une belle dynamique du secteur bio, avec une double augmentation des surfaces conduites en bio et de la consommation.

Cet observatoire enregistre en effet une progression d'environ 3 000 agriculteurs en bio fin juin 2017 par rapport à fin décembre 2016 et une croissance du marché de la bio de plus de 420 M€ en 6 mois avec notamment l'ouverture de 130 magasins spécialisés.

De quoi générer la « grande satisfaction » du ministre qui voit aussi que cet essor « se traduit fin 2016 par 118 000 emplois directs soit une progression de 8 % par an au cours des quatre dernières années. »

Seulement cette belle santé a son revers : la filière coûte de plus en plus cher à l’Etat. L’augmentation rapide du nombre de conversions à l’agriculture biologique (qui induit automatiquement une augmentation du nombre d’aides au maintien) allonge donc peu à peu la facture pour le ministère.

 

Financer l'aide à la conversion

 

Stéphane Travert a par conséquent annoncé vouloir, « dès 2018, recentrer les budgets disponibles sur le financement des nouveaux contrats d’aide à la conversion ». Il renvoie la question de l'aide au maintien vers les régions qui pourront à leur guise débloquer des enveloppes spécifiques...

Le ministre estime en effet que la meilleure structuration du marché du bio doit désormais permettre d’assurer la pérennité des exploitations converties.

Un discours que partage la FNSEA qui s'était exprimée dès juillet par la voix de son secrétaire général Jérôme Despey :« la priorité, c’est l’aide à la conversion. Pour l’aide au maintien, nous pensons que c’est au marché de prendre le relais. »

Cet arbitrage budgétaire paraît logique pour la FNSEA qui défendait alors l'enveloppe des aides directes aux producteurs, du premier pilier de la Pac.

En effet, dès l’arrivée de Stéphane Travert rue de Varenne, la question du financement des aides à l’agriculture biologique s’est posée. Elle a conduit le ministre à transférer une partie des aides Pac du 1er pilier (aides directes à la production) vers le second (aides au développement).

 

Un discours politique qui déroute

 

Une solution qui n'a satisfait personne, pas même les défenseurs de l'agriculture biologique, qui sont aujourd'hui encore plus désolés qu'hier des décisions gouvernementales.

« Nous répétons depuis des mois qu'un transfert de 4,2 % du pilier 1 vers le pilier 2 n'est pas suffisant pour conserver les aides au maintien et les aides à la conversion mais on ne nous écoute pas » se désole Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale de l’Agriculture biologique.

Celle-ci rappelle que ces aides sont aussi destinées à rémunérer les services environnementaux rendus par les producteurs bios sur la préservation des sols, la qualité de l'eau et de la biodiversité, la santé publique ou sur le climat.

Mais surtout, cette question particulière des aides au maintien, vient apporter un désarroi supplémentaire auprès des défenseurs de la bio, qui se trouvent « démunis » face au discours politique tenu par le ministre de l’Agriculture.

En témoigne l’objectif fixé par Stéphane Travert d’atteindre 8 % de surfaces en bio à l’horizon 2022… Un objectif qui peut paraître louable, mais qui, selon la FNAB, est en dessous du niveau du marché.

La Fédération estime en effet pouvoir atteindre 10 % de surfaces agricoles utiles bio dès 2020. Elle demande même que l’ambition française soit portée à 20 % des surfaces à l’horizon 2022 !

« Sur le terrain, les chiffres parlent d'eux-mêmes : sur deux tiers des sites pilotes Eau et Bio soutenus par les agences de l'eau on est déjà à 10% des surfaces agricoles utiles en bio contre 6,5 % pour le reste du territoire », explique Guillaume Riou, administrateur de la FNAB.

 

« Le marché ne peut pas tout »

 

Des chiffres qui démontrent aux yeux de la FNAB, l’importance de la politique publique. « Le marché ne peut pas tout » insiste Stéphanie Pageot.

Un point de vue que partage la Confédération paysanne. Investi dans la défense d’une agriculture "non conventionnelle", le syndicat agricole souhaiterait que « l'agriculture biologique se développe au-delà de la niche économique dans laquelle elle se trouve. »

Mais par ces annonces, le syndicat estime que « le ministre Stéphane Travert dit clairement au monde agricole et à la société : "le marché décidera" ! »

« Une réelle déclaration de guerre à l’agriculture biologique ! » estime pour sa part la Coordination rurale. Pour elle, la suppression de ces aides met les agriculteurs bio dans la même situation que les conventionnels dans les années 80 : produire toujours plus pour gagner moins avec le risque de trouver des marchés saturés et des prix encore plus bas.

 

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25 Septembre 2017 | Benoit Delabre

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