Les agriculteurs normands annoncent le blocage d'une raffinerie


Le 10 juin, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs entameront le blocage de 13 raffineries françaises. Dont l'une à Gonfreville-l'Orcher en Seine-Maritime.

 

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Le mot d'ordre avait été lancé il y a déjà quelques jours par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs : une mobilisation nationale est lancée pour dénoncer les contradictions que les deux syndicats voient dans la politique commerciale de la France.

13 raffineries et dépôts de carburants du groupe Total dont l'une en Seine-Maritime seront bloquée à partir du 10 juin et pour une durée non déterminée par les militants des deux syndicats agricoles.

Pourquoi les raffineries ? La cible est emblématique à plusieurs titres.

 

En France, on n'a pas de pétrole, mais on a du colza

 

D'abord du fait du rôle que joue le pétrole dans l'économie moderne : "comme notre pays ne saurait se passer de pétrole, il ne peut se passer de son agriculture", claironne la FRSEA Normandie dans son communiqué.

Ensuite, et sans doute surtout, parce que se joue actuellement dans le sud de la France un évènement symbolique : l'autorisation accordée au groupe Total d'importer de l'huile de palme en provenance d'Asie pour alimenter son usine de biocarburants de la Mède (Bouches-du-Rhône).

Tout un symbole pour les agriculteurs français : on importe un produit pour alimenter une usine en France, alors qu'ils l'affirment, l'agriculture française produit elle aussi des huiles végétales (de colza et de tournesol principalement) qui pourraient très bien alimenter l'usine de Total.

 

 

La pillule a d'autant plus de mal à passer que les agriculteurs sont eux mêmes détenteurs de plusieurs usines de biocarburants (dont les usines Saipol de Dieppe et de Grand-Couronne près de Rouen), à travers le très polémique groupe Avril (ex-Sofiprotéol). Groupe très étroitement lié à la FNSEA et qui, au demeurant, importe lui même de l'huile de palme pour plusieurs de ses activités industrielles...

A se demander si l'action syndicale annoncée pour le 10 juin, ne viserait pas davantage le groupe Total que le Gouvernement... Mais la FNSEA l'affirme, ses revendications vont au delà du seul sujet de l'huile de palme de la Mède.

« L’huile de palme est ce qui a fait déborder le vase, alors que la filière oléoprotéagineuse française a la capacité de répondre aux besoins des groupes pétroliers », a expliqué Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA à l'AFP.

La FNSEA et les JA s'inquiètent surtout de voir fleurir dans les négociations bilatérales menées par la France ou l'Europe, de nouveaux contingents d'importation de produits agricoles. Les négociations menées avec le Canada et surtout avec les pays du Mercosur (Amériques Centrale et du Sud) laissent entrevoir des importations supplémentaires de viande bovine, de volailles et d'éthanol.

 

"N'importons pas l'agriculture" dont "nous ne voulons pas ! "

 

Pire : à l'heure où l'agriculture française se sent montrée du doigt pour ses pratiques (utilisation de pesticides, d'antibiotiques, bien être animal...) elle s'offusque de voir des produits bien éloignés des standards de production européens arriver sur le marché national.

"N'importons pas l'agriculture que nous ne voulons pas ! " s'emporte ainsi la FNSEA dans un slogan national qui malmène un peu la grammaire française.

Là encore l'huile de palme suceptible d'arriver dans les Bouches du Rhône fait figure de symbole. Très décriée sur le plan nutritif, l'huile de palme est aussi pointée du doigt par les écologistes. Ils dénoncent le développement des palmeraies qui participe à la destruction d'habitats importants, notamment pour l'emblématique Orang-Outang.

De la même manière, l'élevage bovin sud-américain (notamment au Brésil) a en partie contribué à la déforestation amazonienne. Ailleurs les utilisations d'hormones, d'antibiotiques, de pesticides sont souvent moins réglementées qu'en France, tout comme d'ailleurs les normes sur le bien-être animal.

 

 

 

Augmenter les importations de ces produits à l'heure où Emmanuel Macron appelle à une montée en gamme des produits agricoles français raisonne comme une contradiction au sein de la FNSEA : plus de charges, plus de contraintes et moins de marché...

"Cette politique du "en même temps" est un double discours qui vise à masquer le choix délibéré d'une politique de grands groupes industriels et financiers au détriment de l'agriculture et des agriculteurs français" s'insurge la FRSEA Normandie.

 

07 Juin 2018 | Benoit Delabre

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