La Coordination Rurale en opposition au Front National


Rencontre avec Bernard Lannes, président de la CR, entrecoupée de passages de personnalités sur le stand du syndicat.

 

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Crise agricole ou pas, un salon reste un salon. A savoir le lieu de tous les possibles au niveau relationnel. Et en cette année élective, les syndicats agricoles fourbissent leurs argumentaires pour questionner les candidats à l'élection présidentielle sur leur vision agricole.

Pour la Coordination Rurale, l'approche des candidats se fait ainsi par une communication sur le thème du candidat idéal à l'élection présidentielle. Mais le candidat idéal aux yeux de la CR tarde pour l'instant à se risquer dans les allées du salon.

En ce 28 février, Bernard Lannes, président du syndicat, nous fait part d'une année de campagne électorale décevante : "On sent que cette année, il n'y a pas de programme. Hormis Hollande et Cazeneuve qui sont sur la finitude, pour parodier Ségolène Royal, on a déjà reçu quelques petits candidats. Marine Le Pen va passer tout à l'heure. On attend demain Fillon, Macron, et Hamon. Mais on sait bien qu'ils portent en eux le logiciel FNSEA".

 

Bernard Lannes le 28 février sur le stand de la Coordination Rurale.

 

Vis à vis du Gouvernement, l'observation se fait cinglante : "Ils sont épouvantés par une attaque de vegans ou un enfarinage. Je pense qu'ils sont conscients des problèmes, mais ils ont peur de les prendre par effet boomerang sur le salon. On a un Ministre de l'Agriculture qui compte les jours avant de s'en aller, il se met en colère avec tout le monde".

"Finalement, plus il y a de crise, moins ça bouge. On s'avance une fois de plus vers une élection où les gens vont voter contre. Les électeurs ne savent plus." Or l'agriculture ne peut attendre...

Pour illuster le désarroi actuel dans les campagnes, Bernard Lannes évoque tout de suite la mort : "Les suicides des agriculteurs sont perçus comme des cas isolés. Mais si on ramenait en France en une fois 700 cerceuils de militaires tombés en opérations, l'opinion s'enflammerait instantanément. Les agriculteurs tombent eux au champ d'honneur de l'alimentation dans l'indifférence totale".

Mais sur le fond, que le prochain gouverment soit de droite ou de gauche, la vision de Bernard Lannes est de toutes façons pessimiste : "Il y a de moins en moins de marges de manoeuvre vis à vis de l'Europe". Mais l'homme ne va pas pour autant jusqu'à un rejet en bloc de l'Union Européenne.

Lassé de voir des annonces de millions d'euros lâchées par l'éxécutif à chaque crise, Bernard Lannes tient à remettre les pendules à l'heure. "Le plan Valls, ça a été de l'enfumage. Au final on touche à peine un tiers de ce qui est annoncé", affirme le président de la Coordination Rurale. Observant que nombre d'agriculteurs ont été exclus des dispositifs montés par l'Etat et les banques avec l'intervention de la Banque Publique d'Investissement, Bernard Lannes constate les limites des dispositifs d'accomptes mis en place par les coopératives. "Avec une réétude du refinancement par les banques, on aurait des taux d'intérêts entre 1,5 et 3%. Et là, on passe entre 9 et 14%".

 

En opposition avec Marine Le Pen

Bernard Lannes a utilisé la venue de Marine Le Pen sur le stand du syndicat pour afficher ses différences et ses oppositions avec elle.  Sur un plan politique, l'occasion était en effet révée pour la Coordination Rurale de tordre le cou à sa réputation d'être idéologiquement proche du Front National.

Venue exprimer au Salon de l'Agriculture sa vision d'une francisation des aides à l'agriculture et d'un abandon total la Politique Agricole Commune de l'Union Européenne, Marine Le Pen n'a pas obtenu de Bernard Lannes le soutien espéré à ses idées. Formulé autrement, on peut dire qu'elle s'est prise un vent.

 

Bernard Lannes reçoit Marine Le Pen sur le stand de la Coordination Rurale - Photo B.Thiollent

 

Marine Le Pen a eu beau brandir l'espoir d'un Frexit pour imiter l'Angleterre qui règlerait tous les problèmes de l'agriculture. Bernard Lannes n'a pas fléchi sur ses positions : "Dans ce monde organisé qu'est l'Europe, poser de nouvelles frontières je n'y crois pas. Avec de l'organisation, de la régulation, on peut aplanir nos problèmes", a t'il insisté.

Revendiquant une exception agricole dans les accords de l'OMC, Bernard Lannes a aussi marqué sa différence avec le FN. Marine Le Pen, habile, a tenté de démontrer l'adhésion implicite du président de la CR aux thèses du FN avec une mise en avant d'un "protectionnisme intelligent". "Pour moi ce sera un protectionnisme éclairé", a tempéré Bernard Lannes pour se dégager du piège, avant de préciser sa différence : "On est sur cette idiotie de dumping international avec les prix des cours mondiaux. Mais on pourrait régler le problème dans notre entité européenne. Avec des prix des normes sociales, écologiques que l'on veut. Le consommateur est prêt à payer 3 centimes de plus le blé, parce qu'après la baguette, il ne la paiera pas plus cher".

Une fois Marine Le Pen partie, Bernard Lannes s'est dit convaincu que les crises vont faire bouger les lignes en Europe : "On n'est pas d'accord avec Marine Le Pen. Nous, on est des européens convaincus. Certes l'Europe de Phil Hogan, on n'en veut plus. Mais l'organisation des marchés, on peut la faire au niveau européen. On ne peut plus fermer les portes et les fenêtres avec le monde".

 

Implantation de la CR dans les Dom Tom

Autre rencontre de la journée pour Bernard Lannes, celle de Jean-Michel Martial, président du Conseil Représentatif des Français d'Outre-Mer. Entre les deux hommes, si on parle toujours d'élections, c'est cette fois-ci pour se projeter en 2019 pour les prochaines élections aux Chambres d'Agricultures.

Caressant l'espoir d'avoir une croissance syndicale sur ces territoires aussi vive que celle de la canne à sucre, Bernard Lannes voit en Jean-Michel Martial l'interlocuteur idéal. Fort d'une représentativée apolitique, le CREFOM se présente en effet comme la voix unique de l'Outre-mer.

 

Bernard Lannes rencontre Jean-Michel Martial en compagnie de Yves-Louis Boumier.

 

Visant pour ces territoires l’égalité économique réelle, le CREFOM affiche pour atteindre cet objectif une méthode de soutiens croisés. "Nous avons posé les fondations d’un véritable lobby au service de l’ensemble des Outre-Mer qui entend durablement changer la donne", souligne Jean-Michel Martial dans la présentation de l'association.

Jean-Michel Martial a tenu a nous préciser la puissance de la jeune association : "Nous avons les moyens de porter une question. D'apporter les réponses à cette question, et de faire en sorte que des lois puissent être votées. Nous dépassons les clivages politiques, cette particularité est notre force."

Emanation de la société, le CREFOM est à la recherche des solutions qui améliorent la vie des ultra-marins. En portant leur message d'une manière différente que les politiques. "Chacun à le droit d'envisager le mieux vivre de l'autre. Et quand le mieux vivre est à construire, on doit trouver des chemins de traverses pour trouver des intérêts communs : la visibilité, la reconnaissance...", explique Jean-Michel Martial.

Constatant sur les territoires d'Outre-mer une industrie agricole lourde qui voisinne avec une économie portée par des gens beaucoup plus humbles, le président pointe que cette dernière population est confrontée à une réalité beaucoup plus difficile que la première.

Flatté d'être sollicité par un syndicat de la taille de la Coordination Rurale, Jean-Michel Martial détaille les pistes de travail envisagées avec la CR : "Avec ce que nous mettons en place, nous voulons mettre en avant la force des petits agriculteurs. Quelle soit connue, reconnue et prise en compte. Et tout cela sur un plan apolitique. Cela augure de bonnes relations avec la CR sur l'agricuture. Et notamment la permaculture".

Gage de la représentativité acquise par le CREFOM, on a pu noter l'empressement de Stéphane Le Foll de passage dans l'allée devant le stand de la CR pour être présent sur la photo souvenir.

 

 

Emplacement

75000
France
48° 52' 42.7512" N, 2° 21' 51.192" E
FR
01 Mars 2017 | Benoît Thiollent

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