Quand des artistes viennent à la ferme en Normandie...


De la terre du Pays de Caux pour une oeuvre de Gabriela Albergaria - Photo : Galerie Duchamp.
Des artistes plasticiens s'emparent du quotidien des agriculteurs pour nous offrir leur propre vision de la nature.

 

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Une rencontre entre agriculteurs et artistes était organisée le 25 janvier à la galerie Duchamp à Yvetot. C'est l'occasion pour Agri-Culture de s'intéresser sur ce qui rapproche ces deux milieux sociaux. Et de relayer des paroles d'acteurs agricoles et artistiques.

Portes ouvertes à la ferme, visites scolaires, randonnées se terminant à la ferme... les agriculteurs ne manquent pas d'idées pour accueillir des visiteurs à la ferme. Mais sont-ils volontaires pour offrir une place à l'art dans leur ferme et accepter qu'une partie de leur quotidien devienne oeuvre d'art ?

Julie Faitot est directrice de la Galerie Duchamp à Yvetot. Initiatrice de l'exposition La Fabrique du Paysage en collaboration avec le Festival diep-haven, elle s'est penchée sur le sujet les relations possibles entre les artistes et les agriculteurs.

 

Une Fabrique du paysage à Yvetot jusqu'au 25 janvier

 

 

Des points communs

Alors, des artistes accueillis à la ferme en 2019, est ce une forme de continuité ou nouvelle tendance liée aux préoccupations sociétales sur l'art et l'écologie ?

Julie Faitot nous livre ses observations : "Ce qui est apparu, c'est que les artistes et les agriculteurs travaillent tous à partir d'un contexte. Pour les agriculteurs, le sol, mais pas uniquement. Les artistes nourrissent depuis les années 70 des projets in situ où ils se nourrissent du contexte dans lequel ils s'inscrivent. Un contexte spatial, culturel, historique ou social. Qui devient la matière première de l'oeuvre."

Ces points communs entre artistes et agriculteurs se devinent donc aisément quand on observe de plus près les fondamentaux des deux activités. "Les artistes comme les agriculteurs sont amenés à produire des oeuvres qui sont amenées à évoluer dans le temps. Le cycle de fabrication ou la création est rythmé par des temps d'actions différents. Il faut développer une grande énergie et subir ensuite un temps de latence où apparemment rien ne se passe apparemment", constate Julie Faitot.

Mais agriculteurs et artistes sont ils faits pour autant pour tomber dans les bras les uns les autres ?

On imagine mal un artiste se présentant à la ferme un baluchon sur le dos pour demander l'hospitalité pour un temps de création artistique. La pratique de la résidence artistique est pourtant à portée de main, tout est affaire de mise en relation. Aurélie Sement et John Newling ont ainsi bénéficié d'un accueil à la ferme de Franck Sagaert pour préparer leur participation à l'exposition La Fabrique du Paysage.

 

John Newling, Franck’s Sheet (Le drap de Franck), 2018 - Germes de lin

 

Des rencontres rendues possibles par d'évidents atomes crochus. Par la nature bien sûr, mais aussi par la mentalité. Sur ce point, à écouter Julie Faitot, artistes et agriculteurs sont faits du même bois : "L'engagement des agriculteurs est connu. L'engagement, dans leur vie, c'est qu'on n'arrête jamais d'être agriculteur. On n'est pas agriculteur 35h par semaine, avec 5 semaines de congés par an. On EST agriculteur. Et les artistes c'est pareil. Même à la retraite."

 

La contrainte

Agriculteurs et artistes partagent assurément le même goût de la contrainte. Gaëtan Delacroix, agriculteur à Tôtes, ne déroge pas à la règle : "J'ai choisi ce métier parce qu'on a des contraintes et qu'on est obligés d'évoluer. Même si les cycles se répètent tous les ans, ça change pourtant tout le temps. On change nos points de vue par les échanges. Et on a une contrainte extérieure sociétale. C'est intéressant et ça fait peur, mais ça fait avancer."

Côté artistes, on pense en premier lieu à la contrainte des moyens. Sur le plan financier et d'expérience de maniement des outils.

 

Gaëtan Delacroix, Franck Sagaert et Josué Rauscher - Photo B. Thiollent

 

Le doute

On connaît le doute vital à l'artiste.  Mais côté agriculteur ? Changer de pratiques agricoles ne s'avère par exemple pas de tout repos. Cela amène inexorablement le doute chez l'agriculteur engagé dans une transition. Après plusieurs années de transition d'abord vers l'agriculture biologique, puis vers l'agriculture de conservation des sols, Gaëtan Delacroix confesse justement aisément le doute comme pratique professionnelle quotidienne : "Abimer moins le sol implique des phases de changement à l'échelle de 5 ans, c'est long. Il y a des hauts et des bas au quotidien, on ne sait se pas qu'on obtiendra au bout, mais on est convaincu." Une graine d'artiste que voilà...

Un risque néanmoins calculé pour Franck Sagaert : "Il faut essayer, mais ne pas tout risquer. On ne joue pas à la bourse ou casino. Il faut faire des essais raisonnables". Reste un grand questionnement à constater endosser le rôle du pionnier : "Autour de chez moi, je suis le seul en sans labour depuis 20 ans."

 

L'engagement

L'engagement est un autre point commun entre agriculteurs et artistes observé par Julie Faitot : "L'engagement des agriculteurs est connu. L'engagement, dans leur vie, c'est qu'on n'arrête jamais d'être agriculteur. On n'est pas agriculteur 35h par semaine, avec 5 semaines de congés par an. On EST agriculteur. Et les artistes c'est pareil. Même à la retraite."

 

La terre

Gabriela Albergaria a elle bénéficié de la fourniture de terre du Pays de Caux pour réaliser son oeuvre exposée à Yvetot. Matériau nouveau pour l'artiste, cette terre typique dite "terre à pomme de terres" a été destinée à devenir une terre de pisé. Recherches, tests, réalisation. Le processus artistique de tatonnement reste immuable. L'artiste expérimentateur devient peu à peu technicien. Avec parfois une obstination qui combine à l'obsession dans la solitude de sa recherche.

 

How to Hold Together Partly (Comment se tenir ensemble en partie) - Gabriela Albergaria / 2017

 

Et l'installation à la Galerie Duchamp n'a pas manqué d'interpeller les agriculteurs. Intrigués par cette terre devenue compacte, lisse et dénuée de végétation. Un comble même pour Gaëtan Delacroix : "Nous, on veut faire vivre la plante. Pour y arriver, on fait vivre la terre avant." Témoignant baigner dans un univers professionnel très cartésien, rythmé par la nécessaire rentabilité économique, l'agriculteur exprime pour autant une volonté d'ouvrir sa ferme à l'art.

 

 

D'autres projets en Normandie

Invité par Agri-Culture.fr à réagir à la relation possible entre l'artiste et la terre mise en valeur par la Galerie Duchamp, le plasticien Alain Penzes nous a livré la suite du récit entamé fin 2018 auprès de nos lecteurs.

Membre de la communauté d'Agri-Culture.fr, Alain Penzes alimente régulièrement son blog des préparatifs d'une intervention artistique programmée pour le mois d'avril à la ferme d'Olivier Blondel à Grigneuseville. Une rencontre rendue possible par la mise en relation opérée par la rédaction d'Agri-Culture.fr entre les deux hommes.

 

"De l'art et du cochon", un projet artistique à la ferme

 

Olivier Blondel et Alain Penzes étudient la possibilité d'imprimer la trace d'un pneu de tracteur à Grigneuseville.

 

La terre s'avère pour Alain Penzes un prolongement de son oeuvre : "L'idée que j'ai avec la terre, c'est que le quotidien m'intéresse. Quand j'ai utilisé de l'encre pour faire des traces de pneu sur un parking, ça faisait penser au macadam. A la ferme, je veux utiliser de la terre pour imprimer une trace de pneu de tracteur sur une grande feuille de papier. Ce qui caractérise la campagne, c'est la terre. Si je m'étais de l'encre, je ferais une intervention décalée."

Olivier Blondel voit quant à lui dans cette rencontre une opportunité double. A savoir, comme on a pu le constater lors des repérages avec Alain Penzes, une joie personnelle de voir un outil quotidien détourné de son usage habituel. Et de miser pour ses portes ouvertes sur un renouvellement des animations proposées, avec pourquoi pas un public nouveau attiré par l'art à la ferme.

 

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30 Janvier 2019 | Benoît Thiollent

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