Permaculture #1 : le jardin urbain de Joseph


Joseph Chauffrey a développé le concept de permaculture dans un jardin en ville de 25 m2 en vue de s'assurer une autosuffisance alimentaire en fruits et légumes.

 

 

Sur agri-culture, on a pris l’habitude de vous parler aussi de jardins. Les jardins d’ornement et également les jardins potagers.

Car la culture des fleurs et des légumes est pour beaucoup d’entre nous le premier pas vers un questionnement personnel sur la nature et l’alimentation.

L’actualité de la ferme des Bouillons à Mont Saint Aignan nous a fait récemment évoquer le terme de Permaculture.

D’une conférence cet hiver sur le sujet, on souhaite vous en présenter la pratique à travers une série d’articles. Ce sera l'occasion de présenter des initiatives de particuliers dans leur potager et le récit d'une mise en production d'une exploitation maraîchère.

Le premier d’entre-eux est consacré au jardin urbain de Joseph.

Internet permet de faire des rencontres avec des gens qui habitent loin. Et parfois aussi de ses voisins. Nous avons découvert un jardin urbain sur Youtube à la fin du printemps grâce à forum de permaculture, situé dans la commune de Sotteville-les-Rouen en Seine-Maritime.

Sotteville-les-Rouen est le siège d’Agri-Culture. Après avoir pris contact avec Joseph, il s’est avéré que son jardin se situe à 300 m du bureau d’Agri-Culture.

 

 

Nous nous sommes rencontrés l’une de ces chaudes après-midi de juillet. Accueilli par "un journaliste de Rue 89 est venu me voir la semaine dernière", la découverte du jardin de Joseph en été pouvait commencer.

 

Un cadre de vie très étudié

La démarche potagère de Joseph est à mesurer dans une globalité. Un couple encore sans enfants. Une maison de ville, mitoyenne des deux côtés. Un jardin de 150 M2 en longueur, et pas de voiture à garer dedans.

Telles sont les composants de l’équation de vie que Joseph et sa compagne ont entrepris de résoudre.

Joseph est l'animateur du Club des Jardiniers de la Métropole de Rouen Normandie. Donc le jardin, ça le connaît. Mais au delà de son savoir-faire en matière de potager, on sent chez Joseph l’ouverture d’esprit de ceux qui écoutent et transmettent. D'ailleurs, il le dit franchement, "j'ai une volonté de démontrer et d'essaimer".

 

 

 

Avec une formation initiale dans le domaine de l'environnement et une spécialisation dans la gestion des déchets industriels et ménagers, notre homme est aujourd'hui intarissable sur le jardinage durable.

Paillage du sol, sélection des végétaux, gestion de l'eau, rotation des cultures et fabrication de compost dans un jardin sans produits phytosanitaires composent désormais tant son univers professionnel que personnel.

Son objectif ? Se nourrir des légumes du jardin avec un potager de 25 m2, tout en conservant des espaces d'agrément dans le jardin (pelouse, terrasse, mare, espace de rangement...).

 

Vers l'autonomie alimentaire

Et en osant s’aventurer dans l’objectif d’autosuffisance alimentaire, fantasme ultime de tout jardinier, Joseph n’en fait pas un dogme pour autant. "On achète de temps à autre quand même des légumes", la précision est en effet d'importance.

On peut donc qualifier Joseph d’expérimentateur. Mais doublé d’un profil rigoureux. Le jardinier lambda peine parfois à s’y retrouver dans les variétés de plants de tomates achetés au marché. Joseph, lui, plante de manière très calculée et a entrepris de peser chaque légume produit dans son jardin. Avant de tout consigner dans un tableau Excel.

 

Récolte 2014 : 235 kilos.

235 kilos de fruits et légumes l'an dernier pour un jardin qui a 2 ans d'existence. Chiffre impressionnant pour le néophyte, ce montant peut être néanmoins pondéré par d’autres jardiniers. Les "pros" des plants de tomate le savent bien, on peut en tirer aisément tirer des dizaines de kilos.

La performance se situe plus donc dans le rendement exceptionnel des 25 m2 de ce jardin de ville. Et sur l’énergie particulière déployée par Joseph pour étirer les saisons.

 

S'inspirer de la permaculture par nécessité

Connue pour être un terreau fertile aux pratiques artistiques, Sotteville-les-Rouen n'en possède pas moins une terre de jardins pauvre et sableuse. Joseph a donc dû faire avec.

L'idée, puis l'envie, de créer des butes de permaculture a logiquement mûri. Faute de bénéficier d'un sol riche, il en a donc fabriqué un.

Présentes dans le potager depuis deux ans, ces butes sont désormais complétées par une petite mare. On met de côté donc définitivement l'image d'Epinal du jardinier retournant son potager chaque année au motoculteur et monomaniaque du désherbage.

Bois en décomposition enfoui, couverture de sol par paillage et jardinage par soustraction sont désormais au service d'une qualité de vie. Car au delà de se nourrir de fruits et légumes de qualité dénués de traitement, l'activité physique occasionnée et les discussions engendrées avec le voisinage et les internautes, sont autant de signes d'un changement de vie.

 

Planches de cultures sur sol paillé et pieds de tomates directement plantés dans des bottes de pailles.

 

Joseph estime à 10 heures par semaine en été le temps dévolu à l'entretien, l'arrosage et à la surveillance de son jardin. Insectes nocturnes gourmands et liseron rampant seront les seuls points d'inquiétude exprimés lors de notre rencontre.

 

Apprivoiser le climat normand

On a beau essayer de le pousser dans ses retranchements en évoquant le climat normand, il nous livre alors le deuxième secret de son potager prolifique : "si on se contente de semer quelques types de légumes au printemps, l'objectif de manger sa production toute l'année n'a aucune chance d'être atteint".

Joseph travaille donc la diversité de plantations, avec en particulier une sélection de vivaces comestibles : arroche verte, épinard perpétuel, épinard fraise, ail des ours, oignon perpétuel, poireau perpétuel, oca du Pérou, crosne du Japon, chou Daubenton et chou brocoli Nina Star.

Ne reste plus alors qu'à oser les semences au jardin avant l'hiver... Epinard, salades et betteraves passent ainsi la saison froide en terre. Avec par exemple des épinards prêts à manger pour début avril.

Pour le reste, les semis sont faits en godet en intérieur. Les tomates sont ainsi semées début février, avec un repiquage début avril. Malgré tout, une serre s'est vite avérée nécessaire. Grâce à elle, déguster ses premières tomates en mai fait désormais partie des petits bonheurs de Joseph.

Et n'étant pas vraiment adeptes des conserves, les légumes consommés en hiver par le couple viennent forcément directement du jardin. Racines, salades et choux composent donc les menus de cette saison. A deux exceptions près, framboises et petits pois étant les seuls à être conservés au congélateur.

 

Des fruitiers pour l'avenir

Galvanisé par les rendements du potager, Joseph voit également loin pour sa production de fruits. Plantés de fraîche date, il faudra bien sûr plusieurs années pour que ses fruitiers lui apportent entière satisfaction.

Et la liste à de quoi faire sursauter pour un jardin en ville : Pommier quenouille Cox orange, pommier palissé Reinette de Caux, pommier palissé Esltar, poirier quenouille Conférence, vigne Perdin, vigne Katharina, vigne Muscat bleu, kiwis, figuier Dalmatie, murier grimpant, framboisiers grimpants et à cannes, cassis, groseille rouge et blanche, groseille à maquereau, caseille, myrtilles, goji, airelle, cranberries, fraises, physalis péruvien, physalis violet, morelle de Balbis, sureau, aronia et rhubarbe !

 

Le partage, engrais naturel pour Joseph

A n'en pas douter, on n'a pas fini de parler et d'entendre parler du jardin de Joseph. On reviendra volontiers le voir au fil des saisons pour le questionner sur ses projets. Tout cela paraît finalement si simple quand on l'écoute.

"Les échanges de paroles et plantes sont monnaie courante entre voisins de la rue", nous explique Joseph quand on le questionne sur ce que pensent les voisins de son potager luxuriant. "Pour les vacances, l'arrosage est planifié avec de la famille et des amis. Ce travail est récompensé par une récolte de légume souvent abondante pour nos amis arroseurs".

A n'en pas douter, à Sotteville-les-Rouen, le bonheur est dans le potager.
 

 

04 Août 2015 | Benoît Thiollent

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