Crise agricole. Réductions de charges, appel au calme et déception


La rocade de Rennes ce 17 février après-midi (photo : FDSEA35)
Manuel Valls a annoncé une réduction supplémentaire de 7 % des charges sociales. Dans un climat très tendu, les réactions sont mitigées et déjà de nouvelles manifestations sont annoncées.

 

Pas encore membre ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !

 

             

 

 

François Hollande l’avait annoncé le 11 février, sans pour autant calmer la fièvre des manifestants. Manuel Valls a confirmé aujourd’hui devant l’Assemblée Nationale : les agriculteurs français bénéficieront d’une nouvelle baisse de 7 points des cotisations sociales.

Cette baisse immédiate, représentant 500 millions d'euros, sera instaurée par décret. Elle s’ajoute aux 3 points de cotisations familles en vigueur depuis le 1er janvier 2015. « Cela équivaut donc à une baisse de 10 points des cotisations sociales des agriculteurs. »

« Mais il faut aussi penser à ceux qui n’ont pas eu de revenu » a rapidement ajouté le premier ministre avant d’annoncer : « une année blanche sociale par report automatique d’un an, reconductible dans la limite de 3 ans, sans aucune démarche de l’agriculteur, sans pénalités, ni intérêts de retard, de toutes les cotisations 2016 ».

 

Des mesures accueillies une fois encore sous les sifflets

 

La FNSEA lance un appel au calme

 

Industriels et distributeurs dans le viseur

 

 

Des mesures accueillies une fois encore sous les sifflets

 

Ces engagements ont été présentés dans l’après-midi aux présidents des Jeunes agriculteurs et de la FNSEA, Thomas Diemer et Xavier Beulin.

Ce dernier s’est félicité des annonces du premier ministre constatant qu’un volet social de ce niveau était presque inespéré, puisqu’il place les agriculteurs français sur le même niveau de charges que leurs voisins européens.

Mais échaudé, des réactions déjà entendues place de la Nation en septembre, le leader contesté de la FNSEA n’a en revanche pas accédé à la demande de Manuel Valls de « faire cesser les manifestations »

Il n’est d’ailleurs pas certain qu’il en ait le pouvoir. A Rennes, où des manifestations ont eu lieu toute la journée sur la rocade, les annonces gouvernementales ont une fois encore été accueillies par les sifflets et une bronca.

« Les cotisations sociales vont baisser d’office puisque les revenus baissent. Et l’année blanche, encore faut-il que les banques acceptent de l’appliquer » commente, dépité, un manifestant au micro de France Inter.

Un sentiment globalement partagé par la Coordination rurale et la Confédération paysanne. Sur France info, Bernard Lannes, le président de la CR commente : « la solution est politique » et « européenne ». « Sans régulation, sans TVA sociale, on n'arrivera jamais à remettre l'agriculture debout », a-t-il estimé.

« Il est temps d'admettre que la crise est structurelle et que c'est toute l'organisation de la production qui est à revoir », appuie quant à elle la Confédération paysanne dans un communiqué de presse.

 

La FNSEA lance un appel au calme

 

Alors la fin des manifestations, non on n’y est pas. Déjà d’autres mouvements sont annoncés pour la fin de semaine.

 

La crainte réside désormais dans l’escalade. Les manifestants sont de plus en plus souvent confrontés aux forces de l’ordre.

Cela encore été le cas cet après-midi à Rennes, devant la préfecture, où les CRS ont fait usage de fumigènes et lacrymogènes, quand les agriculteurs, eux, s’attaquaient à la grille à coup de tracteur…

 

Rennes. Tensions entre les agriculteurs et les... par Letelegramme

 

Un épisode qui a notamment abouti à l’interpellation d’un agriculteur et à un ultimatum : « On a un gars au commissariat, on l'attend ici ou on ira le chercher ! », a ainsi lancé le syndicaliste Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes-d'Armor… Tout est finalement rentré dans l’ordre et le manifestant a été libéré.

Face à cette situation pour le moins tendue, la FNSEA (son échelon national) prend de plus en plus ses distances. « A chacun de prendre ses responsabilités » a ainsi commenté Xavier Beulin en fin de soirée, avant d’appeler officiellement à « un retour au calme ».

La centrale syndicale doit toutefois réunir ses présidents de région pour étudier les suites qui seront données au mouvement.

 

Industriels et distributeurs dans le viseur

 

Avec peut-être de nouvelles cibles.

« L’issue ne sera définitive qu’à partir du moment où les agriculteurs n’auront plus le sentiment d’être la variable d’ajustement dans la négociation des prix ». Le viseur se pointe donc désormais vers les industriels et les distributeurs…

Dans son discours devant les députés, Manuel Valls a d’ailleurs largement insisté sur la responsabilité de l’aval des filières sur la constitution des prix. Les représentants des distributeurs et industriels, ont d’ailleurs été reçus ce début de semaine par Stéphane Le Foll, Emmanuel Macron et Manuel Valls lui-même.

Selon le chef du Gouvernement, le message qui leur a été adressé a été clair : « il n’y a aucune raison que les négociations commerciales en cours partent a priori sur une baisse des prix par rapport à 2015. »

Il ajoute : « J’attends d’eux des signaux concrets de leur volonté d’enrayer la baisse des prix » allant jusqu’à menacer de rouvrir la loi de Modernisation de l’Economie si les choses ne se passaient pas comme prévu.

On sait désormais où regarder. Reste ensuite à savoir quelles seront les évolutions à venir au niveau européen… On y verra peut être plus clair le 25 février, après la visite à Paris du commissaire européen Phil Hogan, en attendant le prochain conseil agricole prévu le 14 mars.

Avec entretemps un rendez-vous médiatique attendu : le Salon international de l’Agriculture, qui s’annonce d’ores et déjà animé.

 

17 Février 2016 | Benoit Delabre

Inscrivez-vous pour écrire des commentaires.



Prolonger la lecture

Plérin marché du porc breton porcelets
Marche du porc breton : tendance baissière dans toute l'Europe
Les cotations relevées sur le Marché du porc breton de Plérin (22)...
15 Octobre 2018 | Benoit Delabre
Apiculture : "pendant longtemps, j’ai "servi" l’agriculture conventionnelle"
Apiculture : "pendant longtemps, j'ai "servi" l'agriculture conventionnelle"
Apiculteur depuis 35 ans, Vincent Bondois a longtemps fait cohabiter...
11 Octobre 2018 | Benoit Delabre
Silos à grains sur le port de Rouen - exportation de céréales
Les cotations des céréales rendu port
Les cotations des céréales (blé, orge et maïs), rendu port au 9...
11 Octobre 2018 | Benoit Delabre
Le Haras du Pin accueille le concours national de l'Âne normand
Le Haras du Pin accueille le concours national de l'Ane normand
Le 7 octobre, le plus petit des ânes de France sera à l'honneur dans...
25 Septembre 2018 | Benoit Delabre