Avec Yannick Bodin, gros plan sur la détresse agricole


Emiission Les Français - Photos France 2
L'émission Les Français de France 2 est allé cet hiver à la rencontre de Yannick Bodin. Il témoigne pour Agri-Culture de sa situation au printemps.

 

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Yannick Bodin est à n'en pas douter ce que la télévision appelle "un bon client". Cet agriculteur de la Manche, responsable de la Coordination Rurale, crève l'écran en ce moment dans l'émission Les Français sur France 2.

Si tous les français ont ainsi l'occasion de le découvrir, les normands ont déjà eu l'occasion d'entendre parler de lui. Le blocage du Mont Saint Michel de l'été 2015, des prises de positions tranchantes de cet hiver dans les médias, une vache morte pendue à la permanence d'un député, ça vous dit forcément quelque chose...

Sur Agri-culture, on a eu l'occasion de l'interviewer en janvier. Il nous avait fait part de sa volonté de d'aller à la rencontre des parlementaires dans leur circonscription. Rencontré ensuite au salon de l'agriculture sur le stand de la Coordination Rurale, nous l'avons recontacté en cette fin avril afin d'en savoir plus sur cette action.

 

Désabusé des politiques

Les rencontres de l'hiver avec les parlementaires laissent un goût amer à Yannick Bodin. Reçu par nombre d'entre eux, il dénonce leur incapacité à dépasser le stade du constat d'impuissance. Et tous ne prennent pas la mesure de la crise. Or, l'urgence est là. Pour Yannick Bodin, "le temps politique ne cadre pas avec le temps économique".

"J'ai fait porter un projet de loi à Philippe Bas, président de la commission parlementaire, sur la soumission contractuelle dans le cadre de la non-vente à perte. On a eu un courrier pour dire que c'est une bonne base, et qu'ils pourraient s'en servir pour un amendement... Ça n'avance pas. A ce rythme, il faudrait combien d'années pour débloquer la situation ? Au final, on a le sentiment c'est que c'est voulu".

"Les politiques devraient travailler à des positions communes, au lieu d'être dans une campagne électorale permanente. Ce qui m'importe c'est de sauver notre nation."

 

Moins d'engagement syndical

Pourtant la crise continue mois après mois de siphonner les trésoreries. Et la sienne ne fait pas exception à la règle. A la question "comment allez vous", Yannick Bodin répond dans un éclat de rire : "Je vais comme un agriculteur heureux d'avoir un prix du lait inférieur à ses charges. On travaille pour nourrir les gens. Et nous, on ne vit plus."

Le couple Bodin a dû récemment licencier le salarié de l'exploitation. Pourtant, le travail reste évidemment le même. L'engagement syndical s'en ressent automatiquement. Des missions pour de la Coordination Rurale ont d'ores et déjà été ponctuellement annulées.

"Finalement, c'est facile d'avoir plus de 50 ans et de faire du syndicalisme". Avec cette expression, Yannick Bodin ne cherche pas à viser tel ou tel sur le plan personnel. Il fait juste un constat terrible : "Au début de la quarantaine, j'ai l'impression de n'avoir connu quasiment que des crises. Je me suis installé l'année de la vache folle, avec une mise aux normes en 2000. Après, la sécheresse de 2003, 2007 année difficile, 2009 où il a fallu restructurer... Mes prédécesseurs ont eu droit à plus de bonnes années."

 

Yannick Bodin, lors de l'une des réunions organisées cet hiver dans la Manche - Photo France 2

 

 

Une envie de révolution

"Dans l'agriculture, le mois de juin va être terrible. Il y a beaucoup de gens résignés qui vont mourir en silence." Yannick Bodin prédit un chaos électoral en 2017, "nombre d'agriculteurs disent que ça ne vaut pas le coup d'aller voter. Pourquoi l'Allemagne et l'Irlande refusent la régulation volontaire ? S'il n'y a pas une réflexion sur l'Europe, elle implosera cette Europe là. Elle a été faite pour protéger ses concitoyens, pas pour en profiter."

Le syndicaliste le reconnaît bien volontiers, son propos se radicalise de mois en mois. Logique pour quiconque ne voit pas d'issue à la problématique. : "Qu'est ce qu'on fera demain des agriculteurs sans travail et sans projet dont on ne veut plus aujourd'hui ? Mon attitude est un appel au secours." Le désamour vis à vis des politiques s'est transformé progressivement en haine.

Yannick Bodin est lucide sur lui-même : "Je parle comme quelqu'un susceptible de faire la révolution par rapport au système, de faire une jacquerie. Autant en tout cas que ces gens qui vont à Nuit Debout."

 

"Je change de métier"

La seule solution encore possible pour Yannick Bodin : changer de métier. Le couple a mûri sa décision. Le contrat laitier de 420 000 litres a été mis en vente, les animaux vont suivre. La restructuration se fait certes à marche forcée, mais de nouveaux projets émergent.

L'homme est en effet blessé, mais pas encore à terre. "Les projets me tiennent encore debout. "Je peux me sauver en me restructurant, je vais passer en bio. Et je pars dans l'agroforesterie, je veux planter des arbres sur ma ferme." Conscient d'un cap difficile à passer, l'agriculteur mise sur la vente des animaux pour tenir financièrement durant la conversion. "A terme, mon projet est de faire une minoterie. Je vise un chiffre d'affaire à la baisse et pouvoir me tirer salaire décent."

Mais une fois ces projets personnels exprimés, le syndicaliste ne perd pas pour autant ses réflexes d'inquiétude à l'échelle de la filière : "Tous les agriculteurs qui partent vers la bio pour produire du lait sont en train de construire la prochaine crise."

Pas de doute, on va continuer à prendre régulièrement de ses nouvelles.

 

 

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25 Avril 2016 | Benoît Thiollent

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