Stéphane Le Foll séduit par l’agroécologie de Seine-Maritime


Antoine Chedru est désormais détenteur du label Ferme Carbone Vert.
Le Ministre de l’Agriculture est venu découvrir le 20 février les circuits courts, l’agroécologie et l’industrie du lin de Seine-Maritime

 

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Avec une journée du 20 février en Seine-Maritime entamée à la cuisine centrale de la Mairie de Rouen pour observer des pratiques d’approvisionnement en produits locaux, Stéphane Le Foll a poursuivi sa visite par la découverte de deux fermes en Pays de Caux adeptes de pratiques innovantes.

Il a été accompagné durant cette journée par Estelle Grelier, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales.

 

Circuits courts avec Brin d’Herbe

 

Le second arrêt du déplacement ministériel a été Bréauté. Pour une rencontre avec Aldric Vandermeersch, éleveur et créateur de la laiterie Brin d’Herbe. On vous avait présenté Brin d'Herbe à l'occasion du lancement d'un financement participatif lancé pour leur food truck.

Comptabilisant 60 vaches laitières, le cheptel est composé de Normandes et de Montbéliardes, nourries à 75% d’herbe toute l’année. L’exploitation est entrée en conversion d’agriculture biologique.

Avec la laiterie Brin d’Herbe, le Ministre a voulu aller à la rencontre de ces d’agriculteurs adeptes de la diversification et des circuits courts. Pour Aldric Vandermeersch, le tournant a été pris en 2014 avec la création d’un atelier de fabrication de produits laitiers. 120 000 litres de lait sont aujourd’hui transformés sur place en yaourts et en beurre.

Face à Stéphane Le Foll, Aldric Vandermeersch a dévoilé les pratiques innovantes de sa ferme. Car cet agriculteur ne se contente pas de veiller à la qualité de ses yaourts. Il pense aussi à l’environnement. L’érosion des sols est pour lui une préoccupation depuis longtemps. Avec un climat humide, le Pays de Caux appelle en effet une vigilance particulière. D’où pour lui l’évidence de la mise en œuvre de culture de biomasse pour lutter contre le ruissellement.

 

Stéphane le Foll aux côtés de la Préfète Nicole Klein, Estelle Grelier, Aldric Vandermeersch et Marine Grisel de la laiterie Brin d'Herbe.

 

Création de bandes enherbées, plantation de saules et miscanthus… L’occasion était rêvée pour Sébastien Windsor, président de la Chambre d’Agriculture de Seine-Maritime, de prendre le relais de l’agriculteur pour présenter au ministre les essais menés depuis 2010 et le lancement d’un GIEE sur le Pays de Caux en 2015. Lequel Ministre s’est souvenu de l’attribution d’une mention spéciale à la chambre d'Agriculture de Seine-Maritime pour son engagement dans les mesures prises contre l'érosion des sols lors de l’édition 2014 des Trophées de l'Agriculture Durable.

 

Sébastien Windsor présente à Stéphane Le Foll le travail accompli contre le ruissellement. - Photo B. Thiollent

 

Un exemple parfait pour le ministre pour appuyer son plaidoyer pour l’agroécologie : "Il faudrait à terme en particulier sur des stratégies collectives de type GIEE, qu’une partie du carbone qui peut être stockée, par production de biomasse ou dans les sols, soit reconnu comme un des éléments possibles de financement de l’agriculture."  Déroulant alors une vision parfaitement calquée sur le choix de ses visites de la journée : "Ce qu’il faut en politique, c’est fixer des grandes stratégies. A triple niveau : local et productions transformées, lien entre environnement et agriculture et baisse du niveau du capital."

Stéphane Le Foll a en particulier insisté sur ce dernier point, théorisant une stratégie future de baisse du niveau du capital des exploitations pour apporter de la compétitivité : "l’agriculture est une industrie lourde, avec beaucoup de capital pour une rentabilité faible. La moindre variation de prix fait descendre en dessous du niveau de rentabilité. Où comment utiliser l’herbe, et l’écosystème au maximum pour limiter les investissements…"

Les agriculteurs présents ont pris part à la discussion pour adresser directement au Ministre de l’Agriculture des demandes de simplification administrative. Avec notamment un témoignage présenté sur un projet de méthaniseur porté par 14 agriculteurs autour de Breauté : "On rentre dans un système qui n’est pas simple. On est train de regarder avec les collectivités. La commission de régulation ne se positionne pas encore sur les aides."

 

Un agriculteur satisfait

"Globalement, c’est quelqu’un d’abordable. Ses réponses étaient claires, il ne s’est pas débiné. Et j’attends avec impatience le mois d’avril pour toucher mes aides PAC.", nous glisse dans un sourire Aldric Vandermeersch.

Car l’agriculteur a bien sûr sauté sur l’occasion d’avoir le Ministre dans sa cour pour lui rappeler qu’il n’a toujours pas reçu les aides pour la conversion en bio. L’interpellation a permis à Stéphane Le Foll de battre sa coulpe sur ce sujet qui lui est logiquement régulièrement reproché.

 

 

Les annonces de Stéphane Le Foll sur les MAE

 

Le Ministre, acculé par les questions pressantes de plusieurs agriculteurs, a lâché quelques informations sur le versement des aides en retard tant réclamées par la profession : "Ces MAE, on va les revoir sur 2016 pour avoir des Apports de Trésorerie Remboursables 2017 qui vont être versées en avril sur la partie 2016."

"On va le faire sur les MAE 2016 sur la base d’une ATR qu’on va calculer plus élevées que ce qu’on a fait la première fois. Pour pouvoir remonter les aides et être à peu près au niveau des aides définitives qui seront celles de la bio pour 2017-2018".

 

 

 

Agroécologie et agriculture de conservation à Goderville

 

La deuxième visite a mené le Ministre à peine quelques kilomètres plus loint à la ferme de Longueil chez Antoine Chedru, à Goderville, dans une exploitation en polyculture, avec colza, blé, féveroles, betteraves, pois et maïs.

 

Antoine Chedru écoute les propositions du Ministre en matière de verdissement de la PAC. Photo : B. Thiollent.

 

Et il pleut bien sûr autant à Goderville qu’à Bréauté !

Pour l’agriculteur, la prise de conscience de l’érosion des sols s'est produite en 92-93 avec des hivers très pluvieux. Mais aujourd’hui, le quotidien d’Antoine Chedru a bien changé. Fervent adepte des expérimentations culturales, il pratique l’agriculture de conservation en compagnie de 13 autres agriculteurs au sein de l’association Sol en Caux, labellisée GIEE. Et la ferme de Longueil a accueilli la Nuit de l'Agroécologie à laquelle nous avions consacré un reportage en juin 2016.

Les recettes de ces apprentis cultivateurs passés aujourd’hui au rang de "chefs cuisiniers" se résument à des fondamentaux solides. A savoir ne plus perturber le sol, lui apporter une couverture permanente et une rotation de cultures la plus longue possible. "On pratique les couverts végétaux, avec destruction au rouleau. Les blés sont semés sous couvert de repousse de colza, de lin, de légumineuses, de trèfle", a détaillé Antoine Chedru sous le regard approbateur de Stéphane Le Foll.

Avec la mise au rebus des outils du travail du sol profond, l’agriculteur a pu lister d’un air gourmand les observations obtenues : "arrêt complet de l’érosion, augmentation de la matière organique, stockage du carbone, baisse de consommation de carburant, augmentation de la biodiversité, optimisation du temps de travail et dynamique de groupe."

Face à un exposé aussi parlant, Stéphane Le Foll a incité à faire remonter les informations obtenues à l’Agence de l’Eau, qualifiant l’agriculture de conservation de "pratiques agricoles aujourd’hui marginales, avec un potentiel de développement très important" et appelant à enclencher la logique des sols, le 4 pour 1000 et la bioéconomie.

 

Objectif 4 pour 1000

4 % est le taux de croissance annuel du stock de carbone dans les sols qui permettrait de stopper l’augmentation actuelle du CO2 dans l’atmosphère.

Ce taux de croissance n’est pas une cible normative pour chaque pays, mais vise à illustrer qu‘une augmentation, même infime, du stock de carbone des sols est un levier majeur pour participer au respect de l’objectif de long terme de limiter la hausse des températures à +2°C.

Le Ministre en fin de mandat a insisté sur l’enjeu consistant à passer le message au niveau européen pour préparer la nouvelle PAC. Afin de créer une nouvelle forme de "contrat" avec les agriculteurs : "On va essayer de fixer des critères sur le verdissement. On dirait après à l’Europe : lorsqu’on a 3 critères de tel niveau et qu’on se fixe tel objectif sur 5 ans, on est vert par définition. Et à ce moment, ce sont les agriculteurs qui dans leurs modèles de productions disent qu’ils s’engagent dans cette voie là. "

 

Source infographie : Ministère de l'Agriculture.

 

 

Label Ferme Carbone Vert

La visite de Stéphane Le Foll a permis d’officialiser la remise à Antoine Chedru du label Ferme Carbone Vert, attribué par l’Institut de l’Agriculture Durable.

Basé sur un engagement sur des résultats, le label est la reconnaissance de pratiques contribuant à la lutte contre le réchauffement climatique et la garantie d’une préservation des sols et de la biodiversité.

 

Stéphane Le Foll aux côtés des agriculteurs membres de l'association Sol en Caux, labellisée GIEE.

 

 

Des obstacles à aplanir

Reste que des étapes demeurent à franchir avant une reconnaissance de l’agriculture de conservation. Les agriculteurs concernés ont avancé tels des pionniers, avec leurs propres moyens et sans encouragements au départ sur le plan humain de la part de la filière. A eux donc de convaincre pour un déploiement à grande échelle. Et on se doute qu’ils n’ont pas envie de voir leurs recherches récupérées demain sur le plan politique par des structures consulaires.

"C’est bien que le Ministre vienne nous voir, car on cherche à avancer au niveau local. Ici, on est en plein sur le bassin de captage de la ville du Havre. On aurait aimé voir un représentant de la Codah pour cette visite du Ministre. Notre relation avec l’Agence de l’Eau est complexe, car ils nous demandent des résultats extrêmement documentés. Mais on n’a pas les moyens des instituts techniques…", nous confie Antoine Chedru en fin de visite.

Nous déclarant finalement avoir un regret au sujet de cette visite du Ministre : "On n’a pas eu le temps d’aller dans les champs. Les blés sont magnifiques, ils ont un potentiel énorme.". Passion, quand tu nous tiens…

 

Stéphane Le Foll a conclu cette visite du 20 février en Seine-Maritime par la découverte de l’entreprise EcoTechnilin. Avec la présentation de produits non tissés à base de fibres naturelles, le Ministre a ainsi pu découvrir la valorisation de lin, kenaf, jute, chanvre et fibres de verre pour un chiffre d’affaires réalisé à 95% sur des composants pour le secteur automobile.

 

 

 

 

23 Février 2017 | Benoît Thiollent

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