Coordination rurale : des debouches francais pour les productions francaises


© B.Delabre
En campagne pour les élections aux chambres d’Agriculture, la Coordination rurale a manifesté le 27 novembre devant l’usine Ferrero de Villers-Ecalles (76).

 

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« Aujourd’hui, on vient pour de la communication ». Bernard Lannes, le président de la Coordination rurale. A quelques semaines seulement des élections aux chambres d’Agriculture, le deuxième syndicat agricole de France a mobilisé ses troupes le 27 novembre pour manifester pacifiquement devant l’usine Ferrero de Villers-Ecalles en Seine-Maritime.

Objectif affiché : dénoncer les importations d’huile de palme, ingrédient important dans la recette du célèbre Nutella fabriqué par Ferrero, et dont 25 % de la production mondiale est fabriquée à Villers-Ecalles.

« En ce moment on vend notre colza à 300 € la tonne, explique Bernard Lannes. A ce tarif là, on n’équilibre pas. A 400 € la tonne ça passerait. Alors plutôt que d’utiliser de l’huile de palme, qui participe à la déforestation en Indonésie, pourquoi ne pas mettre aussi de l’huile de colza, qui est produite à quelques kilomètres de cette usine ? »

 

Huile de palme et Nutella : surtout des symboles

 

La FNSEA dans le collimateur

 

Et Ferrero dans tout cela ?

 

Faire aboutir les conclusions des Etats Généraux

 

 

Huile de palme et Nutella : surtout des symboles

 

Mais à entendre Bernard Lannes, l’huile de palme (tout comme d’ailleurs le ciblage de l’usine Ferrero) est surtout un symbole. Celui d’un marché des matières premières mondialisé qui met en concurrence les agriculteurs français avec le reste du monde, dans un environnement social et réglementaire pourtant très différent.

Une politique qui a profité à la France durant bien des années, mais qui est mise à mal par les accords commerciaux internationaux et par la montée de nouvelles puissances agricoles (Brésil, Argentine, Russie, Australie, Nouvelle-Zélande, Chine, Afrique du Sud…) capables de produire à très bas coût.

Donnant sa réponse dans la question, Bernard Lannes interpelle : « Est-ce qu’on continue cette politique ultralibérale folle et on ira chercher la matière première dans le monde pour nourrir la population ? Ou est ce qu’on essaie de garder une indépendance sur le secteur alimentaire qui est pour nous aussi stratégique que celui de l’énergie ? »

 


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Aussi stratégique que le secteur de l’énergie… La comparaison n’est pas anodine. Car on le sait, une part importante de l’huile végétale (et notamment de colza) produite en France est justement aujourd’hui destinée à produire de l’énergie.

Cette segmentation de marché a été réalisée, dans les années 90 afin de créer un nouveau débouché au colza, alors très largement supplanté par l’huile d’arachide sur le marché alimentaire.

Une usine pionnière en la matière est d’ailleurs implantée à Grand-Couronne, près de Rouen, produisant du diester incorporé dans le gazole, et depuis peu, un carburant 100 % végétal.

 

Le Groupe Avril a lancé le 8 novembre un nouveau carburant 100 % végétal : l'Oléo100, produit à Grand-Couronne, près de Rouen. Une bonne nouvelle pour les producteurs de colza de la région.

 

Faire aboutir les conclusions des Etats Généraux

 

« Qu’on arrête de nous dire qu’il faut produire autre chose que de l’alimentation. Parce que s’il s’agit de produire au cours mondial, nous on ne le fait pas ! » clame Bernard Lannes, qui tacle aussi le groupe Avril, rappelant qu’il importe lui aussi de l’huile de palme...

Dénonçant un système verrouillé par la FNSEA, il estime que le développement de cette filière industrielle ne profite pas aux agriculteurs français, mais plutôt à l’industrie et à la distribution. « Nous ce qui nous intéresse, c’est le revenu de la ferme. Tout ce qui se passe après le prix sortie ferme il y a des coefficients multiplicateurs. »

Bernard Lannes défend donc une double position associant la préférence pour les matières premières locales et la contractualisation pluriannuelle. La Coordination rurale en appelle donc au Gouvernement et adjoint Emmanuel Macron à respecter les conclusions des Etats Généraux pour l’Alimentation.

L’idée principale étant bien entendu de faire aboutir l’idée que les prix des produits agricoles soient désormais construits non plus sur le seul marché mondial, mais aussi en tenant compte des coûts de production des agriculteurs.

Une rencontre entre syndicats agricoles et le chef de l’Etat pourrait avoir lieu prochainement. « Macron nous a vanté la proximité et la contractualisation. Mais les décrets ne sortent pas. Il peut compter sur nous pour remettre le dossier sur la table. »

 

La FNSEA dans le collimateur

 

Bernard Lannes Coordination rurale chambres d'agriculture
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En attendant la Coordination rurale fourbit ses armes en vue des élections aux chambres d’Agriculture. Un moment important pour la profession agricole qui donne surtout l’occasion aux syndicats de compter leurs partisans respectifs.

La CR ne cache pas ses ambitions, espérant remporter davantage de chambres départementales qu’il y a 6 ans, où elle s’était présentée comme la deuxième force agricole du pays.

« Mais surtout, notre objectif à travers ces élections, c’est de faire tomber la FNSEA en dessous des 50 % » martèle Bernard Lannes. Il ne cache en effet pas son agacement de voir sa grande ennemie (qui avait drainé plus de 54 % des voix en 2012) profiter d’une oreille plus attentive de la part des pouvoirs publics.

Or, pour la Coordination rurale, la FNSEA reste la principale responsable des difficultés que rencontre le monde agricole. Outre ses collusions supposées avec l’industrie, Bernard Lannes s’oppose notamment à la volonté de conserver une vocation exportatrice à la France pour les matières premières (lait, grains et viande).

« La vocation exportatrice de la France, c’est une folie, puisqu’on exporte au cours mondial. Nous, on est sur le traité de Rome, de produire une alimentation saine, loyale et de qualité… mais avec des prix rémunérateurs. »

 

Et Ferrero dans tout cela ?

 

Pointé un peu comme bouc émissaire dans cette opération communication, le groupe Ferrero a reçu une délégation de manifestants pendant plus d'une heure. A l'issue de l'entretien, un communiqué a été émis dans lequel l'industriel rappel que les caractéristiques intrinsèques de l'huile de palme en font un incontournable de la recette du Nutella. "Cette dernière est solide à température ambiante et permet de conserver toute l'onctuosité et la qualité des produits."

 

 

Usine Ferrero Villers Ecalles
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Ferrero rappelle en outre que depuis 2014, l'huile de palme utilisée par ses soins (203 000 t par an soit 0,3 % de la production mondiale) "est intégralement issue de plantations certifiées ségrégées RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil), norme la plus stricte en termes de traçabilité. Cette approche est même reconnue par les plus grandes ONG mondiales."

En outre, pour Ferrero, le remplacement de l'huile de palme par des huiles de colza ou de tournesol, "nécessiterait respectivement 6 et 10 fois plus de surface agricole" qu'actuellement.

 

 

 

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29 Novembre 2018 | Benoit Delabre

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