Une fille au masculin, un garçon au féminin : Jennifer Mackay détricote les stéréotypes

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"Et on se prend la main. Une fille au masculin. Un garçon au féminin. Et eux ne valaient rien"...
En ce mois de juin 2021, les paroles d'Indochine composées il y a bientôt 30 ans résonnent dans le gymnase du collège Lucie Aubrac d'Isneauville. Les classes de 5èmes sont réunies pour un spectacle de restitution suite à la résidence de l’artiste Jennifer Mackay dans l’établissement.
Sur le principe de la performance artistique, des saynètes se succèdent. Sobrement illustrées avec quelques accessoires. On y parle d’égalité entre filles et garçons. Beaucoup même. Installé en arrière plan, un mannequin valorise un étrange corset. Objet fétiche de l’artiste plasticienne, ce corset rappelle le travail engagé sur les stéréotypes. A travers les vêtements dont les élèves se sont emparés durant l’année scolaire.
Quels stéréotypes en 2021 ?
Cela veut il dire que les élèves ont systématiquement inversé les codes vestimentaires entre féminin et masculin ? C’est en fait plus subtil que ça. Même si quelques garçons ont fait le choix de venir en jupe au collège pour la dernière journée de l’année. "Artiste, c'est créer du lien et du sens", assène d’entrée de jeu Jennifer Mackay pour expliquer sa présence au collège. "Mes trucs de prédilection sont le textile et les installations."
L'identité à travers l'habit
Invitée à intervenir dans les cours d’art plastiques de Anne-Charlotte Gonzalez, l’artiste a pris le pouls de la génération collège : « On a parlé des stéréotypes : les filles sont harcelées, les garçons sont mécaniciens, les filles s'habillent en rose…ce sont les élèves de 5e qui s'expriment comme ça. Adultes, nous sommes nous mêmes bloqués dans nos stéréotypes. Mais quelle est notre identité ? Car elle bouge en vieillissant !».
L’ambition de l’artiste consiste à mettre en lumière le principe des stéréotypes en mettant en avant le médium du textile et par dérivé de l’habit. Habit comme Habiter, habitat, habitude. Jennifer Mackay précise son approche vis à vis des élèves : "J'arrive avec ma façon de faire et mon personnage. Le côté genré, on l'annihile ou on le met en exergue : on va coudre... Je ne sais pas coudre… mais si tu sais tu vas voir ".
Par le textile et sa manipulation, les élèves se confrontent au "travail d’aiguilles" souvent stéréotypé : "Là aussi, mes préjugés ont été malmenés puisque c’est le plus souvent les garçons qui avaient de la technique de fil et couture transmise par la famille." Et avec l’apport des symboliques autour du fil et du textile (mythologies et expressions de la langue française), les élèves adaptent leurs propres éléments de réflexion pour se lier à leur place au monde.
"De façon plastique, le principe d’identité dans le cadre de ces interventions n’entre dans aucun prosélytisme, ni de genre ni d’opinion". La précision revêt toute son importance dans un établissement scolaire.
Recyclage des vieux vêtements familiaux
Remontée contre la virtualité numérique de l'époque, Jennifer Mackay se fait un point d'honneur à apporter des créations et des matières en classe. Pour voir et toucher. Les élèves s'en servent ensuite dans leurs dessins.
Corset comportant des poids et des racines, masques à gaz en tissu... "Ils les ont essayé. Pour voir comment leur corps se place, ce que ça implique dans leurs mouvements. Il y a une parole, avec la possibilité de toucher les éléments. Et des livres et magazines, sur le tissage, la broderie conteporaine, le canevas. Le fil devient comme un crayon, ou une écriture", détaille l'artiste. Jeans, manteaux, tee-shirts... des vêtements inutilisés venus des familles ont alors été utilisés par les élèves. Dans une dimension de mémoire, de cycles, et le côté doudou transfert. "Chaque élève a fait du mieux qu’il a pu et parfois sans aucune aide extérieure, et la couture n’est pas innée. Aucun jugement de valeur dans mon propos, c’est une précision à prendre en compte quand à la fragilité de certaines réalisations. Fragilité de port sur soi, fragilité des coutures ou des tissus." |
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La logique de l'expérimentation
Pour Jennifer Mackay, la manière pour que chacun s'exprime repose sur le fait de travailler ensemble, à apporter ses idées : "Ce n'est pas fausser sa personalité. Il ne sait pas faire, apprends lui, montre lui. A faire ces échanges de procédés, on a travaillé le vrai fond de la bienveillance."
Avec au final une artiste se trouvant elle même confrontée par les retours des élèves : "lls te renvoient à tes failles, en l'occurence à tes propres stéréotypes et la part d'enfant en toi que tu baillonnes. Cela amène à être toujours dans le questionnement. Comment je crée du sens, et je le transmets".
Avec une méthode douce pour susciter l'adhésion : "Vous prenez ou vous prenez pas. Je n'ai pas arrêté de leur rabacher, on expérimente et on verra bien. Les professeurs m'ont renvoyé par rapport à certains élèves extrêmement timides : On ne les a jamais vus comme ça. Je catalyse un truc, il y avait de la joie. Je savais pas que j'étais capable de générer ce genre de choses. Personnellement, ça reste quelque chose de très enrichissant."
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Des travaux photographiques
Le deuxième volet de restitution est constitué des éléments photographiques réalisés par les élèves pendant la construction de leur objet ou parure textile. La dimension plastique a pu se décliner par le biais de livret de dessins faisant jouer le principe d’écriture. Ces livrets, pancartes, affiches ont été associées aux écrits ou éloquences de chacun.
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