Interdiction du Glyphosate : pourquoi est-ce si compliqué ?


© David Wright
La Commission européenne n'a pas réussi à statuer cette semaine sur le sort de l'herbicide le plus utilisé au monde. Doit-on conserver cet outil chimique, l’interdire immédiatement ou accompagner sa disparition ?

 

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C'est LE produit emblématique de la lutte d'influence qui oppose les défenseurs d'une agriculture sans produits chimiques, des partisans d'une agriculture productiv-(ist)-e... C'est aussi un serpent de mer dont on ne voit pas la queue.

On ne sait toujours pas si l'utilisation du désherbant emblématique de la firme Monsanto, le glyphosate, sera toujours autorisée l'année prochaine ou non.

L'affaire aura accaparé les médias tout ce début de semaine, pour finalement voir la montagne accoucher d'une souris... ou plutôt, ne pas accoucher du tout.

Après que les députés européens se soient prononcés en faveur de l'interdiction de cette molécule, les ministres de l'Agriculture, eux, n'ont pas réussi à aboutir à un compromis, et la décision est remise à plus tard...

L'enjeu de la décision Bruxelloise n'était pas d'interdire ou pas le glyphosate, mais de décider de la durée de renouvellement de l'autorisation d'utilisation de ce produit, en vue (peut-être) d'une interdiction ultérieure...

C'est cette durée, sur laquelle la Commission européenne n'a pas réussi à statuer. Elle avait réellement toute son importance, car elle devait donner le ton : devait-on lancer le grand chambardement pour assurer la transition vers une agriculture sans glyphosate, ou devait-on continuer comme actuellement.

Alors doit-on conserver cet outil chimique, l’interdire immédiatement ou accompagner sa disparition ?

Son interdiction, réclamée à cor et cris par les militants écologistes et motivée par son classement comme cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le Cancer, soulève en tout cas de nombreuses questions.

 

Pourquoi le glyphosate est-il si présent dans l’agriculture moderne ?

 

Faut-il laisser un peu de temps… ?

 

Une nocivité démentie par certaines autorités scientifiques

 

L’interdiction, ou la remise en cause les modèles en place

 

 

Pourquoi le glyphosate est-il si présent dans l’agriculture moderne ?

 

Peu cher et très efficace, le glyphosate, aussi connu sous la marque commerciale Round Up, est actuellement le désherbant le plus utilisé en agriculture. Il est au cœur des systèmes culturaux de nombreux agriculteurs, et donc, un outil de construction de leur revenu.

Il est en particulier l'une des clés de voûte de l'agriculture dite "sans labour", une pratique aux nombreux atouts environnementaux. Elle favorise la vie du sol, évite un travail très consommateur en carburant, et limite l'érosion des sols et la fuite des limons dans les eaux souterraines.

Mieux poussée à l'extrême comme avec l'agriculture de conservation, elle permet des économies de fongicides et d'insecticides, et peu à peu d'herbicides...

Mais cette absence de labour, complique aussi lourdement la lutte contre les adventices, les plantes non désirées, celles que l'on appelait autrefois "les mauvaises herbes" et contre lesquelles la charrue reste le seul équivalent au glyphosate en terme d’efficacité.

Les agriculteurs « Bio » n’ont d’ailleurs souvent pas trouvé d’autre alternative que le labour pour gérer cette flore adventice sur des surfaces conséquentes.

Des solutions émergent toutefois, s’inspirant notamment des systèmes permacoles. Les adeptes de l'agriculture dite de conservation, par exemple, développent des pratiques qui étouffent ces adventices sous un couvert végétal non concurrent de la culture.

Mais ces solutions nécessitent un certain savoir-faire, notamment lorsque les équilibres écologiques des parcelles ne sont pas correctement rétablis et lorsque l'agriculteur ne dispose pas du recul technique nécessaire.

Le glyphosate fait alors office de filet de sécurité pour rattraper, d'une manière très radicale, les erreurs ou impondérables.

 

Faut-il laisser un peu de temps… ?

 

Olivier Tassel, agriculteur à Bertheauville est l'un des pionniers de l'agriculture de conservation en Normandie. S'il affirme pouvoir aujourd'hui se passer du glyphosate sur son exploitation, il en redoute l'interdiction trop brutale.

"Le glyphosate m'a permis de réaliser ma transition vers les sols vivants. Je ne ferai pas machine arrière, mais son interdiction va bloquer le mouvement des agriculteurs vers la santé de leurs sols au moment même où la majorité d’entre eux vacille. Dommage. On n'a pas fini de voir de la terre dans nos rivières, ni des polluants dans les nappes."

C'est notamment ce type d'argument qui a valu à la France de défendre, par la voix de son ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, une prolongation d'homologation du glyphosate pour une durée de trois à quatre ans.

Une durée, qui, selon le ministère, "paraissait raisonnable pour développer en parallèle la recherche et de nouvelles pratiques de substitution."

 

Une nocivité démentie par certaines autorités scientifiques

 

Mais une durée qui semble aussi trop courte pour les plus ardents défenseurs de la molécule « miracle », qui se refusent à accepter une interdiction qu’ils jugent purement idéologique.

Ainsi, les deux premiers syndicats agricoles de France, la FNSEA et la Coordination rurale, appellent à cesser les tergiversations et à se référer à l’avis de l’autorité scientifique par la voix des agences sanitaires européenne, française et allemande.

Ces dernières affirment notamment que dans de bonnes conditions d’utilisation, le glyphosate ne pose pas de risque sanitaire majeur. Elles assurent même, que ce produit ne peut être considéré comme cancérigène, prenant contrepied de l’avis du Centre international de recherche sur le cancer, qui l’a classé « cancérigène probable ».

Pour la FNSEA comme pour la Coordination rurale, les tergiversations politiques à Bruxelles sont la preuve évidente de la non-légitimité d’une interdiction…

D’autant que le reste du monde semble se poser beaucoup moins de questions. L'interdiction de ce produit en Europe, n'est en effet pas forcément associée au blocage des importations en provenance de pays où son usage reste de mise... Etats-Unis, Canada et Brésil en tête.

A l’heure de la ratification du CETA, cette situation a de quoi aviver les inquiétudes des agriculteurs français. Ils redoutent une nouvelle distorsion de concurrence, provoquant une perte de compétitivité sur le marché international, et potentiellement sur le marché intérieur.

 

L’interdiction, ou la remise en cause des modèles en place

 

Paradoxalement, les « anti-glyphosate » ne nient pas les difficultés techniques, politiques et économiques que pourrait créer l’interdiction de la molécule. Au contraire, ils en font un argument supplémentaire pour la justifier.

En effet, selon eux, ces difficultés sont la preuve de l’impasse où nous conduisent les modèles en place.

Ainsi, pour la Confédération paysanne le glyphosate est aujourd’hui « un intrant de premier choix pour des paysan.ne.s qui cherchent à se tirer tant bien que mal un revenu » dans le système actuel. Pour la Conf’, les paysans français sont donc aujourd’hui souvent contraints de choisir entre l’environnement et la santé publique et le revenu de leur famille.

Aussi, si l’interdiction du glyphosate est pour la Confédération paysanne pleinement justifiée, elle doit « s'accompagner de fortes mesures de transition ». En particulier un soutien économique renforcé aux agriculteurs et « l'arrêt des négociations sur les accords de libre-échange. »

 

Reste désormais à la Commission européenne de prendre ses responsabilités. Et ce rapidement, puisque l'autorisation de mise sur le marché du glyphosate expire en décembre...

 

 

A lire aussi sur le même sujet

 

Le Glyphosate classé cancérogène probable par l'OMS

 

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer a classé cinq pesticides comme cancérogènes « probables » ou « possibles ». Parmi eux : le Roundup et son principe actif, le glyphosate.

Des syndicats régionaux de la FNSEA ont manifesté sur les Champs Elysées pour retarder l’interdiction du glyphosate annoncée pour 2018.

 

 

 

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26 Octobre 2017 | Benoit Delabre

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