Un futur vaccin sur la betterave pour sauver les abeilles ?


Le Plan National de Recherche et d’Innovation dévoile des premières hypothèses pour remplacer définitivement les néonicotinoïdes.

 

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On les croyait définitivement interdites depuis 2018. Les insecticides de la classe des néonicotinoïdes refont pourtant à nouveau parler d'eux en 2022. A travers la récente réautorisation d'utilisation pour cette année encore sur les cultures de betteraves sucrières.

La loi du 14 décembre 2020 permet en effet des dérogations limitées, éventuelles et année par année, jusqu'au 1er juillet 2023. Pour l’utilisation de semences de betteraves traitées avec des néonicotinoïdes. Une temporisation mise en oeuvre suite à la catastrophique récolte 2020. Les betterave ayant été fortement impactées dans leur développement par la maladie dite de la jaunisse de la betterave.

 

Parcelle de betterave touchée par la jaunisse - Photo : INRAE

 

 

Le puceron vert, voilà l'ennemi

La betterave subit en fait la contamination simultanée de 4 virus (BYV, BChV, BMYV, BtMV), appartenant à 3 familles différentes. Susceptibles de causer des pertes importantes de rendement. En entravant la croissance de la plante. Les virus sont véhiculés par des pucerons. En particulier le puceron vert du pêcher.

Les néonécotinoïdes agissent par perturbation du système nerveux du puceron. Lequel meurt. Il ne peut plus se répandre et déclencher la jaunisse. Mais, drame, les néonécotinoïdes ont un impact sur l'ensemble des insectes.

 

Le Plan National de Recherche et d’Innovation

Afin de trouver une substitution aux néonécotinoïdes, le Gouvernement a mis en place en août 2020 le Plan National de Recherche et d’Innovation.

Il est placé sous la responsabilité scientifique de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE). Et la responsabilité opérationnelle de l'institut Technique de la Betterave (ITB). Avec une dotation de 7 millions d'euros de fonds publics, sur un budget total de 20 millions.

A l'occasion du Salon International de l'Agriculture, l'INRAE et ITB ont fait un point d'étape sur les premiers résultats observés. Avec une projection à l'horizon 2024, date de l'arrêt définitif de l'usage des néonicotinoïdes.

Le PNRI contient une obligation de résultat pour les semis 2024. Le sort de 400000 hectares de betteraves est en jeu. "Il n'y a pas d'hypothèse à priori, mais on sait qu'on va devoir actionner plusieurs leviers", a résumé à cette occasion Christian Huyghe, directeur scientifique à l'Inrae.

Le premier de ces leviers sera manifestement le développement des connaissances sur la maladie en elle même. Afin d'être à terme en capacité de mieux anticiper son apparition. Et, concernant précisément le puceron, de parvenir à prédire son arrivée sur les plantes.

 

Provibe, un test et "une sorte de vaccination"

Les premiers résultats du projet de recherche baptisé Provibe aboutissent à l'élaboration d’une stratégie de protection croisée. Basée sur l'idée qu'une betterave infectée par un virus peu virulent aura plus la capacité se défendre face à des virus agressifs. Est-ce à dire que les betteraves seront à l'avenir protégées par un vaccin, solution miracle ? Il est bien évoqué l'hypothèse d'une innoculation d'un variant non virulent. Mais la communication actuelle des acteurs du PNRI se borne à envisager une protection croisée assimilable "à une sorte de vaccination".

Les travaux de séquençages des virus susceptibles de causer la jaunisse de la betteraves ont confirmé l'action des virus déjà connus : BYV, BChV, BMYV, BtMV. Concernant, BChV, BMYV et BtMV, aucune corrélation n'a été observée entre leur accumulation et les symptômes observés. Par contre BYV sort manifestement du lot en terme d’extériorisation de la jaunisse,.

Or la première étape de la lutte contre ces virus sera leur identification. Les recherches en cours intègrent en conséquence l'élaboration d'un process de test alliant facilité sur le terrain et coût limité.  Diverses techniques sont à l'étude : tests sérologiques, technique RT-LAMP (détection visuelle) et technique IC-RT-PCR multiplexe (détection des 4 virus dans un seul échantillon).

Ensuite, le travail de recherche en cours laisse présager des solutions à l'échelle de la culture. Des traitements à base de biocides (huiles essentielles...). Laquelle s'est vue semée dans les essais aux côtés de plantes dites compagnes : avoine, orge, fenugrec, vesce, féverole et pois. Dans ce rôle, l'avoine ressort des essais comme la plus efficace comme repoussoir à pucerons.

 

Sepim, la prédiction des risques

Autre projet sélectionné dans le cadre du PNRI, Sepim vise à augmenter la capacité à prédire les risques.

Et si l'on pouvait anticiper les vols de pucerons ? Identifier les facteurs de risque (climat, pratiques agricoles, paysage) ? Ou estimer l'ampleur de la maladie par imagerie satellitaire ?

Tels sont les enjeux de Sepim. Avec des test d'ores et déjà concluants sur l'utilisation d'images satellitaires. Ce qui peut laisser envisager une capacité d'estimer l'impact de la maladie sur le rendement de la culture. Et ouvrir la voie à une logique de mise en place de contrats d'assurance sur les récoltes.

 

 

 

 

 

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15 Mars 2022 | Benoît Thiollent

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