" Il faut avancer sur la politique de financement de la biomethanisation "


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Publireportage. Entretien avec Cédric de Saint-Jouan, Président du Think Tank France Biométhane.

 

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Le ministère de la Transition écologique et solidaire a lancé en début d’année des groupes de travail sur les énergies renouvelables. Si celui sur l’énergie éolienne a déjà rendu ses conclusions, les groupes « solaire » et « méthanisation » démarrent leurs travaux.

Président du Think Tank France Biométhane, Cédric de Saint-Jouan répond à nos questions.

 

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> Nicolas Hulot et son secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu ont lancé des groupes de travail sur les filières énergétiques. Les conclusions du groupe « méthanisation » doivent être rendues avant le prochain Salon de l’agriculture. Qu’en attendez-vous ?

Cédric de Saint-Jouan : Ces groupes de travail semblent intéressants. Ce ne sont pas des groupes qui se trainent et pour lesquels on ne sait pas s’ils déboucheront un jour. La preuve, le groupe sur l’éolien a déjà sorti ses conclusions. Il y a d’ailleurs eu des avancées intéressantes, même si toutes les questions n’ont pas été abordées ou solutionnées.

Maintenant, pour la filière Biométhane, l’enjeu majeur, c’est l’enjeu financier. La méthanisation, c’est très complexe techniquement, et cela se répercute automatiquement sur le financement. C’est sur cette question que nous espérons des avancées.

 

> Quels seraient les outils que pourraient porter une politique nationale de la méthanisation ?

Cédric de Saint-Jouan : Il nous faudrait déjà un cadre tarifaire solide et durable, qui offre une véritable visibilité pour rassurer les investisseurs sur ces projets. Par ailleurs, nous espèrons une prolongation des contrats d'achat du gaz à 20 ans afin d'aligner cette durée du contrat d'achat sur la durée économique des projets. Enfin nous souhaitons la mise en place d'un fonds de garantie des prêts bancaires afin d'aider les banques.

Et cette politique de soutien doit aussi s’accompagner d’un volet sur la simplification réglementaire. Je pense par exemple à une limitation des procédures d’appel en cas de recours, comme cela va être mis en œuvre dans le secteur éolien. Il ne s’agit pas d’interdire les recours, mais d’éviter que les procédures judiciaires ne durent plusieurs années.

Il faudrait aussi changer le statut du digestat (ndlr : le reliquat organique laissé à l’issue du processus bactérien de méthanisation), qui est considéré comme un déchet et soumis à plan d’épandage, alors qu’il s’agit simplement de matière organique directement valorisable par les agriculteurs.

Il y a aussi un large chapitre de mesures à envisager autour du raccordement au réseau. Il faut que le réseau puisse absorber la puissance injectée. Et il serait aussi temps de renforcer les infrastructures de distribution du bioGNV, le Gaz naturel pour véhicules, un carburant intéressant comme alternative au diesel.

 

> On a parfois l’impression que la méthanisation est un peu le parent pauvre de la politique énergétique française, non ?

Cédric de Saint-Jouan : Je ne dirai pas cela. Au contraire, je trouve qu’on bénéficie d’un soutien politique beaucoup plus clair et affirmé que ce que l’on a connu dans l’éolien ou dans le solaire. Les modifications de tarifs brutales de l’énergie solaires ou la création des zonages éoliens, ont lourdement pénalisé ces filières. Par contre, c’est vrai que la méthanisation est techniquement beaucoup plus compliquée et donc beaucoup plus chère…

 

> Pourtant d’autres pays, dont l’Allemagne, ont depuis longtemps développé la filière méthanisation…

Cédric de Saint-Jouan : Dans d’autres pays, c’est allé plus vite c’est vrai. Mais c’est aussi parce qu’ils ont autorisé des choses qui ne le sont pas en France. Par exemple le système allemand est fondé sur les cultures énergétiques (ndlr : cultures qui sont directement destinées à une valorisation énergétique et non alimentaire).

Le système anglais, lui, est basé sur l’augmentation de la taxe sur les ordures ménagères. Ce sont des politiques très différentes.

La difficulté du biométhane, c’est que l’on touche à plusieurs secteurs importants que sont la question agricole, la gestion des déchets et la question énergétique. Et tout cela, c’est lié. Tout dépend donc des leviers que l’on est prêt ou non à actionner.

 

> En 2015, France Biométhane tirait un peu la sonnette d’alarme en montrant le faible nombre de projets aboutis en France, en comparaison de ses voisins européens. Où en est-on aujourd’hui ?

Cédric de Saint-Jouan : De 17 unités fin 2015, on est passé à 44 unités fin 2017. Et en 2018, on s’attend à une petite centaine de projets. On a donc une grosse croissance, même si, évidemment, on part de pas grand-chose.

Il y a une vraie dynamique de lancée. Une dynamique avant tout agricole, puisque les deux tiers des projets sont portés par des agriculteurs. 25 % des projets sont liés à des collectivités autour de stations d’épurations ou de décharges.

Et le reste, est constitué de projets territoriaux. Ils sont peu nombreux car ce sont les plus complexes à monter, du fait de la multiplicité des acteurs, du régime d’autorisation et des contraintes d’épandage qui sont différents…

 

> Vous évoquez les projets portés par des agriculteurs. On a l’impression que la profession agricole a du mal à accepter des acteurs extérieurs ?

Cédric de Saint-Jouan : Il n’y a pas d’opposition entre les modèles. Les modèles agricoles et territoriaux sont extrêmement complémentaires.

Que les agriculteurs qui peuvent assumer une installation le fassent. Mais tous ne peuvent pas ou ne veulent pas assumer cela. Ce sont des investissements lourds, techniquement et administrativement compliqués.

Heureusement qu’il y a d’autres acteurs qui peuvent les intégrer dans des projets territoriaux. Par exemple, au sein de mon entreprise, chacun de nos projets intègre entre 20 et 80 agriculteurs et nous avons signé des contrats avec plus de 800 agriculteurs.

C’est vrai qu’ils ne sont pas propriétaires des installations. Mais ils sont partenaires pour plus de 10 ans, car l'activité est vraiment dans le cycle de production agricole, dans la mesure où il y a un véritable attrait pour le digestat.

Les agriculteurs bénéficient pleinement de la valeur agronomique du digestat qui revalorise des terres parfois trop longtemps surexploitées. On ne jette pas de la poudre sur des cailloux. Ce que l’on apporte c’est de la matière organique, qui est rapidement valorisable par les cultures.

Et surtout si ça se passe mal, les agriculteurs ne prennent aucun risque financier.

 

> Au-delà des agriculteurs, les projets d’unités de biométhanisation doivent aussi intégrer tous les acteurs locaux, et notamment les collectivités. Les contrats de transition écologique lancés en janvier par le ministère de la Transition écologique et solidaire vous semblent-ils un outil intéressant dans cette optique ?

Cédric de Saint-Jouan : Nous ne connaissons pas encore le détail du fonctionnement de ces contrats. Sur le principe, l’idée d’un contrat entre l’Etat et les collectivités pour financer la transition énergétique semble bonne.

Mais tout dépend de la manière dont les financements publics vont être mobilisés. Est-ce qu’il s’agit d’une enveloppe pour donner les moyens aux élus d’avoir des revenus énergétiques ? Est-ce qu’il s’agit de financer en dette de l’ingénierie territoriale ? On ne sait pas vraiment, et cela change pas mal de choses…

Après sur le fond, l’idée est bonne. Nous allons vers une nouvelle ère de production énergétique décentralisée. Les communes ont du potentiel énergétique, qu’il soit solaire, éolien ou de la méthanisation. C’est en cohérence avec l’époque.

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05 Février 2018 | Benoit Delabre

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