« Le glyphosate ? J’ai arrêté il y a 3 ans ! »


© B.Delabre
Christian Daussy ne laboure plus ses terres depuis 10 ans. Et il y a 3 ans il a décidé de se passer de l'herbicide total commercialisé par Monsanto.

 

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Alors que le psychodrame européen a accouché d’une souris, les agriculteurs s’inquiètent de la volonté d’Emmanuel Macron d’interdire l’utilisation du glyphosate en France d’ici 3 ans.

Une décision qui exaspèrent la plupart d’entre eux, mais qui les poussent aussi à s’intéresser aux solutions alternatives. Ils étaient ainsi une cinquantaine le 9 janvier à St-Jouin-de-Brunneval pour une journée sur cette question, chez Christian Daussy.

Interdiction du Glyphosate : à la fin c'est l'Allemagne qui décide

 

Eleveur de volailles et polyculteur à St-Jouin-Brunneval (76), Christian Daussy exploite avec son épouse 70 ha très morcelés sur la pointe du Havre. Et il y a 3 ans, il a décidé de se passer du glyphosate, le très médiatique herbicide de la firme Monsanto.

« On commençait à parler d’interdiction. Certains disaient même dès 2018. Alors j’ai préféré anticiper pour trouver une solution », raconte-t-il.

Installé sur la ferme en 1981, Christian Daussy a connu d’autres interdictions, comme celle de l’atrazine au début des années 2000. Il sait donc l’importance d’anticiper ces révolutions techniques sur ces productions à cycle long (1 an) que sont les cultures.

Et pour tout dire, le choix du « sans glyphosate » s’inscrit assez bien dans le système de culture de l’agriculteur.

 

Gagner du temps au moment des semis

 

Gérer l'absence de gel et la forte pluviométrie

 

Travailler sur un sol vivant

 

Pas de solution "miracle"

 

 

Gagner du temps au moment des semis

 

Il y a 10 ans, il a en effet abandonné la charrue pour passer au sans-labour, pour gagner du temps lors du pic de travail que représentent les semis. « Notre parcellaire est morcelé et notre activité d’élevage nous accapare une grande partie de la semaine. Le labour nous prenait trop temps. »

A l’heure de supprimer le glyphosate, Christian Daussy se pose alors les mêmes questions : comment diminuer le pic de travail des semis ?

Il opte alors pour une destruction mécanique des couverts végétaux avec un déchaumeur à disques, qu’il accompagne d’un travail du sol de surface avant le semis.

Evidemment, la technique coûte cher par rapport au glyphosate. Outre l’achat du matériel, elle suppose jusqu’à 3 passages de déchaumeur durant l’hiver. Mais Christian Daussy y trouve d’autres avantages.

Les passages de déchaumeurs se font en effet à bonne allure et à des périodes où les travaux aux champs sont très limités. « Ça nous permet de bien préparer le sol et d’aller vite lors des semis. » En plus, le sol a ainsi plus de temps pour se réchauffer ce qui facilite l’implantation des cultures.

 

Destruction du couvert environnemental sans glyphosate chez Christian Daussy
© B.Delabre

 

Gérer l'absence de gel et la forte pluviométrie

 

Alors Christian Daussy aurait-il la solution miracle ? La plupart des agriculteurs de la pointe du Havre réunis chez lui le 9 janvier, n’en sont pas convaincus. Le coût de l’opération leur paraît bien trop élevé en comparaison de leur solution actuelle.

Pour détruire les couverts environnementaux implantés à l’automne pour éviter le ruissellement, l’érosion et le lessivage des nitrates vers la nappe phréatique, ils misent actuellement tout sur le glyphosate.

Désherbant total, le glyphosate permet de simplifier considérablement le choix des espèces et variétés implantées dans le couvert. Un choix qui écarte la facilité de destruction permet de se concentrer sur le rôle structurant du couvert et sa capacité à « pomper » les nitrates, tout en limitant le risque sanitaire sur les parcelles.

 

Interdiction du Glyphosate : pourquoi est-ce si compliqué ?

 

Surtout, les agriculteurs préfèrent ne pas compter sur le gel. Facteur indispensable pour obtenir une destruction à 100 % du couvert, le gel se fait en effet de plus en plus rare sur la bordure littorale…

Et ils redoutent les automnes trop pluvieux comme cette année, qui les empêche d’intervenir à plusieurs reprises dans les champs.

 

Destruction du couvert environnemental sans glyphosate chez Christian Daussy
© B.Delabre

 

Travailler sur un sol vivant

 

Des réalités techniques qui ne dérangent nullement Christian Daussy. Au contraire. En apportant 3 fois dans l’hiver de la matière organique aux habitants du sol, il stimule la vie du sol, augmente le taux de matière organique et facilite sa structuration.

Des éléments clés, portés par les adeptes de l’agriculture dite de Conservation des sols, qu'il est difficile d'intégrer dans le coût de revient des cultures. Ils sont pourtant la source d'un enrichissement du sol et donc d'économies sur les engrais, voire sur les insecticides et les fongicides...

 

« Cette parcelle, elle ne verra plus jamais la charrue ! »

 

Et surtout, ils permettent au sol de mieux réagir aux épisodes pluvieux. Et donc de pouvoir intervenir, même après de fortes pluies… « Là tout de suite, on peut passer le déchaumeur sans problème », assure-t’il devant ses confrères dont certains affichent ostensiblement une moue dubitative.

De plus les trois passages successifs permettent de venir à bout de tous les couverts, y compris des céréales qui ont pourtant tendance à repartir, surtout après un passage de disque. Christian Daussy assure ne pas avoir de souci, bien qu’il implante un mélange d’avoine et de féveroles.

Un choix pas idéal techniquement mais qui a le mérite de réduire les coûts du couvert, d’autant qu’il utilise des semences fermières.

 

Destruction du couvert environnemental sans glyphosate chez Christian Daussy© B.Delabre

 

Pas de solution "miracle"

 

De leur côté les techniciens admettent qu’il n’existe pour l’heure pas de solution miracle pour se substituer au glyphosate à coût égal.

Pour eux, actuellement, le système le plus adéquate repose sur un choix judicieux du couvert (ne nécessitant pas un fort gel pour être détruit) et l’utilisation d’un rouleau de type Faca, qui permet d’arriver en un passage à une destruction de l’ordre de 80 % du couvert.

D’autres pistes sont actuellement à l’étude. Désherbage par électrocution, par bio-herbicide (à base de bactéries et champignons)… Mais ces techniques restent au stade expérimental, et soulève en outre d’autres questions, notamment vis-à-vis de la vie du sol…

 

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10 Janvier 2018 | Benoit Delabre

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