La France veut défendre le budget Agricole européen


© B.Delabre
La Commission européenne a présenté son projet de budget 2021-2027. L’enveloppe allouée à la Politique agricole commune (PAC) est en baisse de 5 %.

 

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IL FAUT SAUVER LE BUDGET DE LA PAC !

Le monde agricole français est à nouveau en ébullition. Source de cette agitation : le projet de budget de l'Union européenne 2021-2027, présenté ce mercredi par la Commission européenne, et qui prévoit une baisse de 5% des fonds alloués à la PAC.

 

Le budget de la Pac victime du Brexit ?

 

Des propositions jugées "inacceptables"

 

Les enjeux économiques et environnementaux dans la balance

 

Un budget mais pour quelle politique ?

 

 

Le budget de la Pac victime du Brexit ?

 

Le sujet n’est pas neuf.

La politique agricole fut en effet l’un des fondements de l’Union européenne. Elle fut même la première (et très longtemps la seule) politique intégrée. Longtemps donc, le budget de la Commission européenne s’est résumé à celui de la Pac.

Mais au fil des années la donne a changé. Le poids stratégique et social de l’agriculture s’est érodé, et l’Europe cherche à construire de nouvelles politiques communautaires, s’en faire flamber son budget. La lourde part budgétaire de la Pac est donc très régulièrement remise en question.

Le Royaume-Uni en était un des plus fervents pourfendeurs. Mais loin de reléguer la question en arrière-plan, le Brexit l’a au contraire ravivée. Car le Commission le rappelle, « le Brexit laissera un déficit significatif dans notre budget. » Et dans celui de la Pac notamment, car le Royaume-Uni contribuait plus au budget de la PAC, qu’il n’en consommait…

« Le financement des nouvelles et principales priorités de l'Union sera maintenu ou renforcé, ce qui implique nécessairement des réductions dans d'autres domaines. » résume ainsi le communique de la Commission européenne…

 

Des propositions jugées "inacceptables"

 

Principal bénéficiaire de la PAC, la France est évidemment vent debout face à cette idée. Toutes les voix s’élèvent pour tenter (une fois encore) de sauver le budget de la Pac.

Premier de cordée (comme il se doit), le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert n’a pas tardé à réagir aux propositions de la Commission européenne. Pour lui elles sont tout simplement « inacceptables ».

En effet, la baisse envisagée par Bruxelles serait selon lui « drastique, massive et aveugle » et comporterait « un risque sans précédent sur la viabilité des exploitations ».

Les aides de la Pac restent une composante essentielle des recettes des exploitations agricoles françaises ; un filet de sécurité dans un marché des produits agricoles mondialisé et particulièrement fluctuant.

« La France ne pourra accepter aucune baisse de revenu direct pour les agriculteurs », déclare-t’on solennellement au ministère.

 

 

Les enjeux économiques et environnementaux dans la balance

 

Le ton est évidemment le même du côté de la FNSEA, principal syndicat agricole français. Outre le coup de hache dans le revenu des agriculteurs, celle-ci voit dans ce budget une opposition aux défis que l’agriculture a à relever, « en particulier la volatilité des prix et le changement climatique ».

Pour la FNSEA, ce budget grèverait aussi un peu plus la compétitivité « d’un secteur pourtant stratégique au titre de notre souveraineté alimentaire ».

La FNSEA insiste en outre sur les chiffres en estimant que la réduction affichée à 5 % est loin de la réduction réelle. La baisse du budget de la Pac serait selon elle « de 10 % en tenant compte de l’inflation ! » En 2027, on atteindrait même « 15% de moins pour le 1er pilier », celui des aides directes aux agriculteurs.

 

La Coordination rurale participe elle aussi à la levée de boucliers face aux annoncent de Bruxelles, prémices à « une augmentation inévitable de la précarité des agriculteurs, impensable compte tenu de leur situation déjà très difficile. »

Mais pour la CR et son président Bernard Lannes, il ne s’agit pas simplement de réclamer le maintien du budget antérieur de la PAC…  Il faut aussi en « dénoncer la dérive », jugeant que « le système absurde actuel fait disparaître à un rythme accéléré » les agriculteurs européens.

 

 

Quant à la Confédération paysanne, elle ne dit pas autre chose. Pour elle, ce projet de budget traduit en creux les objectifs politiques de la Commission européenne : une réduction du nombre d’agriculteurs pour aller vers des exploitations de plus en plus grandes et adaptées à une économie capitaliste mondialisée.

« Ce choix trahit-il la réponse à la question posée en aparté, il y a quelques mois, par le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas : "avons-nous besoin d'autant d'agriculteurs en Europe ?" ? »

Pour la Conf’, si cette hypothèse s’avérait exacte, « cela augure mal de la future proposition législative de la Commission européenne sur la réforme de la PAC, dont le détail est attendu fin mai. »

 

 

Un budget mais pour quelle politique ?

 

Car derrière ce budget et le montant des aides allouées, c’est bien les objectifs politiques de l’Europe en matière d’agriculture et d’alimentation qui sont en question.

C’est ainsi que la Confédération paysanne attendait un budget conséquent afin « de réellement de réorienter l'agriculture en France et en Europe ». Objectifs : « réussir la transition agricole vers une agriculture paysanne résiliente économiquement et face au dérèglement climatique. »

Pour sa part, la FNSEA reproche aussi son manque d’ambition à la Commission européenne, fustigeant le principe d’un plafonnement restreint des dépenses alors même que de nouvelles politiques se mettent en place, sécurité et défense notamment.

De son côté Stéphane Travert, insiste sur la volonté du gouvernement français de « libérer le développement des entreprises agricoles et agroalimentaires et accompagner la transition environnementale. » A ce titre, le ministre rappelle en outre qu’Emmanuel Macron s’est dit prêt à contribuer - sous plusieurs conditions - « à un budget européen à vingt-sept en expansion ».

Désormais, c’est aux lobbyistes et aux ministres d’agir. Car les propositions de la Commission européenne ne sont qu’un point de départ et ne présagent pas des décisions à venir.

 

 

On se souvient ainsi qu’en 2008, une attaque en règle sur le budget de la Pac avait été endiguée par Jacques Chirac et Gherard Schroeder, qui avaient réussis à trouver un accord sanctuarisant ce budget.

Les négociations peuvent donc débuter…

 

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03 Mai 2018 | Benoit Delabre

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