« Grâce aux macérations d’ail, je n’utilise plus d’insecticides sur mon lin »


© L.Haye
Agriculteur dans l'Eure, Laurent Haye teste des répulsifs naturels sur ses cultures. Une technique bio qui pourrait séduire beaucoup d'agriculteurs.

 

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Utiliser le soufre naturellement contenu dans l’ail pour repousser les insectes… ? La technique qui arrive tout droit des potagers bios, fait des émules dans les champs de Normandie.

400 à 800 ha de cultures pourraient être ainsi traités en 2018 dans les seuls départements de l’Eure et de la Seine-Maritime.

Agriculteur à Tilleul-Dame-Agnès (27), Laurent Haye teste l’utilisation de la macération d’ail depuis 2 ans, pour le compte du GIEE des 3 Vallées.

« Je n’utilise plus d’insecticide sur mon lin, se félicite-t’il. C’est super efficace. Au printemps dernier, la pression altise était très importante, et je n’ai mis aucun insecticide sur mes 15 ha de lin textile, alors que mes voisins en étaient à 3 ou 4 passages. »

 

Des essais sur lin, colza, pois et féverole

 

800 kg commandés en 2018

 

1 kg d'ail, 20 cl d'huile végétale et 10 l d'eau

 

 

Des essais sur lin, colza, pois et féverole

 

Il y a donc un effet constaté… Mais n’a-t’on pas seulement déplacé le problème ? Les altises n’ont-elles pas été poussées chez ses voisins par le répulsif ? « C’est possible », avoue Laurent Haye. Il faudra donc vérifier dans les années à venir si en étendant le procédé l’effet reste le même. Et en parallèle, des travaux sont conduits pour s'assurer que la technique n'a pas d'effets secondaires indésirables sur la faune.

En attendant, l’agriculteur poursuit ses essais sur cultures cette année. Sur lin, à nouveau, et également sur 18 ha de colza semés cet été. « Pour l’instant je n’ai pas utilisé d’insecticide, assure Laurent Haye. Et les tests effectués en décembre montrent que je n’ai pas de larves de grosse altise dans mes pieds de colza. »

 


© L.Haye

 

 

Une situation idéale, qui n’est peut-être pas à mettre entièrement au crédit de la macération d’ail. « Je réalise un semis très précoce sur un précédent pois qui apporte naturellement de l’azote dans le sol, raconte Laurent Haye. Du coup le colza se développe aussi très vite, ce qui le rend moins sensible à la grosse altise. »

Dans la foulée de ces bons résultats, l’agriculteur va aussi réaliser des essais au printemps sur pois protéagineux et sur féverole. Avec un enjeu majeur : la gestion de la brûche, principal ravageur de la féverole pour lequel il n’existe pas de traitement homologué efficace à l’heure actuelle.

« L’enjeu est important c’est vrai, mais je n’ai aucune pression !, précise Laurent Haye, qui essaie aussi des huiles essentielles d’ail. On teste : ça marche tant mieux, ça ne fonctionne pas tant pis. »

 

800 kg commandés en 2018

 

Laurent Haye va donc bientôt recevoir une nouvelle cargaison d’ail. 120 kg pour être précis, commandé à l’occasion d’une commande groupée passée avec les groupes techniques suivis par le CERFrance Seine-Normandie : les GIEE (Groupements d'intérêt écologique et économique) des 3 Vallées, Sol en Caux et Carbone n'Caux, et les GSI (Groupes Systèmes Innovants) 76, 27 et pays de Bray.

Au total ce sont donc 800 kg d’ail bio qui ont ainsi été commandés à des agriculteurs de la Drome. « Ce sont des ails déclassés qu’ils n’arriveraient pas à vendre autrement », assure Laurent Haye. A raison d’1 kg par hectare et deux applications annuelles, 400 ha pourraient ainsi être traités avec de l’ail durant l’année 2018.

 


© L.Haye

« En coût brut, on est moins cher qu’un insecticide, explique l’agriculteur eurois. Par contre c’est du boulot… »

 

1 kg d'ail, 20 cl d'huile végétale et 10 l d'eau

 

En effet, la macération nécessite quelques manipulations, qu’il vaut mieux réaliser ailleurs que dans sa cuisine. Il faut en effet broyer ou faire broyer l’ail. « La première année j’ai fait ça dans mon salon avec mes enfants… On a baigné dans une odeur d’ail pendant plusieurs jours », sourit Laurent.

L’ail broyé est ensuite laissé à macérer 24 h dans de l’huile végétale bio. Et il faut ensuite rincer tout cela et filtrer ; une opération assez lourde, que Laurent Haye réalise par infusion. Une fois fabriquée la préparation doit être conservée (jusqu’à plusieurs mois) dans des bidons hermétiquement fermés, et bien pleins, pour éviter l’oxydation ou la reprise de la fermentation.

 


© L.Haye

 

L’épandage de 8 à 10 litres de solution / ha, mouillée à 100 l / ha, se fait au pulvérisateur traditionnel, qui bien sûr, doit au préalable être bien lavé. « J’ajoute aussi du savon noir qui a un effet mouillant qui permet à la macération de mieux adhérer aux parois des plantes. »

Bref, une petite recette idéale pour les jardiniers qui pourrait bien parfumer les champs normands.

Découvrir le procédé utilisé par Laurent Haye et le GIEE des 3 Vallées étape par étape

 

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05 Février 2018 | Benoit Delabre

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