SIA 2016. Regards de normands sur la crise agricole


Stand de la Corrdination Rurale.
Tandis que la fête de l'Agriculture bat son plein, la crise agricole est de toutes les conversations sur les stands du salon.

 

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Coup de chaud sur le salon de l'agriculture en ce mercredi 2 mars. Un sms envoyés au journalistes annonce : "Appel à tous les éleveurs présents au salon. Rendez-vous à 16h, le Cniel distribue du lait belge."

A l'heure dite, on constate aux abords du stand du Centre National Interprofessionnel de l'Economie Laitière, plus de vigiles et de journalistes que d'éleveurs. Le message vient de l'Apli.

Un producteur a observé qu'une animation proposée sur le stand utilise un pack de lait du lait Candia (Sodiaal), conditionné en Belgique. Du lait belge sur le stand du lait français, voilà qui fait tâche.

Les animateurs du stand, un brin fébriles, font part aux journalistes présents d'un "malencontreux malentendu". Selon eux, l'accusation ne tient pas : "il s'agit bien d'un lait français, collecté en France en zone frontalière et effectivement conditionné en Belgique. Donc tout va bien."

 

Philippe Rochard, responsable du stand du Cniel, fait visiter la réserve à la presse - Photo B. Delabre

 

Il nous est immédiatement proposé de visiter la réserve du stand pour témoigner qu'un lot de 30 packs concernés a été isolé des centaines d'autres utilisés. Et promis, juré, ils sont définitivement mis de côté. Comme quoi ceux-ci sont tout même de nature à polémique.

Les agriculteurs de l'Apli viendront en fait plus tard, en petite délégation. Leur venue leur a permis de discuter avec Thierry Roquefeuil, ancien président de la FNPL, pour un échange allant bien au delà de l'incident du jour.  Leur impression est que les lignes ont bougé : "le mot régulation est enfin prononcé. Il lui reste maintenant à placer le curseur au bon niveau pour qu'on soit d'accord sur l'ampleur de cette régulation".

 

Thierry Roquefeuil en conversation avec les éleveurs Apli - EMB - CR / Photo B. Delabre

 

 

Yannick Bodin, de la Manche

 

Rencontré un peu plus tôt dans l'après-midi sur le stand de la Coordination Rurale, Yannick Bodin fait partie de ce groupe d'éleveurs en visite sur le stand du Cniel. Nous avions questionné en janvier Yannick Bodin, président de la coordination rurale de Basse-Normandie, sur la portée des blocages de routes en Bretagne.

Plus d'un mois plus tard sur le salon, il concède que sa démarche d'interpellation des politiques locaux est moins simple que prévu. Menacé d'un dépôt de plainte par un député suite à l'accrochage d'une vache morte à sa permanence, il déplore une conversation qui a tourné court : "La plainte, je l'attends encore. Maintenant, il n'a répondu à aucune de mes interpellations. C'est désespérant." La méthode est-elle la bonne? Yannick Bodin ne regrette en tous cas aucunement son acte.

Avec un stand décoré d'une vache en résine aux couleurs du Lait FaireFrance, la Coordination Rurale a fait le choix au salon de mettre en avant une initiative qui met du baume au coeur des producteurs concernés. Les points de vente de ce lait sous le label FaireFrance ne cessent de se multiplier. Initiative rare pour être soulignée, des producteurs sont allés remercier récemment le directeur d'un magasin Leclerc d'Argentan pour l'écoulement de 50000 litres de lait en 2015.

Il n'empêche, l'ambiance reste morose sur le stand de la Coordination Rurale dès que l'avenir de l'élevage est évoqué. Le chiffre avancé d'une baisse de la moitié des producteurs laitiers à l'horizon 2025 fait peur. Et la reprise des hostilités vis à vis de la FNSEA n'est jamais loin : "Que ce soit le lait, le porc ou la viande, il y a similitude. Le porc, c'était l'agrandissement des élevages. On s'aperçoit aujourd'hui que les gars perdent à bloc de l'argent. Pour le lait, Christiane Lambert (FNSEA) annonce que ce sera demain très difficile pour les fermes de moins de 80 vaches. Et en même temps, les troupeaux de 200 vaches, ce n'est pas la panacée non plus, ils perdent pas mal d'argent avec de gros investissements."

Yannick Bodin nous glisse profiter du salon pour peaufiner l'organisation du IXe congrès de l'’Organisation des producteurs de lait de la Coordination Rurale le 10 mars prochain au Mont-Saint-Michel sur le thème "Une vraie régulation : l'alternative crédible à la crise".
 

 

 

Bernard Hinault sur le stand de la Manche

 

Et dans le hall des régions, l’ambiance est moins propice au débat syndical ou aux actions coup de poing médiatiques, la crise ne s’arrête pourtant pas à la porte.

En témoigne le coup de gueule de Bernard Hinault sur le stand de la Manche. L’ancien champion cycliste et ancien éleveur était venu assister à la signature de la convention de partenariat entre les Maîtres laitiers du Cotentin et le Tour de France.

 

Bernard Hinault, aux côtés de Pascal Ferey, président de la Chambre d'Agriculture de la Manche - Photo B. Delabre.

 

Il a profité des micros tendus pour exprimer son opinion… avec le franc-parler que l’on connaît à celui que l’on surnommait "le blaireau". "Ce qui tue l’agriculture française, c’est l’empilement des normes et des contraintes. En France on fait toujours plus ! Quand l’Europe nous demande quelque chose, on fait 5 fois plus !"

 

 

Les Maîtres laitiers du Cotentin croient encore aux circuits longs

 

De son côté Jean-François Fortin, le directeur général des Maîtres laitiers du Cotentin croient encore aux circuits "longs". Mais à sa façon.

 

Au centre, Jean-François Fortin, Pdg des Maitres Laitier du Cotentin à la signature de la convention avec le Tour de France.

 

Sans nier la problématique actuelle liée à une certaine surproduction (au regard de la demande actuelle), il envisage surtout une remise en question des différents acteurs de la filière. "Est-ce qu’il est possible de donner à peu près satisfaction à chacun des acteurs dans le cadre d’un partage de valeur un peu plus équitable ?" questionne-t-il.

Chez les Maîtres laitiers du Cotentin, une solution a été trouvée avec le développement du secteur de la distribution à travers France Frais. "On est allé vers l’aval. Et aujourd’hui on est assez fiers de pouvoir rémunérer le lait de nos producteurs à un prix supérieur à d’autres collègues."

 

 

 

Dans l'Eure, le chantier des circuits courts avance

 

Un peu plus loin, sur le stand de l’Eure, le président de la Chambre d’Agriculture de l’Eure ne peut s’empêcher, lui aussi, d’évoquer la situation de l’élevage. "Tout se passe bien sur ce salon, mais les gens sont quand même inquiets", avoue Jean-Pierre Delaporte.

D’ailleurs, il profite du Salon pour discuter, échanger, et essayer de monter des projets. Pour lui, deux voies sont particulièrement à explorer. D’abord le manger français. "Si toutes les cantines des établissements publiques, des collèges, des lycées, des écoles, des maisons de retraite… proposaient des produits français, on avancerait déjà pas mal…".

Mais il le reconnaît lui-même, ce n’est pas si facile à mettre en place et le travail avec les collectivités doit se poursuivre. Et selon lui, c’est à elles de gérer les commandes passées par les établissements. "Celui qui finance à 80 %, c’est celui qui commande", insiste-t-il.

Une autre voie à explorer : les circuits-courts. Avec un danger selon lui : celui de se faire supplanter. "La grande distribution nous a fait des propositions de têtes de gondoles garanties à prix coûtant…" explique-t-il dubitatif. Mais il voit dans la démarche une manœuvre pour capter le marché. "On commence à leur faire peur" estime-t-il.

Pour Jean-Pierre Delaporte, l’avenir est aux magasins de producteurs. Bien situés en bordure de villes, avec une gamme complète. La conjoncture s’y prête. Mais "il nous manque des porteurs de projets."

 

 

 

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France
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03 Mars 2016 | Benoît Thiollent

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