Du Fipronil dans les oeufs : la filière avicole frappée par un scandale sanitaire


© B.Delabre
Des élevages avicoles néerlandais ont été contaminés par un insecticide, le Fipronil. En France, 5 entreprises agroalimentaires et 1 élevage sont concernés.

 

 

Mise à jour au 10 août 2017

Elle n'avait sans doute pas besoin de cela, la filière avicole. Après les remous liés aux conditions d'élevages des volailles dites "en batterie", la succession de mises aux normes souvent difficiles à assumer financièrement par les éleveurs, les péripéties et vides sanitaires liés à la grippe aviaire, voici un scandale sanitaire dont les éleveurs se seraient bien passés.

L'affaire est européenne. Au point que la France s'est longtemps crue épargnée. Des oeufs et des volailes produits aux Pays-Bas ont été contaminés au Fipronil, une molécule insecticide.

La première alerte est venue de Belgique le 20 juillet, plusieurs semaines après que le problème ait été révélé à l'agence de sécurité alimentaire belge. Bruxelles prévient alors ses voisins de l'Union européenne, que des taux élevés de fipronil avaient été mis en évidence dans des œufs et des viandes de volailles (conventionnels et bio).

Le fipronil, produit antiparasitaire qui n'est pas autorisé dans le traitement des animaux destinés à la consommation, est en revanche couramment utilisé dans les produits vétérinaires contre les  poux, les tiques et les acariens des animaux de compagnie.

Les enquêtes menées en Belgique ont démontré la présence de cette substance interdite dans un produit antiparasitaire falsifié, commercialisé sous l'appellation DEGA 16, utilisé dans les élevages de volailles. Plus de 60 élevages en Belgique et 180 aux Pays Bas ont été bloqués. En Belgique, une enquête judiciaire est en cours pour fraude de la part du fournisseur du produit utilisé.

Et depuis le 20 juillet, les autorités belges et néerlandaises mènent des investigations pour retracer les circuits de commercialisation des lots contaminés et les retirés du marché. A ce jour, plusieurs pays européens sont concernés : la Belgique, l'Allemagne, les Pays Bas, la Suède, le Royaume Uni, la Suisse et dernièrement la France.

 

En France : 5 entreprises concernées

 

Les autorités françaises n'ont pas, à ce jour, d'informations de contamination d'œufs en coquille et de viande destinés à la consommation.

Le 28 juillet un élevage du Pas de Calais a été placé sous surveillance immédiatement après le signalement par l'éleveur lui même de l'utilisation de ce produit par son fournisseur belge. Les analyses menées dans cet élevage se sont avérées positives a annoncé le ministère de l'Agriculture le 9 août. Mais, selon le ministère, aucun œuf issu de cet élevage n'a  été mis sur le marché. Ces œufs actuellement stockés seront détruits.

En outre, les autorités européennes ont informé la France le 5 août en fin d'après-midi et le 6 août, que 13 lots d'œufs contaminés en provenance des Pays Bas avaient été livrés à deux établissements de fabrication d'ovoproduits de la Vienne et du Maine-et-Loire entre le 11 et le 26 juillet 2017. Deux autres alertes ont été reçues les 6 et 8 août.

Au final, ce sont deux puis cinq établissements d'ovoproduits respectivement situés dans la Vienne, le Maine et Loire, le Pas-de-Calais, le Nord et le Morbihan qui sont à ce jour concernés par l'importation d'oeufs contaminés depuis les Pays-Bas et la Belgique. L'ensemble des produits encore présents dans ces établissements concernés a été bloqué. Des enquêtes de traçabilité sont en cours en lien avec les services de l'Etat afin d'identifier la destination des produits déjà expédiés et susceptibles d'être contaminés.

Ces analyses ont déjà révélé des contaminations dans l'entreprise du Morbihan, dont le nom n'a pas été révélé. « Les lots concernés ont été identifiés, qu’ils soient bruts ou transformés », a fait savoir la préfecture du département. « La partie des lots non encore transformés et transformés mais non commercialisés a été consignée. » Plus de 290 000 oeufs ont été importés par cette entreprise depuis la Belgique. C'est l'entreprise elle même qui s'est signalée aux autorités sanitaires, après avoit appris que l'un de ses fournisseurs belge était concerné par la contamination.

 

Deux personnes interpellées aux Pays-Bas

 

Les professionnels de l'amont (producteurs d'œufs) ont été informés et il leur a été demandé de vérifier leurs approvisionnements. Une réunion avec les acteurs de l'aval (collecteurs, transformateurs et distributeurs) s'est tenue le lundi 7 août pour faire le point sur la situation et accentuer la surveillance et l'autocontrôle.

La présence de traces de fipronil ne constitue pas en soi un risque ; seules les analyses engagées permettront de déterminer si le niveau de contamination de ces produits est susceptible de présenter un risque pour la consommation. Dans le Morbihan, selon la préfecture, les premières analyses « indiquent des seuils très faibles, n’entraînant pas de toxicité pour la santé au stade du produit fini. » Ces analyses devront toutefois être confirmées.

En complément de l'analyse de risque de l'Efsa, le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation saisit l'Anses pour obtenir un avis sur les risques pour la santé humaine liés à l'ingestion d'œufs ou de produits contaminés par le fipronil. Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation précise que la situation sera réévaluée en temps réel en fonction des résultats de l'ensemble des investigations et analyses en cours.

Pendant ce temps, l'enquête avance aux Pays-Bas. Deux dirigeants de l'entreprise Chickfriend à l'origine de la fraude et de la contamination, viennent d'être interpellés. Le parquet d'Amsterdam a en outre annoncé avoir procédé à des perquisitions dans 8 bâtiments de la société. Des saisies de documents ont également eu lieu.

Les dirigeants de Chickfriend pourraient répondre de plusieurs chefs d'accusations : "détention de produits interdits" et "menace à la santé publique" notamment.

Le nombre peu élevé d'entreprises concernées en France, à l'inverse de l'Allemagne par exemple, peut s'expliquer par la forte production hexagonale. La France est en effet le n°1 de la production d’oeufs en Europe et elle est, selon le Comité National pour la Promotion de l'Oeuf, autosuffisante à hauteur de 100 %. A ce titre, elle n'a que très peu recours aux importations.

La France a produit 14,3 milliards d’oeufs en 2016 devant l’Italie (13,2 milliards d’oeufs) et l’Allemagne (13,1 milliards).

 

 

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achat oeufs choix élevage batterie bien être animal

Œufs contaminés : nouvelle dérive de l'agro-industrie ?

 

Dans un communiqué du 8 août, la Confédération paysanne commente la crise sanitaire qui touche la filière avicole.

 

 

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10 Août 2017 | Benoit Delabre

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