Crise Agricole. L'APLI 61 veut un référendum


Photo : D.R.
L'avis de Mathieu Périer, de l'Apli de l'Orne : "Il faut organiser un référendum pour que les producteurs choisissent leur avenir".

 

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Mathieu Périer est membre de l'APLI de l'Orne. Installé en couple sur sa ferme depuis 10 ans, il observe la crise actuelle avec le regard de celui qui à la mémoire intacte sur la situation de 2009. L'action d'épandage du lait du Mont-Saint-Michel, il en était. Cette crise, il dit l'avoir anticipée. Sur l'exploitation, les investissements sont depuis toujours raisonnés à minima, sans aucune considération de course à l'armement vis à vis des voisins.

Aujourd'hui, il a entamé comme d'autres la tournée des parlementaires. Le ton à leur égard est très ferme, à l'image de la tension régnant actuellement dans la campagne. Reçu avec une délégation de l'Association des Producteurs de Lait Indépendants par le député Joaquim Pueyo le 6 février, Mathieu Périer a déclaré au député après lui avoir offert un veau et un porcelet, baptisés Misère et Pauvreté : "On ne peut plus s'en occuper, comme cela, vous penserez à nous tous les jours"

 

Vidéo de Ouest-France sur la rencontre avec le député Joaquim Pueyo :

 

Contacté par nos soins quelques jours plus tard, la parole se fait aussi très dure à l'encontre des dirigeants de la FNSEA. Mais il fait une distinction entre les FDSEA et les instances nationales : "la base de la FNSEA propose de la régulation, alors que la tête n'en veut pas."

 

Le problème : la FNSEA

"Le cadenas aujourd'hui, c'est certaines personnes, dont monsieur Beulin, qui ne veut pas de la régulation. La solution proposée par Xavier Beulin est la reconversion professionnelle. Et la seule fois où il a employé le mot régulation, c'était pour évoquer du stockage."

Lassé par la partie jouée actuellement par le syndicat agricole majoritaire, il verrait bien un joueur renverser l'échiquier. Mathieu Périer se plait à imaginer une prise d'indépendance des Jeunes Agriculteurs : "Les JA ont une carte forte à jouer. Tant qu'ils joueront les fantassins de cette personne là, ce sera très compliqué. Le jour où ils prendront leur destin en main, là on aura fait une sacrée avancée."

 

Allégeance des politiques à la FNSEA

En tous cas, les coupables de la situation actuelle sont pour lui identifiés : "Les politiques sont responsables, mais leurs représentants syndicaux agricoles sont eux mêmes responsables. Au lieu de s'attaquer à la déchéance de nationalité, il faudrait s'attaquer à la déchéance de responsabilité."

Le projet de loi sur la compétitivité proposé récemment sans succès à l'assemblée nationale ne trouve pas grâce à ses yeux. "Au point de départ, ils parlaient de prix. Quand on regarde maintenant, il n'y a plus rien. Il faut que les politiques arrêtent de faire allégeance aux dirigeants de la FNSEA. C'est un manque de courage politique et de volonté."

 

Convaincre les "taiseux" de parler

Mais au delà de stratégies de rapports de force politiques et syndicaux pour faire infléchir la politique européenne, Mathieu Périer se désole du silence de la plus grande partie des éleveurs vis à vis de la crise actuelle. Les "taiseux" génèrent chez lui plus que de l'agacement.

"80% d'entre nous ne disent rien. Personne n'est capable de dire ce que veut le producteur lambda, il faudrait lui demander. On reçoit pourtant des coups de fils de gens qui n'en peuvent plus. Dans les réunions, les gens s'expriment peu : Ils sont au fond du trou, privés de vision d'avenir".

 

Proposition de référendum

Et là Mathieu Périer dégaine une solution. "A l'APLI, on avance une idée, simple et qui ne coûte rien : un référendum." Un référendum pour permettre aux producteurs, filière par filière, d'exprimer leur choix indépendamment de toute structure professionnelle entre régulation et libéralisation des marchés.

Cette proposition, Mathieu Périer l'exprime dans le cadre d'une volonté de critique objective et positive. Donner la parole aux producteurs. Et leur permettre à travers ce choix d'exprimer de quelle manière ils veulent s'épanouir, construire leur exploitation et leur avenir. Pour lui, le problème de l'éleveur, c'est l'éleveur lui même : "Il ne faut pas non plus se dédouaner de ses propres responsabilités, qui résultent de 30 ans d'assistanat."

A propos du projet de référendum : "si ça va vers la régulation, je ne vois pas comment les pouvoirs publics ne pourraient plus le prendre en compte. Et si c'est le libéralisme qui l'emporte, les producteurs auront fait leur choix et devront l'assumer. Et ça ne servira plus à rien de gueuler dans la rue et brûler des pneus. Dans les deux cas, l'Etat pourra se désengager de chaque crise qu'il adviendra car on aura fait notre choix."

Reste évidemment à générer l'impulsion pour que cette consultation ne reste pas au stade de l'idée en France et dans les autres pays européens. Et cette idée aujourd'hui mise en avant pourrait très bien en appeler d'autres. D'où le rappel de Mathieu Périer dans la conversation aux préconisations de l'European Milk Board. Mais pour autant les adhérents européens à l'EMB, sauront-t-ils à l'avenir convaincre de la pertinence du Programme de Responsabilisation face au Marché (PRM) ? L'outil de régulation du marché est pourtant mis en avant depuis un moment par l'association pour gérer les périodes de crises.

 

 

Info Apli 61 : La prochaine réunion de l'Apli 61 se déroulera à Briouze le 17 février à 20h30.

 

 

 

 

 

 

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11 Février 2016 | Benoît Thiollent

Commentaires

Mais qui donc est responsable de la suppression des quotas laitiers ? N'est-ce pas, c'est la vraie question !
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Cette question a sa réponse : cette décision d'arrêter les quotas est une décision de l'Europe. Ou plutôt d'une Europe non parlementaire, non démocratique, et technocratique qui sacrifie son agriculture au profit de je ne sais quel profit...
Photo: 

La vraie question n'est pas là je crois. La vraie question est : qu'a fait la France pour se préparer à la fin des quotas ? Elle s'est préparée à produire plus, sans limite ! En faisant miroiter à ses paysans un eldorado chinois inexistant, en les lançant sans armes et sans armures sur le marché mondial, et en les enfonçant dans le surendettement ! Le vrai mensonge est là !

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