Beurre : la FNSEA met la pression sur les supermarchés


La FNSEA et les JA 76 ont vendu du beurre à la porte de 5 supermarchés le 3 novembre en Seine-Maritime.

 

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Le réseau FNSEA et Jeunes Agriculteurs s’est mobilisé le vendredi 3 novembre pour tordre le cou à l’affirmation d’une actuelle pénurie de beurre dans les magasins.

Une action voulue par la FNSEA sous la forme d’une dégustation et vente de beurre au Havre, à Dieppe, Bapeaume-lès-Rouen, Yvetot et Gournay-en-Bray. Dans le but d’entrer en discussion avec les consommateurs.

 

La faute à la presse
 

La peur entretenue en magasin
 

L’avis d’un producteur de beurre fermier

 

Demande de réactivité sur les prix

 

Trouver le juste prix
 

 

 

A Bapeaume-lès-Rouen, deux tablettes de beurre sur une table de camping, une glacière à portée de main. Tel est le point de vente improvisé à côté de la porte d’entrée du magasin Leclerc. Les consommateurs ne sont pas très nombreux à s’arrêter devant la table des producteurs. Mais des plaquettes de beurre sont néanmoins vendues. Reste l’écho médiatique d’une telle opération au moment de l’ouverture des négociations annuelles de prix avec la grande distribution.

Les syndicalistes présents devant le magasin Leclerc se disent en fait ulcérés qu’on puisse soupçonner les agriculteurs d’être à l’origine des rayons vides de beurre. Cette hypothèse de manque d’approvisionnement due à une baisse de la production est rapidement balayée par Nicolas Mullie, agriculteur à Butot : "Il n’y a qu’une baisse de 2 % de la production en France. Les centrales d’achat ne veulent simplement pas mettre le prix sur le beurre, c’est tout."

 

Vente de beurre par Alain Bernard, au centre, producteur à Saint-Pierre de Manneville.

 

La faute à la presse

 

Au passage, la presse est accusée d’avoir propagé la fausse information. "Les journalistes font du travail de merde", accuse un agriculteur présent. Découvrant notre présence, il s’ensuit un sourire gêné, avant de tenter de se rattraper : "sauf la presse locale !". Une presse pourtant bien utile à la FNSEA en ce jour d’action syndicale.

Olivier Doinel, directeur du centre Leclerc de Bapeaume, ne voit ainsi pas d’un bon œil la présence de la radio, de la télévision et de la presse écrite devant son magasin. En ce 3 novembre, il fulmine face aux agriculteurs présents : "Quand vous venez devant chez moi dire que la grande distribution rationne l’approvisionnement, ça ne passe pas."

 

La peur entretenue en magasin

 

Une simple visite du magasin permet de constater que ce directeur a fait afficher dans le rayon beurre un extrait d’article non daté du journal Libération. Article dans lequel ont été surlignés les propos alarmistes de Fabien Castanier, secrétaire général du syndicat des fabricants de biscuits et gâteaux de France, sur une pénurie à venir de beurre :"Il n'y a aucune raison que les choses s'arrangent. La situation va malheureusement se dégrader dans les semaines à venir avec des risques forts de ruptures d'approvisionnement".

Un article que nous avons par la suite identifié comme étant rédigé au mois de juin par Philippe Brochen. On voudrait encourager les achats de précaution et entraîner un effet de pénurie qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Or Michel-Edouard Leclerc dénonce ce même 3 novembre sur son blog une "prophétie autoréalisatrice où la peur de la pénurie a généré la pénurie". Il n’oublie pas d’ailleurs de s’en prendre lui aussi à la presse décidemment opportunément coupable : "Le système médiatique a provoqué le rush, accélérant les ruptures dans les rayons. C’est en train de se calmer, les livraisons reprennent, les prix seront évidemment plus chers !". A t-il conscience à ce moment précis que de telles annonces d'une pénurie à venir sont affichées dans les magasins de sa propre enseigne ?

 

Rayon beurre du centre Leclerc de Bapeaume les Rouen le 3 novembre 2017 - Photo : Benoît Thiollent.

 

Piqué au vif de voir l’enseigne pointée du doigt malgré une image bâtie sur la présence de produits français et même locaux dans les rayons, Olivier Doinel se plaint à la FNSEA : "Je ne suis pas content quand vous venez devant chez moi et pas devant chez tout le monde. Vous vous trompez de cible. Et même en vendant 2 tonnes de beurre à Bapeaume, vous n’allez pas réussir à faire changer les positions de l’Europe. Je ne sélectionne pas le client. Et si tout le monde achetait du beurre fermier, je gagnerais plus d’argent."

 

L’avis d’un producteur de beurre fermier

 

Du beurre fermier, justement, c’est le produit que vient vendre aujourd’hui Alain Bernard à l’entrée du magasin sous des drapeaux de la FNSEA.

Se déclarant peu habitué de ce genre de manifestation, il nous explique avoir voulu être présent pour marquer son opposition à la grande distribution : "Mon beurre n’est pas en rayon chez Leclerc. Il n’y sera jamais. On fait la transformation et du circuit court pour se battre contre la grande distribution. On vend au magasin à la ferme, dans quelques magasins de producteurs du département et quelques revendeurs sur des marchés."

"Le directeur du magasin vient de me proposer de mettre mon produit en rayon. C’est non, après on rentre dans le système des paiements différés... Notre problème limitant, c’est la main d’œuvre. Si on veut embaucher, il faut produire plus. C’est un cercle vicieux. En vente directe, il y a encore de la place. Mais pas forcément de grandes parts de marchés supplémentaires".

Justifiant d’une production un peu plus chère que les produits industriels, Alain Bernard témoigne d’une augmentation récente de celle ci pour faire face à la demande actuelle exceptionnelle. Il a ainsi récemment triplé son volume de beurre passant de 50 à 150 kilos par semaine. En nous précisant : "Mais ça ne peut pas durer. On livre du lait avec moins de matière grasse. Et du coup il est moins payé."

 

 

 

Demande de réactivité sur les prix

 

Des attentes fortes vis à vis des états généraux de l’alimentation sont formulées par Stéphane Donckele, secrétaire général de la FNSEA 76  : "La négociation avec la grande distribution sur les prix est actuellement annuelle. Elle commence maintenant, alors que les états généraux ne sont pas finis. Est ce que l’Etat va légiférer ? Même si le gouvernement sort quelque chose en début d’année, on perd un an."

Stéphane Donckele reconnait volontiers l’impuissance actuelle de la FNSEA : "Christiane Lambert porte l’idée d’une charte signée par toutes les parties pour la négociation en cours. Mais ça reste une démarche volontaire. Aujourd’hui, on n’a rien d’autre."

Le secrétaire général de la FNSEA 76 lorgne avec envie sur l’Allemagne. Ce prix du beurre négocié en France en début d’année abouti à la situation d’aujourd’hui. Il nous précise : "Quand une demande augmente alors que l’offre stagne, on arrive à un déséquilibre. Quand le prix de la matière augmente ou quelle baisse, il faut le répercuter en rayon. Les allemands sont forts pour ça. Chez eux, il n’y a qu’un mois d’écart."

Le syndicaliste a en attendant fort à faire avec sa base : "C’est difficile à faire entendre sur le terrain. On a des producteurs de lait qui ne comprennent pas pourquoi leur lait n’est pas payé plus cher quand ils entendent à la télé qu’il n’y a plus de beurre."

 

Trouver le juste prix

 

Le prix, le prix… tous les acteurs de la filière ont le mot constamment à la bouche. Accusant régulièrement un autre maillon de la chaîne d’être responsable de la dérive.

Reste que les échanges entendus lors des manifestations peuvent révéler des surprises. La phrase du jour en ce 3 novembre revenant au directeur du magasin Leclerc de Bapeaume les Rouen : "C’est nous qui sommes assez cons pour baisser les prix tout le temps". Don't acte.

 

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04 Novembre 2017 | Benoît Thiollent

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