Ferme des Bouillons : projet contre projet, médias contre médias


Les occupants de la ferme des Bouillons ont organisé une marche festive entre la Safer et la Draaf.
Alors que la SCI In Memoriam se défend de toute ambition spéculative, les occupants de la ferme des Bouillons à Mont-St-Aignan, ont déposé aujourd'hui leur projet de reprise.

 

 

 

Nous avions laissé l’Association de Protection de la Ferme des Bouillons dans l’ébullition après un rendez-vous à la Safer mercredi dernier. Depuis, les choses se sont précipitées, occupant largement la scène médiatique rouennaise.

Les militants de l’association ont, à la hâte, couché sur le papier, un projet de reprise de la ferme, qu’ils sont venus déposer ce matin en fanfare à la Safer et la Direction régionale de l’Agriculture.

« Le projet était prêt, mais rien n’avait été écrit », explique Philippe Vue, porte-parole de l’Association. Il a donc fallu faire vite pour déposer à temps le dossier de Romain Pavot et de sa compagne, susceptible de contrecarrer l’achat de la ferme par une Société civile immobilière, la SCI In Memoriam.

Cette SCI, explicitement soupçonnée de spéculation immobilière par les occupants des Bouillons, est également sortie de l’ombre vendredi et joue depuis la carte de la transparence. A sa tête : les frères Mégard. Habitants de Mont-Saint-Aignan, ils souhaitent installer Baptiste, jeune ingénieur en agriculteur, comme maraîcher, bio, avec un système basé sur la permaculture.

 

Une opération immobilière déguisée ?

 

Mais du côté des Zadistes, on ne croit pas à ces bonnes intentions. D’abord, le choix d’un achat en SCI laisse supposer, selon eux, une volonté de revendre rapidement les terres en passant outre le contrôle de la Safer.

En effet, en cas de cession de parts de société, la Safer ne peut agir que si la cession porte sur 100 % des parts. Une faille dans la législation actuelle (pourtant fraîchement remaniée) qu’exploitent bon nombre de propriétaires de terres agricoles pour revendre des terres en échappant au rôle structurant de la Safer.

Son président, Emmanuel Hyest, dénonce d’ailleurs depuis longtemps cette situation qui complique encore un peu plus l’accès au foncier pour les jeunes souhaitant devenir agriculteurs.

Les frères Mégard, eux, plaident non coupables dans ce procès d’intention. « Il n’y a ni opacité ni mystère. Si nous avons choisi la SCI c’est pour pouvoir acheter cette ferme en famille », insiste Baptiste Mégard. Et il l’assure : il veut construire un projet sur le long terme, en faire son métier…

Au regard des actuels occupants du site, cet argumentaire ne permet pas de lever les soupçons qui pèsent sur l’entreprise… Le prix de vente du terrain (150 000 € pour 4,5 ha et 3 maisons) paraît nettement en dessous du prix du marché. De quoi laisser imaginer une juteuse opération immobilière…

Thibault et Baptiste Mégard comptent eux aussi sur les médias... comme ici devant les caméras de France 3.

 

La permaculture une philosophie

 

 

Surtout, l'Association de Protection de la Ferme des bouillons voit autour du projet des frères Mégard un opportunisme douteux.

« Leur projet est bon, puisque c’est le nôtre » s’emporte Philippe Vue. Et Baptiste Mégard ne dispose actuellement d’aucune formation en permaculture, ni même d’expérience maraîchère. Contrairement aux poulains des Zadistes, maraîchers depuis 6 ans, et livrant 3 Amap chaque semaine.

 

A la Safer à Bois-Guillaume, une soixantaine de membres du collectif citoyen, réunis autour de Romain Pavot, leur porteur de projet.

 

« Si les projets se ressemblent, c’est sans doute que ce sont de bons projets, sourit Baptiste Mégard. Et à 25 ans, on a tout le temps devant soit pour apprendre. » Le jeune homme évoque même une vraie philosophie « qui nous correspond » et qui est « cohérente en milieu périurbain ».

« Qu’ils viennent travailler avec nous, et nous on aura une assurance sur le devenir des terres à vie… », rétorque Philippe Vue. Une solution dans laquelle ne se retrouvent absolument pas les frères Mégard, qui n’ont pas du tout la même vision de l’entreprise…

De quoi alimenter un peu plus les soupçons du collectif citoyen mobilisé sur le projet depuis 2012…

 

L'Etat comme arbitre avant l'intervention éventuelle de la Safer

 

 

Désormais donc c’est à l’Etat de trancher. Edith Vidal, directrice régionale de l’Agriculture et de la Forêt de Haute-Normandie et commissaire du Gouvernement, a interrompu son repos estival pour recevoir aujourd’hui Romain Pavot et sa compagne, venus déposer leur dossier de reprise.

C’est elle qui devra dire si oui ou non, la Safer peut légalement faire valoir son droit de préemption et ainsi mettre les deux projets de reprise en concurrence. Si tel devait être le cas, les dossiers seraient ensuite instruits en comité technique de la Safer.

Une étape que craignent les Amis de la ferme des Bouillons, à travers la forte influence de la FNSEA au sein de cette instance départementale.

En attendant, chacun joue donc la carte médiatique pour promouvoir son projet et recherche des soutiens, en affichant un optimisme de circonstance…

Un optimisme peut-être un peu moins marqué chez les membres de l’Association de Protection de la Ferme des Bouillons qui se préparent déjà à reprendre leur bâton de pèlerin si leur dossier devait être retoqué.

03 Août 2015 | Benoit Delabre

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