Eva Bara, ethno-coach : un pont entre deux cultures

Notre rencontre s’est faite par le plus grand des hasards, dans une salle de formation parisienne au pied de la butte Montmatre, il y a quelques semaines. L’une habite la région d’Evreux et l’autre de Saint-André ; toutes deux en pleine effervescence professionnelle. La coïncidence et la rencontre étaient trop belles pour ne pas y voir un signe !
Ce que j’ai perçu en premier, c’est une jeune femme rayonnante, décidée à croquer la vie quoiqu’il arrive. A trente-deux ans, Eva a traversé un certain nombre d’épreuves, en partie liées à sa double culture franco-malienne. Des épreuves sur lesquelles elle s’est appuyée pour construire un projet professionnel original. Portrait d’Eva Bara, ethno-coach (si vous ne savez pas ce que c’est, pas de panique, je vous explique tout !).
 

Une quête identitaire

Et pour parler d’Eva, il faut commencer par se pencher sur son nom. « Mon prénom est Hawa, qui se traduit en Français par Eva. Ensuite, j’ai choisi de raccourcir mon nom en Bara ». « Quand je suis au Mali, je ne me sens pas malienne et en France, je ne me sens pas française. Je suis la fusion de ces deux cultures. Cette adaptation de mon nom est un prolongement de ma quête identitaire. » Eva est née au Mali et y vit avec sa mère jusqu’à ses deux ans. En raison de problèmes de santé, elle rejoint la France. Elle devra attendre treize ans pour retourner au Mali. « J’ai été éduquée dans le respect des traditions maliennes. On nous répétait souvent : si tu étais en Afrique tu saurais faire cela ou cela : broder, laver le linge à la main... C’était donc super important de découvrir de mes propres yeux le Mali. Là, j’ai constaté que nos cousines savaient faire le quart de ce que nous avions appris. » La façon de vivre a évolué. « Nos parents, partis en France, nous avaient transmis l’Afrique d’hier ! ».
« Les enfants élevés en France de parents ayant vécu en Afrique, sont appelés la génération sacrifiée » explique Eva. Ils doivent composer avec deux cultures parfois contradictoires. « Moi, je préfère parler de génération du milieu. Nous devons faire face à des difficultés propres, surtout au moment de devenir parents à notre tour. Se pose alors la question de savoir comment élever nos enfants, ce que nous voulons leur transmettre à notre tour. Les mères peuvent connaître des périodes de baby-blues très longues que la famille ne comprend pas. » « C’est vrai que les femmes vivent une grande pression, mais je crois que cela les rend époustouflantes » résume Eva.

“L’avocate des mouches”

Du plus loin que ce souvient Eva, elle a toujours eu une inclinaison pour écouter, se mettre à la place des autres et accompagner. « Toute petite, j’étais l’oreille attentive de mes amis, de mes frères et soeurs. On m’appelait « l’avocate des mouches » parce que si quelqu’un se plaignait d’une mouche, je trouvais des excuses à l’insecte : tu comprends, il fait chaud dehors, c’est normal qu’elle rentre à l’intérieur ! ».
Ainsi, très tôt, Eva oriente sa scolarité dans le secteur sanitaire et social. Mais elle tâtonne pour affiner son projet professionnel.
« Au collège, j’ai fait un stage dans une crèche parce que j’étais très attirée par les enfants. Je passais beaucoup de temps à discuter avec les parents fatigués quand ils reprenaient leur bébé pour les aider par rapport à leurs difficultés. J’ai été dévastée quand j’ai constaté que je prenais plus de plaisir à parler avec les adultes qu’à m’occuper des enfants ! »
Le stage suivant, à 14 ans, sera donc en maison de retraite. « Cela a été très violent pour moi, j’ai perdu huit kilogrammes en trois semaines, je pleurais tous les soirs au début ». Eva, élevée dans la culture malienne dans laquelle la famille reste un pilier fort, découvre des personnes âgées isolées qui doivent se plier aux impératifs de l’établissement. « J’ai compris qu’il y avait deux mondes, c’était un grand écart culturel pour moi ».
« Les premières semaines, je voulais tout changer et j’ai vite compris que c’était impossible. J’ai alors beaucoup appris sur ma capacité à produire du plaisir sur des petits moments. Je mettais, par exemple, de la musique pendant les repas. J’ai compris qu’il y avait des règles et qu’il était possible de s’amuser dans cet espace ainsi délimité. » Eva s’applique aussi à créer des liens entres les personnes âgées et leurs enfants.
Ensuite, l’adolescente décide d’explorer la relation d’aide auprès d’enfants handicapés au sein d’un IME lors de son dernier stage. « Cela a été encore une grande claque ! J’ai du arrêter de vouloir leur apprendre quelque chose à tout prix et accepter que ma simple présence soit un plaisir pour certains enfants ».
Conclusion logique de ce parcours, Eva devient éducatrice. Son diplôme en poche en 2007, elle exerce ce métier dix ans.

“Un enfant battu battra, sauf si…”

En 2017, la vie d’Eva est chamboulée par la maladie qui la touche ainsi que ses deux fils. Tout est impacté, la carrière professionnelle de la jeune femme, sa vie de famille.
« Sois tu t’enterres sous les problèmes, soit tu les prends et tu en fais quelque chose » résume Eva.
« Durant ma convalescence, j’ai fait un énorme travail et je me suis demandé ce que j’étais profondément, en dehors de ma relation avec mon compagnon, mes enfants, mon travail. J’avais passé beaucoup de temps à me préoccuper du bien-être de mes parents, mes petites soeurs, mon compagnon, mes enfants, les ados du boulot ». La maladie rappelle à Eva qu’il est temps de s’occuper d’elle. Ce qui lui apparaît essentiel, « c’est le besoin d’être en lien, de construire des ponts » entre les gens.
C’est là que naît sa vocation de coach. « J’avais été très marquée pendant mes études par un enseignant qui expliquait qu’un enfant battu battra… sauf s’il comprend qu’il n’a pas mérité de l’être ! »

(...)

Laetitia Brémont

Découvrez la suite du parcours d'Eva, le métier d'éthno-coach, sa présence à Paris le 10 novembre.... dans la suite de cet article sur le blog d'Espérance ! (inscrivez-vous à la newsletter sur le blog)

article initialement paru le 6 juillet 2018 sur www.facebook.com/esperance27lemag

27 Octobre 2018 | Laetitia Espérance

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