Contournement Est de Rouen : qu’elle était verte notre vallée…


© B.Delabre
A Montmain, Myriam Jouanny et Thomas Bertoncini redoutent de voir disparaître leur activité de cueillette de baies et fleurs sauvages, et 10 ans de travail en faveur de la biodiversité.

 

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Evoqué par les acteurs politiques de la Région depuis plus de 60 ans, le projet de contournement par l’Est de l’agglomération rouennaise (la liaison A13-A28) semble désormais sur les rails.

Mais alors que la Région, le Département de la Seine-Maritime et la Métropole de Rouen se félicitent de l’évolution du projet récemment reconnu d'utilité publique, l’opposition, elle, ne faiblit pas.

Et les premiers concernés par les ouvrages à venir, nourrissent jour après jour leur inquiétude. C’est le cas de Myriam Jouanny et Thomas Bertoncini, de Saveur Sauvage.

Depuis 10 ans, ils travaillent un petit bout de terrain à Montmain au creux d’une vallée qui devrait à terme être surplombée par un viaduc autoroutier. Et, ils en sont convaincus, la réalisation de cet ouvrage, pourrait bien signifier la fin de leur aventure.

 

Thomas Bertoncini et Myriam Jouanny.   © B.Delabre

 

Labellisés en Agriculture biologique, ils produisent des sirops et confitures réalisés à partir de fruits et plantes sauvages prélevés sur un peu plus de 7 ha. Une surface qui abrite plusieurs milieux naturels. Bois, friches et pâtures sont entretenus par une poignée de vaches de race Highland Cattle, des vaches très rustiques, adaptées à un élevage en mode extensif.

« Elles font un travail énorme qu’on ne pourrait pas faire autrement, assure Myriam Jouanni en embrassant ses bêtes d’un regard câlin. C’est impressionnant de les voir s’attaquer aux chardons ou aux orties. »

« Et c’est beaucoup mieux que l’entretien chimique ou même mécanique, renchérit Thomas Bertoncini. Cela permet d’avoir un bon équilibre qui est favorable à la cueillette et à la biodiversité. »

Cette petite troupe règne sur le fond de la vallée à l’intérêt écologique important, « qui n’a pas du tout été pris en compte dans l’étude d’impact du tronçon », dénoncent Thomas et Myriam qui ont donc apporté une contribution de 54 pages à l’enquête publique.

« On a l’impression qu’ils ont occulté la richesse écologique du secteur : le vallon, les grands bois privés, et tous les alentours. Deux mares forestières ont été oubliées, notre activité occultée. Dans ce secteur ce ne sont que des espaces naturels qui sont traversés. Il y a peu de zones de cultures. »

Ainsi, la présence du muscardin, petit mammifère protégé au niveau national et considéré comme presque menacé, n’est à aucun moment mentionnée. La petite bête est pourtant bien présente sur place. Les deux paysans bios, comme ils se baptisent, l’ont croisé à maintes reprises.

 

Un muscardin surpris dans les framboisiers.   © Myriam Jouanny

 

A deux pas d’un captage d’eau potable qui alimente 25 000 personnes, Myriam et Thomas récoltent aussi certains de leurs produits sur une pelouse calcicole, habitat fragile, qui abrite des espèces remarquables dont certaines de valeur patrimoniale.

Citons l'Epiaire des Alpes (Stachys alpina), l’étonnante gentiane Blackstonie perfoliée (Blackstonia perfoliata), le Séséli libanotis (Seseli pyrenaica) ou encore la gracieuse Phalangère rameuse (Anthericum ramosum) qui, selon l’Atlas de la Flore Sauvage est quasi menacée actuellement en Haute-Normandie.  Et bien d'autres encore : orchidées, pommier sauvage, laitue vireuse, cardère velue...

« Dans ce vallon ce sont au minimum 15 plantes patrimoniales qui ont été ignorées par les études. Et le site est assez isolé, ce qui en rend la valeur d’autant plus importante, insiste Thomas Bertoncini. Tout cela, c’est fragile. Et d’envisager que ce soit dégradé par d’énormes travaux… Ce serait la fin de notre aventure, et la fin d’une gestion harmonieuse de la nature. »

Pourtant, les terres de Thomas et Myriam ne seront pas entièrement bétonnées. Loin s’en faut, puisque le fuseau du tracé de ne fait que border l’une des pâtures. Il n’y aura donc pas d’emprise foncière sur les terres de Saveur Sauvage.

Ce qu’ils redoutent, ce sont les conséquences des travaux. Des poussières, potentiellement chargées de substances polluantes (chaux, hydrocarbures), pourraient retomber sur leurs surfaces.

Les fondations des piles du viaduc pourraient traverser la nappe phréatique avec des risques énormes de pollution, de fuite d’hydrocarbures… Et ensuite ce sera 20 à 30 000 véhicules par jour.

« Les vaches vont avoir de la distraction… sourit, amère Myriam Jouanny. Mais on ne veut pas les laisser brouter de l’herbe polluée. Nous ne sommes pas en bio parce que c’est la mode, mais bien parce que l’on défend les équilibres naturels. On ne va quand même pas faire du sirop d’origan à la chaux ou aux hydrocarbures. Alors la perte de production pourra être indemnisée, peut-être, mais on va perdre nos clients, notre travail commercial et aussi notre travail de gestion des écosystèmes. »

 

phalangère rameuse montmain bertoncini

La Phalangère rameuse.   © T.Bertoncini

 

Loin de désarmer, malgré les évolutions marquées du dossier du Contournement Est, Myriam et Thomas continuent de se mobiliser. Ils espèrent voir s’installer un stand anti-contournement lors de leur prochain marché de Noël bio le 2 décembre à St-Léger-du-Bourg-Denis.

Au niveau politique, Europe Ecologie Les Verts Normandie maintient aussi son opposition. Le 18 novembre, Véronique Bérégovoy, signait ainsi une tribune, dénonçant « un projet d’un autre siècle. »

La Secrétaire régionale d’EELV Normandie, rappelle ainsi le contexte scientifique alarmant autour du changement climatique, et les engagements politiques, en lien avec la COP 23 qui s’achève à Bonn. Elle dénonce aussi l’artificialisation des terres induite par le projet, et par prolongement le risque d’étalement urbain qui pourrait s’en suivre.

« Au nom de l’intérêt général et de l’utilité publique, le combat contre ce projet d’un autre temps va continuer. Car oui des solutions existent. C’est le développement massif de transports en commun de qualité pour améliorer les conditions de déplacements des habitants ainsi que le fret pour diminuer la présence des camions sur les réseaux routiers. Et ça devient très urgent ! »

 

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28 Novembre 2017 | Benoit Delabre

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