Produit en Normandie : un agrocarburant 100 % vegetal


© B.Delabre
Le Groupe Avril a lancé le 8 novembre un nouveau carburant 100 % végétal : l'Oléo100, produit à Grand-Couronne, près de Rouen. Une bonne nouvelle pour les producteurs de colza de la région.

 

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Avec la montée du prix du pétrole et des prix à la pompe, le moment ne pouvait pas être mieux choisi pour lancer un nouvel agrocarburant. Hasard du calendrier ou stratégie bien ficelée ? Toujours est-il que le groupe Avril a annoncé le 8 novembre la naissance d’un nouveau carburant 100 % végétal : l’Oléo 100.

Homologué depuis le mois de mars, ce carburant est intégralement produit à partir de graines de colza locales et tracées. Il se présente donc comme une énergie renouvelable et garantie made in France. Et, Avril l’assure, il offre une autonomie équivalente à celle du gazole, sans contrainte particulière sur les moteurs diesels existants.

« C’est un élément de réponse à court terme à l’objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre », assure Fabrice Moulard, agriculteur dans l’Eure, président de la FNSEA27 et administrateur de la Fédération nationale des producteurs d’oléoprotéagineux (Fop).

Une réponse aux engagements environnementaux ?

 

Avril, le bilan énergétique d’Oleo100 est largement positif : selon l’Ademe, il restituerait 3,7 fois plus d’énergie qu’il n’en nécessite pour être produit. Par ailleurs, Oleo100 permettrait de réduire d’au moins 60 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gazole fossile auquel il se substitue, et dégagerait aussi nettement de moins de particules fines et ultra-fines.

 

 

Rien à voir donc avec la question du prix à la pompe… D’autant que les automobilistes (vêtus ou non de gilets jaunes) ne verront pas le produit dans leur station-service favorite… En tout cas pas pour l’instant.

L’Oleo100 est en effet un carburant catégorisé B100, dont l’utilisation est réservée aux flottes captives c’est-à-dire celles exploitées par les transporteurs et collectivités territoriales qui disposent de leurs propres capacités de stockage et de distribution.

Mis au pilori lors des émeutes de la faim en 2008, les agrocarburants n’ont pourtant pas quitté le paysage énergétique français. Des carburants issus de végétaux on en trouve dans toutes les pompes à essence. Un élément que tout le monde ne sait pas forcément.

« On a déjà eu une première avancée avec la nouvelle dénomination B7 qui signifie clairement qu’il y a 7 % de biocarburants dans le gazole, raconte Fabrice Moulard. Et on va prochainement avoir la distribution à la pompe du B10, un carburant diesel qui intègre 10% d’agrocarburant. »

 

Et revoilà les agro-carburants

 

On les avait presque oubliés ces agro-carburants.

Fabriqués à partir de végétaux comme le colza pour le diester ou le blé et la betterave pour l’éthanol, ils sont pourtant très implantés en Normandie, avec d’importants outils industriels. C’est d’ailleurs l’usine Saipol de Grand-Couronne qui produit le nouvel Oleo100. Elle traite, déjà aujourd'hui, la très grande majorité des grains de colza produits dans l'ex-Haute-Normandie.

« C’est un modèle d’économie circulaire et de circuits courts, martèle Fabrice Moulard. On va mettre du carburant renouvelable dans une région où il y a beaucoup de camions entre Le Havre Rouen et Paris. Le colza que je récolte chez moi est travaillé à Rouen et les tourteaux sont renvoyés chez des éleveurs normands. On est sur un périmètre d’une centaine de kilomètres tout au plus. Ca a du sens ! »

 

L'usine Saipol de Grand-Couronne (76) - © B.Delabre

 

Pourtant, les agrocarburants n’ont pas toujours eu la côte. Certains estiment par exemple qu’ils sont source de spéculation sur les matières premières alimentaires, et pas si intéressants sur le plan énergétique. De longue date, la Confédération paysanne s'oppose aux agrocarburants promus par le groupe Avril, symboles selon elle de l'agrobusiness. Elle dénonce même la plus grosse escroquerie de ce début de siècle !

Pas plus tard que le 13 novembre, la Confédération paysanne de Seine-Maritime dénonçait la forte utilisation de l’huile de colza à des fins énergétique. Dans un communiqué fleuve chargeant la politique d’Emmanuel Macron et intitulé « Rouler ou manger, il faut choisir », elle pointait : « 70 % du colza cultivé en France est déjà utilisé pour faire du diester et nous n’avons plus suffisamment d’huile pour nous nourrir, il nous faut importer encore de cette huile de palme qui détruit de façon irréversible la biodiversité. »

 

Sans OGM, sans huile de palme...

 

Mais pour Fabrice Moulard, justement, l’argument ne tient pas. Sourcé 100 % origine France, l’Oléo100 serait au contraire, un outil efficace pour contrer l’utilisation de l’huile de palme comme carburant… et de se démarquer notamment vis-à-vis de la concurrence.

En juin dernier, d’ailleurs, la FNSEA lançait une opération de blocage de plusieurs raffinerie du groupe Total, devenu l’un de ses principaux concurrents sur ce marché de l’agrocarburant.  
Au motif justement de l’autorisation accordée au groupe d’importer massivement de l’huile de palme pour l’estérifier dans son usine de la Mède dans les Bouches-du-Rhône.

 

 

Surtout, pour Fabrice Moulard, le marché de l’huile végétale est au contraire aujourd’hui saturé. Et ce sont bien les tourteaux qui sont aujourd’hui les moteurs du marché du colza en France.

« On pourrait presque considérer que l’huile, alimentaire ou non, est aujourd’hui le sous-produit du tourteau, assure-t’il.  Cette filière nous permet de proposer de la protéine végétale de qualité, sourcée sans OGM… »

 


© B.Delabre

 

Résidus du pressage des grains les tourteaux de colza sont en effet une source de protéines végétales bien adaptée aux élevages, notamment dans l’élevage laitier, en complément de l’ensilage de maïs. Aussi bien que les tourteaux de soja importés d’Amérique et souvent issus de cultures OGM…

Non OGM, sans huile de palme, renouvelable... Une chose est sûre : avec Oléo100, , Avril et la Fédération des oléagineux et des proétagineux (FOP – FNSEA) ne manquent pas d’arguments compatibles avec les attentes sociétales…

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15 Novembre 2018 | Benoit Delabre

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