Expo Photo Gabriele Basilico à Jumièges


L'abbaye de Jumièges propose une exposition photographique sur Beyrouth et le littoral normand jusqu'au 25 mai.

Exposer des photographies de ruines de Beyrouth de Gabriele Basilico dans l'enceinte des plus belles ruines de France. Telle est la mise en abîme proposée par l'abbaye de jumièges du 13 mars au 25 mai.

Confiant à Gabriel Bauret, commissaire d'expositions, la sélection des clichés présentés dans le logis abbatial, l'abbaye de Jumièges prend parti de mener le public normand de la promenade dominicale dans l'univers de ceux qui veulent témoigner.

Car Gabriele Basilico était de ces photographes témoins. Témoins non seulement de l'instant, comme tous les photographes. Mais aussi témoin d'un temps qui semble ici infini. Appelé à Beyrouth en 1991 par un travail de commande initié par la Fondation Hariri dans le but de garder une trace du centre ville défiguré par 15 ans de guerre, le photographe a livré une série de clichés où le temps et la vie semblent suspendus.

Pas de tas de gravas pour autant en signe de la présence passée d'un immeuble. Mais bien les immeubles, marqués, mitraillés, bien sûr parfois éventrés. Et demeurant en place, sans fenêtres ni occupants. A l'approche la reconstruction de Beyrouth, il y avait donc une pertinence de garder trace de cet univers de combats de rue à l'arme plus ou moins légère.

Et la trace offerte est plus urbanistique qu'architecturale. Guidant le spectateur dans la volonté du photographe de ne pas chercher à rendre compte d'un désastre, pour lui indiquer à travers cette faible présence humaine le début du retour à la vie.

Car dans le cadre choisi par Gabriel Basilico, l'humain est secondaire. Il faut scruter les grands formats pour finir par apercevoir une silhouette s'apprêtant à traverser la rue au loin ou postée devant un bâtiment.
Comme si la ville devenue fantôme n'offrait plus de place à l'homme. Celui ci devra donc reconquérir son territoire.  

Lors de la visite de présentation à la presse, Gabriel Bauret s'amuse à souligner que même les rares voitures photographiées semblent figées dans le temps, au point de sembler être toujours la même. Effectivement, le modèle antédiluvien de Mercedes photographié au milieu des cadrages de Gabriele Basilico fait partie intégrante du paysage : il est un élément de Beyrouth. Comme une épave parmi les ruines.

Organisée avec une présentation de clichés grand formats et planches contacts en noir et blanc au rez de chaussée, l'exposition se poursuit à l'étage avec là le choix d'exposer une série photographique en couleur.

 

Avec des perspectives similaires dans les clichés, on s'étonne de découvrir avec la couleur comme le révélateur d'autres éléments. La végétation envahissant les trottoirs et perçant les façades est par exemple là bien verte, comme pour nous rapprocher temporellement de ces ruines. Et de remplacer dans notre esprit quelques instant le nom de Beyrouth par celui de Damas ou Alep.

L'exposition présente également un retour de Gabriel Basilico à Beyrouth en 2003 et 2011. Et la boucle est bouclée, avec des scènes de rues signées de son style, mais dignes de n'importe quelle ville : bâtiments en bon état, trottoirs propres et circulation automobile. Seuls de jeunes arbres trahissant le caractère très contemporain du nouveau centre ville de Beyrouth.

Et enfin, parenthèse dans cet univers de guerre, Gabriel Bauret n'a pu s'empêcher dans sa composition de l'exposition de consacrer une salle du logis abbatial à un lot de photographies prises en Seine-Maritime par Gabriele Basilico dans le cadre d'une commande de la DATAR (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale).

Les clichés datent de 1984. C'est un plaisir de se plonger dans ce récent passé, tant on se rend compte que saisir l'instant apporte plus tard un éclairage sur des scènes d'apparence banale sur le moment. Le demi-tour d'un ferry de la compagnie Sealink dans le port de Dieppe est là pour le prouver.

Toujours cet obsession du témoignage propre à Basilico...

 

 

Rencontres autour de l’exposition a l’abbaye de jumieges (accès libre sur réservation) :

- Samedi 28 mars à 14h30 : Une histoire universelle des ruines.
Rencontre avec Alain Schnapp, Professeur d’archéologie à l’Université Paris 1, ancien Directeur général de l’Institut National d’histoire de l’art. (INHA)
De la ruine antique à l’œuvre de Gabriele Basilico : l’image de la ruine dans l’art de l’antiquité à nos jours.

- Samedi 18 avril à 14h30 : Entretien photographique “Les missions photographiques et le paysage”.
Entre images-documents et œuvre artistique, la mission photographique mythique de la DATAR a renouvelé l’art de la photographie de paysage.
Entretien de Gabriel Bauret avec Giovanna Calvenzi, Bernard Latarjet, co-directeur de la mission photographique de la DATAR (84-87) et Raphaële Bertho, historienne de la photographie, auteure de “La mission photographique de la DATAR, un laboratoire du paysage contemporain”.

 

Visites commentées grand public :

- tous les week-ends : accueil dans l’exposition par un médiateur culturel - visites commentées pour les groupes sur réservation
Visites et « ateliers de l’œil » pour les scolaires.

Information et réservations : Tél.: 02 35 37 24 02 - Courriel : abbaye-de-jumieges@cg76.fr Site : www.abbayedejumieges.fr

 

Rencontre autour de l’exposition à l’institut culturel italien :

- Jeudi 2 avril à 18h30 : Basilico et l’Histoire.

A l’occasion de la présentation à l’abbaye de Jumièges des travaux de Gabriele Basilico sur Beyrouth, l’Institut Culturel Italien s’associe à cet hommage au photographe milanais et organise une rencontre avec, entre autres, Gabriel Bauret, commissaire de l’exposition, et Giovanna Calvenzi, critique et historienne de la photographie, qui a vécu aux côtés de l’artiste. Dans ce cadre seront projetés des photographies de Beyrouth ainsi qu’un entretien avec Gabriele Basilico réalisé pendant sa rétrospective à la Maison Européenne de la Photographie en 2006.

Information et réservations :
Institut Culturel Italien 73, rue de Grenelle 75007 Paris Tél : 01 44 39 49 39 - courriel : iicparigi@esteri.it Site : www.iicparigi.esteri.it
 

16 Mars 2015 | Benoît Thiollent

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