Des drôles de personnages et des paysages au Neubourg et à Rouen


Photo : Karolina Samborska
Une résidence de la plasticienne Marion Dutoit au lycée agricole du Neubourg, sous le regard de la photographe Karolina Samborska.

 

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"Je ne suis qu’un animal déguisé en Madame !"...

Elle est comme ça Marion Dutoit. Au moment de conclure la présentation de sa résidence d'artiste au lycée Agricole Gilbert Martin du Neubourg, la plasticienne a choisi de tomber le masque pour dévoiler sa vraie nature.

Ce travail de mise à nu a commencé il y a quelques mois avec son arrivée au sein du lycée agricole. A ce stade, l'artiste s'était faite observatrice des gens et des lieux. Allait elle croquer tout cru les élèves ?

Dotée d'une formation de paysagiste DPLG, Marion Dutoit conçoit son activité de plasticienne en prenant modèle sur le végétal. A travers la pratique de gestes répétés se répandant dans le temps. L'artiste précise : "Mes projets sont transversaux : ils croisent les champs du paysage, de la culture, de la danse, de la citoyenneté et posent aussi la question d’une société résiliente. L’inerte se transforme et reprend vie : le vivant, l’homme et l’animal, le végétal sont ma base d’expression favorite."

Avec de tels ingrédients, quoi de plus alléchant alors pour l'artiste que de séjourner dans un lycée agricole ? L'animal Marion Dutoit a donc fait son entrée dans l'organisation bien huilée de l'enseignement. Pour y apporter le dérèglement qui bouscule les habitudes du quotidien.

 

A droite, Marion Dutoit, aux côtés d'Anaïs Rapeaud, professeure d'Education Socio Culturelle et Raphaëlle Stopin, directrice du Centre Photographique de Rouen Normandie.

 

Personnages / Paysages

Son projet de résidence baptisé Personnages / Paysages l'a incitée à initier des futurs ouvriers agricoles et mécaniciens au travail de la terre. On parle là de la terre à céramique. Mais jamais loin du sujet premier du milieu agricole : "Je travaille une terre très noire, qui ressemble à la brique du Neubourg", nous précise la plasticienne.

En guise d'entrée en matière, les élèves de cinq classes ont réalisé des masques. "Le personnage fait référence au masque grec, comme expression figée et choisie pour que le comédien puisse jouer son rôle dans l’histoire. On a fait ce que j'appelle un exercice de désinhibition. Avec la fabrication de masques dans un temps chronométré."

Les élèves se sont avérés familiers du thème. Car déjà initiés aux masques primitifs par leurs professeurs en amont de la résidence d'artiste. Ils s'étaient ainsi rendus au Musée du quai Branly, au musée de la chasse et de la nature et au Louvre.

 

Photo : Karolina Samborska

 

Un totem

Les élèves de terminale Conduite Gestion Exploitation Agricole se sont eux attelés à la réalisation d'un totem. Après initiation par Marion Dutoit à l'observation de leur environnement, leur création s'est composée de morceaux du lycée. "L'accueil, les batiments de la ferme, un silo, la cantine. Après, on a fait des arbres pour finir le totem", détaillent les élèves.

 

 

 

Des pièces mécaniques

La classe de Maintenance des Matériels Agricoles s'est penchée sur la conception en terre de pièces de moteurs de tailles diverses. Agrandis, les villebrequins, soupapes, culasses et autres éléments de tracteurs se sont retrouvés exposés en tas à l'extérieur. A la manière d'une taupinière.

 

Photo : Benoît Thiollent

 

 

Une veillée autour du feu

Après avoir guidé les élèves dans leurs réalisations en terre, Marion Dutoit a proposé de rassembler tout le lycée autour d'un grand feu pour assurer la cuisson de la céramique.

Partant du caractère ancestral de la céramique, l'artiste a autant souhaité marquer les esprits sur ce que nous allons laisser derrière nous. En organisant la cuisson sous la forme d'une veillée : "le feu se pratique en communion, c’est un moment de la nuit. C’est le foyer qui réunit et qui nous met dans un état de fascination face à la lumière et à la chaleur dégagée. C’est un moment où l’on est soi parmi les autres et parmi les éléments."

 

Photo : Karolina Samborska

 

Le regard de l'artiste

Cet état d'esprit a transpiré au cours de la résidence, au delà de la simple transmission de savoir-faire. Après avoir lancé les élèves dans des créations, elle s'est elle même fixé l'objectif de réaliser un système agricole en terre.

La personnalité observatrice de Marion Dutoit l'a ainsi amenée à voir les bâtiments lycée agricole du Neubourg avec un regard pour le moins inattendu : "Au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre, les bâtiments s’hybrident avec les animaux qui y sont exploités : un hangar à patte de poule, un bâtiment trayon, ou encore les murs du lycée qui suintent le lait par des gouttes de porcelaine blanche. Plus on s’éloigne plus on s’approche des animaux qui gravitent autour des exploitations, comme le renard, les corneilles ou encore la taupe."

Ainsi, ces animaux habituellement potentiellement nuisibles pour l'exploitation agricole, se voient alors dotés d'un rôle central dans la mise en scène du quotidien.

 

Un renard mis en scène au lycée. Photo : Karolina Samborska

 

 

L'avis des élèves

Quentin, Gillian et Tristan, élèves de Maintenance des Matériels Agricoles, ont été impressionnés par la technique du feu pour cuire la céramique. Avec l'idée que rien n'est gagné à ce stade. Les sculptures en terre étant susceptibles d'éclater lors de la cuisson. Lesquels sont reconnaissants à l'artiste d'avoir fait sortir la mécanique de son cadre habituel.

Pour ces spécialistes de la mécanique, c'est un plaisir de partager des pièces de leur quotidien à des spectateurs novices. Quentin précise "C'est agréable de mettre en oeuvre ce qu'on a appris tout au long de l'année au niveau artistique. C'est nous qui avons choisi les pièces qu'on allait réaliser".

 

Triptyque Alter Echos

Reste que cette belle histoire racontée aujourd'hui en fin de résidence artistique n'aurait pu avoir lieu sans des contributions extérieures au lycée.

Cette présence de Marion Dutoit s'inscrit dans le cadre du programme Triptyque Alter Echos initié par la Région Normandie. Avec la présence aux côtés de la plasticienne de la photographe Karolina Samborska. Et de la création d'un journal en fin de résidence par le graphiste Léo Favier. Des interventions rendues possibles grâce à des partenariats noués entre le Lycée Agricole Gilbert Martin Le Neubourg, le Centre photographique de Rouen Normandie, le CAUE 27 et la communauté de communes du Neubourg.

 

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03 Juin 2019 | Benoît Thiollent

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