Porc : Mais qui est le grand méchant loup des petits cochons ?

Les commentaires des internautes le démontrent : on ne sait plus où on habite dans l’histoire de la crise porcine. On cherche le coupable, le vrai méchant, sur qui porter tout notre désappointement et notre hargne…

Il faut bien le reconnaître il y a de quoi y perdre son latin.

On pensait que tout était réglé, quand les méchants industriels, et les encore plus méchants distributeurs, ont accepté, en juin, de revaloriser le prix du porc jusqu’au seuil actuel de 1,40 € le kilo. Prix minimum nécessaire aux éleveurs français pour ne plus vendre leurs cochons à perte…

Le rebondissement de lundi, a vite renvoyé le chapeau de la culpabilité vers les « méchants abatteurs ». En désertant le marché du porc breton et en dénonçant le prix de 1,40 €, Bigard et la Cooperl, ont démontré tout leur mépris pour la cause des éleveurs…

Mais voilà : la Cooperl est elle-même une coopérative d’éleveurs… Ah… elle ne peut donc pas être si méchante que cela. Et même le président du Marché du porc Breton (un éleveur), l’avoue : Bigard et Cooperl sont en difficulté sur leurs marchés…

 

A qui la faute ?

 

Cherchons ailleurs alors : dans leur communiqué de presse les abatteurs balancent.

C’est la faute des distributeurs et de leur guerre des prix… Ah oui, mais voilà, Leclerc, suivi de près par Intermarché et Casino, le claironnent : le prix de 1,40 € ne leur pose aucun problème.

 

C’est donc la faute du Gouvernement qui a fixé « un prix politique »… Non, non répond la FNSEA qui insiste : l’accord du mois de juin a bien été trouvé entre les acteurs de la filière, et non pas imposé par le ministre…

 

C’est donc surement de la faute à la FNSEA et de sa volonté de production à moindre coût et de libéralisation du marché ! Ah mais justement la centrale syndicale remet en cause l’éternel yo-yo provoqué par les cotations bi-hebdomadaires. Elle propose l’institution de contrats, liant les éleveurs aux abatteurs et aux industriels… étant sous-entendu que le prix du porc serait ainsi contractualisé pour plusieurs mois.

 

 

Je vous le dis… ce sera bientôt la faute des cochons, qui pourraient tout de même faire un effort : « manger moins pour grossir plus. »

Avant d’en arriver là, les médias eux-mêmes ont un changer leur fusil d’épaule. Mardi matin, ils relançaient tous « le bras de fer » entre éleveurs et abatteurs… Mais dès mardi soir, BFM TV changeait de cible en titrant : « L’Allemagne fait chuter le prix du porc ».

 

Aaah ce serait donc la faute des allemands. Pas étonnant de leur part, puisqu’ils ont déjà ruiné la Grèce…

BFMTV lance donc son envoyé spécial de Berlin dans la bataille. Celui-ci n’y va pas de main morte dénonçant immédiatement l’élevage industriel allemand, cherchant absolument la compétitivité à tout prix, avec des cochons « pucés » pour calculer les rations les plus adaptées…

Mais… en France, les systèmes d’élevages sont souvent comparables. Alors ?

 

A qui la solution ? A nous !

 

Alors ce capharnaüm met peu à peu le doigt sur le fin mot du problème. A savoir qu’il n’y a pas réellement de coupable à cette situation, qui provient tout droit de la structuration même du marché européen.

Un marché totalement libéralisé, qui pousse par définition à produire au moindre coût. Mais surtout un environnement de production, social et environnemental, qui, lui, n’est absolument pas harmonisé.

Dénonçant « la gestion à la petite semaine » du ministère (pourtant encouragée par les exigences de hausse immédiate des prix), la FNSEA a peu à peu réorienté sa communication sur ce terrain-là.

Elle revient sur une revendication qu’elle porte depuis plusieurs années en demandant que soit organisée une lutte contre le dumping social en Europe.

Après les cris, la colère et les vœux pieux, on en arrive donc peut-être à envisager une solution de long terme, mais sur laquelle, finalement, c’est l’Europe qui a aujourd’hui essentiellement la main...

C'est désormais au niveau européen que l'on doit choisir :

- veut-on choisir la politique du moindre coût, quitte à sacrifier au passage, la qualité, l'environnement, et la protection sociale des salariés ?

- veut on choisir la qualité, l'environnement et la protection sociale des salariés, quitte à en faire payer le prix au consommateur ?

Un vrai choix de société.

12 Août 2015 | Benoit Delabre

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