Au Havre, une association offre une nouvelle vie à la Halle aux Poissons


Le batiment fermé depuis plusieurs décennies devient par étapes un "lieu infini d’écologie marine"

 

 

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Réhabiliter avec simplicité les friches portuaires normandes, en s'appuyant sur acteurs locaux, mission impossible ?

Un collectif d'architectes, plasticiens et spécialistes culinaires est en train de nous prouver le contraire au Havre. Après 30 ans de silence, la Halle aux poissons située quai de l'Ile, à deux pas de la Maison de l’Armateur, a retrouvé une activité depuis le mois de juin 2021.

La première vie de la halle aux poissons est terminée depuis longtemps. Face au bassin du Roy, désormais place à un lieu culturel défini par l'appellation "lieu infini d'écologie marine". Associations locales, créateurs, musiciens et scientifiques se sont emparés du bâtiment. En cette première saison d'activité, leur présence a fait venir 12000 visiteurs, dont 6000 à l'occasion de la fête de la mer.

 

 

Une reconversion par étapes

On doit ce miracle à l'appel à projets Réinventer Le Havre. Dans lequel la Halle aux poissons fait figure d'ovni. Pensez donc ! Un lieu culturel aux contours volontairement flous, uu milieu de 7 projets de réhabilitations de batiments havrais en logements ou bureaux. Le bâtiment octogonal de la halle était il vrai difficile à reconfigurer. Mais au delà d'un bâti intéressant au plan patrimonial, le nouvel usage fait preuve de grande originalité.

Cette réhabilitation est portée par quatre entités : l'agence de programmation urbaine Les Apaches, les architectes Encore Heureux, l’atelier havrais DD et Enofi (gastronomie). Soit des structures professionnelles d'architecture, rompues à l'expérience de réabilitation et transformation d'usage de bâtiments.

Marion Dutoit, havraise de l'atelier DD, nous livre l'originalité du cheminement du projet : "Il ne sera pas livré d’un bloc. Mais il va se construire au gré des rencontres, partenariats et nécessités de chacun. Il reste surtout assez indéterminé dans sa forme finale. Cela permet toujours de s’ajuster."

 

Marché de créateurs durant l'été 2021 - Photo : La Halle aux Poissons

 

Des activités culturelles maritimes

"Au Havre, l’identité marine n’est pas représentée, elle n’est pas fédérée. Il y avait ici un terreau de trésors de savoirs qui n’étaient pas du tout connus du grand public." Le socle de ce projet est bien la mer. Et par extention, aussi l'environnement.

Signe de l'état d'esprit des porteurs du projet, la paysagiste et plasticienne nous a défini le nouvel usage du lieu à travers l'identité des acteurs de sa programmation. Lequel est devenu en quelques mois catalyseur d'énergies locales : "On est allé voir autant les associations de médiation environnementales, les pêcheurs, les plongeurs, les chercheurs… des gens qui ont des regards divers voire divergeants sur la mer. La pratique de loisir et professionnelle sont très différentes. Ça nous est apparu intéressant de les réunir dans un même lieu. Pas forcément de les confronter, mais de les montrer. Et de créer des rencontres. Avec l’objectif à terme de créer des choses ensemble."

Entre ses programmations associatives et un bar ouvert toutes les fins de semaine, les initiateurs de la Halle aux Poissons veulent éviter le risque de gentrification du lieu.

 

Une association de plongée présente ses activités et son matériel aux enfants d'un centre de loisirs - Photo : La Halle aux Poissons

 

Le thème de la pêche ne vient pas en premier lieu quand on pense au lien de la ville du Havre à la mer. Le Havre n'est pas Fécamp ou Dieppe, le transport de marchandises et de passagers passe avant la pêche dans l'activité économique et la mémoire collective. Or justement, il y a sacrément matière à s'y intéresser. Car l'activité de pêche est toujours bien présente aux abords du bassin du Roy.

Marion Dutoit nous relate précisément la relation nouée avec les pêcheurs havrais :  "L'atelier le plus représentatif est celui Association de pêcheurs en retraite APPA. Ce sont des personnages très généreux, avec une très grande simplicité. On leur fait venir un groupe d’enfants. Ils les emmènent au marché aux poissons. Ils nomment les poissons et décrivent la méthode de pêche. Revenus à la halle, ils expliquent la pratique. On touche au sujet de la faune marine et de ce qu’on mange. Et aussi à ce métier de pêcheur. Ça touche à des sujets très politiques, avec la disparition de ce type de pêche artisanale. Les pêcheurs ici ont toute légitimité. Ils sont dans la philosophie du projet, c’est très important."

500 enfants des centres de loisirs se sont ainsi succédés durant l'été. Et à la Halle aux poissons, on aime faire la fête : inauguration le 12 juin, fête du maquereau, fête de la mer, fête de la Saint-Jacques, Journées du Patrimoine et du Matrimoine, avec un débat sur les femmes et la mer. Avec en fin de saison, une fête de clôture à l'occasion le départ des marins de la Transat en novembre.

Lors de ces weekends, musiciens, marchés de créateurs et produits locaux ont aussi pris possession de la halle. Une séance de cinéma a eu aussi lieu avec la projection du documentaire La saison des tourteaux. Et l’artiste Simon Leroux est venu créer une installation baptisée Bestiaire animé. En collaboration avec le Muséum et l’association le Grain à démoudre, grâce au dispositif « C’est mon patrimoine ».

« Ce qui est beau, c’est le panel. C’est pas pas entrer dans l’extraordinaire, mais parler de tout à tous les niveaux. On veut vraiment ici avoir la représentation la plus grande possible de la société. Sur tous les thèmes qu’on aborde »

 

 

Les Journées du Matrimoine : Des femmes et la mer - Photo : La Halle aux Poissons

 

Une gestion du lieu évolutive

"Je fais une grande sculpture sociale et politique. J’ai toujours travaillé de manière participative, à tisser des liens pour que les personnes se rencontrent. Je me sens plus comme une initiatrice que comme une exploitante régulière. Clémentine Ribal est à mes côtés, embauchée pour le côté opérationnel par les architectes Encore Heureux. Elle fait fonctionner le bâtiment. On fonctionne en fonds propres, rechercher des financements, c’est un poste clé."

La structure a d'ores et déjà trouvé un professionnel pour gérer le bar de la Halle. Un glacier et une épicerie de produits locaux sont venus ponctuellement lors de cette première saison. A terme, des cases commerciales seront proposées. Et le lieu, au final métamorphosé par l'ajout d'une mezzanine, pourra véritablement prendre son envol économique.

 

 

 

Des travaux de transformation

"Dans notre esprit, c’est un lieu à part entière, dans son volume global. On n’aimerait pas que ce lieu soit compartimenté dans des espaces d’exposition ou restauration distincts. Et avec un tel bâtiment, même s’il n’y a rien, il EST."

Par ces mots, Marion Dutoit se projette dans l'avenir de l'après travaux. Car avant l'aboutissement de la transformation de la larve en papillon, d'importants travaux vont être engagés. De décembre 2021 jusqu'en mai 2022. Pour assurer la stabilité des fondations du bâtiment sur sa partie basse. Puis ensuite viendra le temps des aménagements intérieurs définitifs.

Pendant ce temps, autour du bâtiment, le quartier fait aussi sa propre mue. Des aménagements sont en cours rue de Paris, place du Vieux Marché et autour de la halle. Un parking a été supprimé, laissant place à des tables de pique-nique.

 

 

On arrivera alors à l'aboutissement du projet : des publics hétérogènes pour des usages différents d'un même lieu. Soit un état d'esprit proche, mais avec des usages différents des tiers-lieux ouverts depuis maintenant quelques années.

 

Un axe culturel entre Le Havre et Rouen ?

A Rouen, une friche portuaire attend son heure depuis plusieurs décennies. Le destin du Chai à Vin situé quai Emile Duchemin croise curieusement celui de la Halle aux poissons havraise. Un temps imaginé reconverti en casino, il fait actuellement l'objet d'une nouvelle réflexion par l'équipe municipale. Et si les havrais inspiraient des idées aux rouennais ?

 

 

 

Jean Le Soudier, L’autre architecte du Havre

 

Franchir le seuil de la Halle aux poissons, c'est la surprise assurée sur le plan architectural.

D'une silhouette extérieure pentagonale extérieure, on découvre à l'intérieur la déclinaison architecturale du cercle. Avec un puit de lumière en rotonde trônant au centre de l'édifice. On pense forcément à la reconstruction du Havre par Auguste Perret. Mais, loupé, il n'a pas été concepteur de la halle, inaugurée en 1952 avant l'église Saint-Joseph.

 

 

La halle aux poissons à été conçue par l'architecte Jean Le Soudier. Cette construction est faite de béton, dans le quartier Saint-François pourtant reconstruit après la guerre en brique et toits en ardoise.

Jean Le Soudier, s'est installé au Havre en 1945, associé à Charles Fabre. Il a ainsi travaillé à la réparation de centaines d’immeubles sinistrés, la construction de logements provisoires, la réalisation de villas, d’immeubles, de sièges d’entreprises. Et d’un certain nombre de bâtiments emblématiques du Havre : les Halles Centrales, la Halle aux poissons, les "Nouvelles Galeries"…

 


La Halle aux Poissons

 

Rue du Général Faidherbe, 76600 Le Havre


 

 

Article réalisé dans le cadre du Fonds de soutien aux médias d'information sociale de proximité - DRAC Normandie

 

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27 Octobre 2021 | kiril_admin

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